Lois insolites d'Afrique: pet, pantalon et abstinence

Zoom sur des lois insolites d'Afrique: défense de péter au Malawi, interdiction du pantalon au Soudan, abstinence généralisée au Swaziland.
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Les lois insolites, en Afrique comme ailleurs, flirtent plus ou moins avec l'injustice et/ou l'absurdité. Dans un article du 8 février 2011, le journaliste éthiopien Hama Tuma dénonçait l’humour cruel des dirigeants africains qui se manifeste, notamment, à travers la promulgation de lois étranges, absurdes, injustes ou stupides. Retour sur quelques exemples de ces législations.

Loi sur l'interdiction du pet au Malawi: le buzz sur Internet

Quand le droit devient farce, le monde médiatique s’agite. Fin janvier 2011, l’information crée le buzz: le Malawi s’apprête à mettre le pet hors-la-loi. Les propos du ministre de la Justice, George Chaponda, cités par la dépêche de l’AFP, font le tour du monde: "C’est le droit du gouvernement de maintenir la décence publique (…) Voulez-vous que les gens pètent n’importe où?", etc. Le grotesque du projet et des propos provoque l’indignation, le rire (jaune), l’accablement chez les Malawites et dans les médias.

George Chaponda essaie de se justifier en insistant sur le fait que cette législation sur les flatulences n’est qu’une partie du projet législatif ayant pour but de lutter contre la pollution de l’air (sic). Mais les arguments développés ne font qu’accentuer le ridicule de la situation.

Réactivation d’une loi coloniale de 1929, intitulée pudiquement "Souiller l’air", le texte est adopté, le texte est adopté au parlement par 103 voix contre 37… dans l’indifférence générale.

Loi défendant aux femmes de porter un pantalon indécent au Soudan

En 2009, l’histoire de Loubna Ahmed al-Hussein fait également le tour de la toile et des autres médias. Cette journaliste soudanaise est condamnée à recevoir des coups de fouet pour port de pantalon "indécent".

La cruauté de l’article 152 du code pénal soudanais établi en 1991 réside dans sa subtilité. Le port du pantalon n’est pas interdit, sauf s’il est indécent, l’indécence relevant de l’appréciation des policiers et de la justice, comme le souligne Amnesty International. La journaliste est finalement libérée, mais combien de femmes soudanaises reçoivent les coups de fouet dans le silence médiatique?

Loi prônant l'abstinence au Swaziland ou comment instrumentaliser les traditions

Au Swaziland, le roi Mswatti III remet l’umchwasho au goût du jour entre 2001 et 2005. Ce rituel interdit toute relation sexuelle aux femmes non mariées qui doivent porter des colliers-pompons de couleur variable en fonction de leur âge et de leur statut. Les filles de moins de 18 ans ne doivent avoir aucun contact avec les hommes.

La raison officielle de la réactivation de cette pratique n’est rien de moins que de stopper l’épidémie de VIH/sida, déjà très répandue à ce moment-là dans le pays. L'évolution des chiffres confirmera que la méthode est inefficace. Le taux de prévalence atteindra 26% en 2007, le plus élevé au monde selon l'Onusida, qui souligne par ailleurs que la polygamie est un facteur augmentant la vulnérabilité au virus.

Là encore, l’hypocrisie du dirigeant est largement commentée dans les médias et soulève des vagues de protestation dans le pays. En effet, deux mois après la promulgation de l’umchwasho, le roi lui-même épouse une jeune fille de 17 ans, qui devient sa neuvième femme. Finalement, Mswatti III stoppe le rituel un an plus tôt que prévu, sans en donner la raison.

Entre absurdité et dictature, pourquoi de telles lois?

Au-delà de la dimension arbitraire, du caractère injuste et antidémocratique indéniable de ces lois, elles sont révélatrices des représentations que se font les dirigeants de leur peuple. La loi du Malawi condamnant le pet, instaurée pendant la colonisation et réactivée en ce début d’année 2011, est basée sur une vision infantilisante des Noirs (largement répandue chez les colonisateurs, comme le montre la littérature historique et sociologique sur la colonisation) et du peuple (habituelle chez les dirigeants politiques?). Celui-ci se laisserait aller à ses impératifs biologiques, incapable de maîtriser son corps à moins d’utiliser une méthode répressive pour le discipliner. Ou alors s’agit-il, pour les gouvernants, de dominer la nature en voulant contrôler les besoins naturels?

Quant aux législations sur les tenues vestimentaires, elles ont souvent une visée morale ou religieuse (ou anti-religieuse) disproportionnée. Là encore, il s’agit de se rendre maître des corps en bannissant l’aspect séducteur des habits . Edicter des lois pour imposer aux femmes leur façon de se vêtir, outre l’aspect sexiste, c’est considérer qu’elles ne peuvent déterminer elles-mêmes les limites de la pudeur. Et ce principe est poussé à son paroxysme quand il s’agit de contrôler ou de réprimer la sexualité, comme au Swaziland.

Mais à côté de ces étranges lois injustes, il ne faut pas oublier que des textes africains ont été précurseurs en matière de démocratie, telle la Charte du Mandé des chasseurs de l’ancien empire du Mali en Afrique de l’Ouest, transmise oralement depuis 1222. Par ailleurs, les autres continents regorgent aussi de perles législatives avec leur lot de lois absurdes et insolites d’hier et d’aujourd’hui. Paradoxes, incongruités, tautologies… La bêtise ne connaît pas de frontière, elle est universelle!

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