Objets traditionnels sérères du musée Senghor de Joal au Sénégal

Tourisme culturel au Sénégal: le musée Mbind Diogoye, à Joal, présente des objets et des outils traditionnels utilisés par les Sérères, l'ethnie de Senghor.
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Au sud de la Petite Côte, Joal abrite la maison familiale de Leopold Sedar Senghor, transformée en musée. Consacré principalement au premier président du Sénégal, il expose également des objets représentatifs de la culture sérère, l’ethnie majoritaire du Sine-Saloum.

Le musée Mbind Diogoye: Leopold Sedar Senghor et la culture sérère

Située près de Fadiouth, l’île aux coquillages , la petite ville de Joal est moins touristique. Pourtant, c’est ici que se trouve le musée Mbind Diogoye, ou musée Senghor. La demeure familiale du poète-président n’est pas toujours indiquée dans les guides touristiques mais elle présente pourtant un intérêt culturel indéniable.

Mbind Diogoye signifie en sérère "la maison de Diogoye", du nom du père de Leopold Sedar Senghor: Diogoye Basile Senghor. Outre le mobilier et l’arbre généalogique, une exposition retrace le parcours politique et poétique de Léopold Sedar Senghor, un président ayant laissé une trace importante dans l’histoire du Sénégal, dans la littérature de la négritude et dans le cœur des Sénégalais.

Aspect beaucoup moins connu du musée, plusieurs salles abritent des objets typiques de la culture sérère . Des précisions obtenues auprès d’un informateur de cette ethnie permettent de connaître l’usage et de comprendre la signification de ces pièces.

La calebasse, une plante pour des objets variés

Chez les Sérères, comme pour de nombreux peuples d’Afrique, les usages de la calebasse , plante de la famille des cucurbitacées, sont multiples. Ronde et coupée en deux, on l’utilise en guise de récipient pour déposer le mil (couscous) ou le riz.

Petite et allongée, elle sert à recueillir le vin de palme sur l'arbre, ou de gourde (autre nom donné à la plante) pour le berger, qui peut ainsi facilement transporter le lait. Il le versera ensuite dans une grosse calebasse où le liquide reposera plusieurs jours pour être transformé en lait caillé.

Les calebasses plus petites sont coupées de manière à servir de louche ou de cuillère pour manger les bouillies de mil, ou pour boire le vin de palme. Les plus grosses servent de percussions. Si une calebasse se brise, on la recoud avec de grosses aiguilles et du fil épais de coton, des tiges de rônier ou du fil de nylon.

Ustensiles de cuisine: marmite, pilon, trépied, etc.

Plusieurs pièces liées à l’univers culinaire et à la cuisine traditionnelle sont exposées.

  • Le trépied en bois trône dans la cour de la concession. On y insère une calebasse pour faire sécher la farine au soleil. On le trouve parfois dans la cuisine pour stocker le mil ou conserver les restes de repas.
  • La marmite est remplie d’eau pour faire cuire le mil contenu dans un plat percé posé dessus. Pour éviter que la chaleur ne s’échappe, un tissu est glissé entre le plat et le bord de la marmite.
  • Le pilon sert à écraser les céréales, mil ou riz, dans un mortier ou à faire le pili-pili (mélange d’épices).
  • Les meilleurs épis de la récolte sont sélectionnés pour être suspendus dans la cuisine. Bien conservés grâce à la fumée, ils serviront de semences à la prochaine saison agricole.

Le canari, symbole de l’hospitalité

Lorsqu’un voyageur ou un étranger arrive dans une concession sérère, le premier réflexe est de lui offrir de l’eau puisée dans le canari, sans même lui avoir posé de question. Ce récipient représente véritablement l’hospitalité.

Surnommé "frigo local africain", il conserve l’eau au frais. Il est fermé par un plateau ou une assiette pour éviter saletés et insectes, et surmonté d’un pot recouvert d’un tissu propre. Fabriqués en argile par des potiers, les canaris sont parfois décorés.

Entre fêtes et travail: pagnes, tam-tam, outils agricoles et armes de chasse

Le musée possède aussi des objets de cérémonie. Le pagne traditionnel est un symbole fort de la tradition sérère. Ce tissu de coton bleu très foncé, dit "pagne noir", existe aussi en version blanche. Il est porté lors de la circoncision, de l’initiation et du mariage. Parfois décoré de cauris et de petits miroirs ronds, il peut être remis à un lutteur méritant en guise de récompense.

La musique, autre élément culturel essentiel, est présentée à travers les tam-tam, instruments qui animent les fêtes de village et les cérémonies. Fabriqués avec des peaux de zébus, ils sont plus ou moins creusés pour donner un son différent.

Enfin, les activités de travail sont illustrées par des outils agricoles et des armes de chasse: hilaires pour cultiver le mil ou le riz, arc, flèches, sagaie, etc.

Une culture à préserver, un musée à entretenir

Ainsi, tous ces objets évoquent la culture sérère d’hier et d’aujourd’hui. Comme le mentionnait l’Unesco dans un rapport intitulé Tourisme, culture et développement en Afrique de l’Ouest , il est important de "préserver et revitaliser les traditions culturelles menacées de disparition et présentant un attrait touristique". En effet, si des traditions sont bien ancrées chez les Sérères, d’autres tendent à disparaître avec l’évolution de la société.

Au Sénégal, peu de lieux rassemblent les objets des cultures ethniques comme celui de Mbind Diogoye pour la tradition sérère. Bien que modeste, il nécessite une attention et des fonds afin de l’entretenir et de le développer. Le musée, peu à peu laissé à l’abandon , a fait l’objet d’une rénovation en 2010, à l’initiative de la Banque centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest. Mais les travaux ont surtout concerné l’entretien du bâtiment et la conservation des documents relatifs à Leopold Sedar Senghor. Si Mbin Diogoye devient musée national comme certains le souhaitent, la culture sérère sera-t-elle l’objet d’autant d’attentions que le poète-président?

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