Le Kilimandjaro, montagne fragile de Tanzanie

Le parc national du Kilimandjaro, en Tanzanie, abrite une montagne mythique. Fonte du glacier, déforestation, tourisme: quelles menaces et quels espoirs?
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Des éléphants dans la savane avec une montagne à la cime enneigée en arrière-plan: l’image est mise à mal... En effet, les neiges du Kilimandjaro fondent, des arbres ont été coupés en masse et les touristes défilent. Face aux dangers qui pèsent sur le site, faut-il renoncer à son ascension?

Le Kilimandjaro, un site exceptionnel et original de Tanzanie

Avec ses 5 895 m d’altitude, le Kilimandjaro est le toit de l’Afrique, la montagne la plus haute du continent. Il est situé en Tanzanie, à proximité de la frontière avec le Kenya, et près d’Arusha, ville d’où partent les excursions touristiques. Ce massif volcanique éteint, l’un des plus grands du monde, se compose de trois pics: Shira, Mawenzi et Kibo, le plus élevé.

Son originalité tient à son isolement. Le Kilimandjaro ne fait pas partie d’une chaîne de montagnes. A ses pieds s’étend une vaste plaine donnant sur la savane. Sur ses pentes, alternent des forêts tropicale, sèche, pluviale, et celles aux noms poétiques de "forêt de brouillard" et "forêt de nuages". Puis, la lande d’altitude et le désert alpin laissent place au sommet réputé pour ses fameuses neiges, d’autant plus étonnantes en cette région proche de l’équateur.

Selon l’Unesco, les caractéristiques originales et la beauté de ce site de Tanzanie lui confèrent une valeur universelle exceptionnelle. C’est pourquoi le parc national du Kilimandjaro est inscrit sur la liste du patrimoine mondial depuis 1987 (voir la description qu'en fait l'Unesco ).

Les neiges du Kilimandjaro mises en danger par le dérèglement climatique

La calotte glaciaire du Kilimandjaro offre un spectacle hors du commun avec ses piliers et ses champs de glace. Mais les neiges éternelles célébrées en littérature par Hemingway, au cinéma par Henry King et en chanson par Pascal Danel fondent à une vitesse vertigineuse.

Le Kilimandjaro serait en première ligne des sites touchés par le changement climatique. "Bien que le recul le plus marqué des glaces soit survenu dans l’Arctique, c’est dans les montagnes des tropiques, par exemple sur le Kilimandjaro, que certains effets sont particulièrement frappants", souligne, carte à l’appui, un article présentant les principales conclusions du rapport de 2007 du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec).

Un rapport de l’Unesco indique, quant à lui, que la calotte glaciaire du Kilimandjaro a perdu 82% de sa surface au XXe siècle. A ce rythme-là, elle disparaîtra d’ici dix à quinze ans.

La déforestation du Kilimandjaro en question

Cette théorie mettant en cause le dérèglement climatique a créé la polémique, après avoir provoqué le débat chez les scientifiques. En effet, la fonte des neiges du Kilimandjaro est également liée à la baisse des précipitations, conséquence de la déforestation qui entraîne un assèchement de l’atmosphère et donc l’évaporation de la calotte glaciaire.

Dans les années 1980, la crise mondiale du café, production agricole "encouragée" dans la région du Kilimandjaro par le colonisateur, connaît une crise importante (voir l’ article de Juhane Dascon ). Les Chagga, la population locale, sont réduits à la pauvreté. Malgré leurs pratiques agricoles traditionnelles respectueuses de la montagne, ils se tournent alors vers l’exploitation du bois. La forêt se réduit, les sols s’appauvrissent, l’humidité dans l’atmosphère diminue ainsi que les précipitations.

Par ailleurs, la création du Parc national a des effets pervers. Toute activité humaine y étant interdite, des pratiques dangereuses pour l’environnement se développent. Par exemple, la transhumance des troupeaux des Massaïs, population des plaines, sur les versants du Kilimandjaro, n’a pas disparu. Pire, désormais "les troupeaux évoluent en apparence seuls, les bergers étant à bonne distance pour ne pas être pris en flagrant délit par les gardes forestiers ou du Parc" (Jacques Blot dans Kilimandjaro: montagne, mémoire, modernité ), ce qui endommage d’autant plus la végétation.

Actions pour la reforestation du Kilimandjaro en Tanzanie

La montagne et les plaines environnantes sont touchées par la sécheresse et l’appauvrissement de la végétation, les paysages deviennent arides. La problématique de la déforestation est résumée dans le web-documentaire intitulé Les arbres du Kilimandjaro , réalisé par David Castello-Lopes et Luc Ihaddadène pour LeMonde.fr.

Il présente notamment le botaniste Sebastian Chuwa. Ce Tanzanien s’est engagé depuis une vingtaine d’années dans des opérations de reboisement du Kilimandjaro, principalement avec un arbre appelé mpingo. "Certains experts estiment qu’en matière de capture du dioxyde de carbone, un seul mpingo équivaut à quatorze conifères", rapporte-t-il.

Dans le prolongement de cette action, Selemani Kinyunyu envisage de compenser les émissions de carbone générées par le tourisme en plantant des arbres. Le coût serait supporté par les visiteurs, selon le système du crédit-carbone. Une solution d’avenir au regard de la situation touristique en Tanzanie, en particulier au Kilimandjaro.

Voyage en Tanzanie et ascension du Kilimandjaro: développer un tourisme éthique

Selon l’Unesco, le tourisme joue un rôle important dans la dégradation du Kilimandjaro. Stimulé à partir des années 1990 par l’Etat de la Tanzanie, il explose. Le nombre de visiteurs passe de 12 000 en 1995 à 30 000 en 2005 (Juhane Dascon, op. cit. ). Le Kilimandjaro fait partie des sommets mythiques prisés par les alpinistes et les trekkers. Il est réputé pour être le plus "facile" à atteindre des 7 summits , points culminants de chaque continent.

Si les activités traditionnelles sont interdites dans le parc, le tourisme de trekking y est au contraire encouragé. Outre la pollution générée par les transports aériens notamment, le passage répété des marcheurs favorise l’érosion des sols, déjà fragilisés. Mais ce tourisme fournit aussi de nouvelles activités et sources de revenus pour les Chagga (Juhane Dascon, op. cit. ).

De plus en plus d’agences de voyage proposent des circuits établis dans un esprit de tourisme durable, responsable, équitable, éthique, solidaire ou d’écotourisme, respectueux de l’environnement et des populations locales. Cependant, le voyageur doit s’assurer que l’argument n’est pas uniquement "commercial".

Le Kilimandjaro est bien plus qu’une montagne à gravir. C’est l’univers du peuple chagga et de pasteurs massaïs. C’est une zone de vie sauvage avec des animaux à protéger. Autant de raisons pour envisager des vacances responsables, en participant au suivi des populations d’éléphants par exemple.

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