Le parc du Niokolo-Koba, dans le Sénégal oriental, site en danger

Le parc du Niokolo-Koba abrite des animaux exceptionnels, des trésors végétaux, des mares précieuses. Site du patrimoine mondial, il est pourtant en péril.
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Bien que moins connus que les grands parcs à safari d’Afrique de l’Est ou d’Afrique australe, il existe des parcs nationaux et des réserves en Afrique de l’Ouest. Le parc du Niokolo-Koba est un territoire extrêmement fragilisé mais il offre un cadre exceptionnel pour observer la faune.

Le parc du Niokolo-Koba, patrimoine en péril

Le parc du Niokola-Koba est situé dans le sud-est du Sénégal oriental. Il a connu différents statuts - réserve de chasse, réserve forestière, réserve de faune, parc national - avant d'être inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco et décrété réserve de biosphère en 1981. Dans les années 1990, il est associé au parc du Badiar, en Guinée, pour former un complexe transnational.

A la suite d'un rapport de mission Unesco-UICN très alarmant, le parc du Niokolo-Koba a été inscrit sur la liste du patrimoine en péril de l’Unesco en 2007. En effet, le braconnage fait des ravages, le nombre de gardes et les moyens dont ils disposent sont insuffisants, la construction d’un barrage menace l’équilibre fragile de la zone, les pâturages empiètent sur le parc. Et l’absence de volonté politique aggrave cette situation catastrophique.

Le parc national du Niokolo-Koba, u ne réserve de biosphère à sauver

S’étalant sur 913 000 hectares, le parc du Niokolo-Koba est pourtant considéré comme ayant une valeur universelle exceptionnelle pour sa diversité écologique.

Les forêts-galeries alternent avec les savanes herbacées, les mares, les collines et les cours d’eau (Gambie, Sereko, Niokolo, Koulountou). Le parc compte 1500 espèces de plantes à fleurs, soit 62% de celles présentes au Sénégal (chiffres du rapport UICN ). Mais la végétation n’est pas épargnée, avec des coupes de bois illicites, un pâturage à l’intérieur du parc, des feux allumés par les braconniers…

La période d’hivernage offre un paysage de verdure impressionnant tandis qu’à l’approche de la saison sèche, les animaux se regroupent autour des mares où il devient facile de les contempler. Le parc abrite des espèces variées, des espèces en danger et des espèces ou sous-espèces endémiques (présentes uniquement en Afrique de l’Ouest) comme l’éland de Derby, la plus grande antilope du monde.

Mais, victimes du braconnage, les grands mammifères ont déserté les lieux... le symptôme de la forêt vide guette. Les gardes se souviennent avec nostalgie des éléphants pratiquement disparus (à peine une dizaine en 2006 selon le rapport Unesco-UICN). Les buffles, hippotragues et bubales se font de plus en plus rares (entre 1990 et 2006, diminution respective de 94%, 88% et 97%).

Les communautés locales en question

Braconnage, pâturage, abattage: la population serait-elle responsable de la situation? D’abord, il faut souligner que les communautés locales ont largement été évincées du processus de mise en place du parc. Pire, elles ont été expulsées de leur lieu de vie, à l’extérieur des limites du parc. Il reste d’ailleurs quelques habitations abandonnées.

Ensuite, dans cette zone rurale pauvre où la population a peu de moyens de subsistance, le commerce de viande de brousse représente une source "facile" de revenus. Mais le lion, le buffle, l’hippotrague et l’éland de Derby sont considérés ici comme des animaux sacrés . Traditionnellement, ils ne peuvent pas être chassés par n’importe qui dans n’importe quelles conditions. Il est donc raisonnable de penser que les braconniers viennent de l’extérieur, et qu’il faudrait développer des moyens sérieux pour lutter contre ces pratiques.

Par ailleurs, les populations entretiennent une relation de proximité avec des plantes (cailcédrat, karité…) et en utilisent certaines dans un but thérapeutique. Le respect de la forêt est donc inscrit dans la tradition.

Enfin, si les bergers continuent à faire paître leur troupeaux à l’intérieur du parc, c’est parce qu’il n’y a aucun point d’eau à l’extérieur. Il serait assez simple d’en mettre un en place avec peu de moyens.

Le rôle de l’État dans la dégradation du Niokolo-Koba

Se pose alors la question de la responsabilité de l’État. Comme le montre la succession des documents de l’Unesco ayant abouti au classement du site sur la liste du patrimoine en péril, les pouvoirs locaux ont été sollicités régulièrement pour prendre la mesure de l’évolution catastrophique du Niokolo-Koba et pour organiser un suivi des espèces.

Restant sourd à ces appels, l’État a aggravé la situation avec la construction d’une route traversant le parc plutôt que de privilégier un tracé à l’extérieur, offrant ainsi un chemin royal aux braconniers... Actuellement envisagée comme l'un des remèdes au problème énergétique du pays, la construction d’un barrage à Samba Ngalou , sur le fleuve Gambie, aurait également de graves répercussions sur le parc.

De manière générale, les moyens de gestion sont insuffisants: manque de matériel, manque de crédits, manque de moyens humains. Malgré des améliorations dans la gestion du parc, des projets et des appuis extérieurs, le Niokolo-Koba mérite une attention particulière et une réelle prise de conscience de sa valeur écologique.

Tourisme, écotourisme: atout ou danger supplémentaire pour le parc du Niokolo-Koba?

Dans ce contexte est-il bien raisonnable de développer le tourisme? L’entrée dans le parc Niokolo-Koba est réglementée et il est possible de loger dans le campement de Simenti, près de la mare du même nom. Mais comment ne pas se sentir mal à l’aise lorsque l’on sait que les populations qui vivaient dans le parc ont été "déplacées"?

Une véritable réflexion sur la place de l’écotourisme en Afrique de l’Ouest a été amorcée. Considéré comme incontournable et nécessaire dans une certaine mesure, porteur de retombées économiques et incitateur à la protection de l’environnement, de nombreux observateurs locaux pensent qu’il doit être développé à l’aide d’infrastructures adaptées. Il peut exercer une forme de pression. Par exemple, la présence d’éléphants, lorsqu’ils étaient encore nombreux, attirait fortement les touristes, ce qui générait des retombées économiques.

Tout la difficulté est de faire coïncider protection de la biodiversité et retombées économiques pour les populations locales avec les pratiques de voyage et les séjours touristiques. C’est-à-dire trouver un subtil équilibre entre les enjeux écologiques, économiques et sociaux...

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