Danger des probiotiques dans les yaourts: info ou intox ?

Une rumeur circule sur Internet, mettant en garde contre les ferments lactiques, soupçonnés d'être un facteur d'obésité.
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Les ferments lactiques, dont l'industrie des produits laitiers avance les mérites, seraient responsables du développement de l'obésité, d'après une information alarmiste transmise par vidéo et par chaîne de mails entre internautes. Faut-il s'inquiéter ?

Alerte au rayon des yaourts

Selon ces messages et vidéos en circulation, on apprend que des tests sur des poulets ou sur des porcs auraient mis en évidence une prise de poids liée à l'absorption de probiotiques . On nous explique également que les yaourts ne sont pas favorables à l'équilibre yin-yang en hiver ( vidéo «probiotiques et obésité» ).

Les grandes marques industrielles de produits laitiers sont alors incriminées. On nous précise qu'elles se sont vu obligées de retirer leur «publicité mensongère».

C'est un article du Canard Enchaîné qui est à l'origine de la polémique. Il s'appuyait sur l'interprétation d'une étude scientifique menée sur des poulets par le chercheur français Didier Raoult et publiée dans la revue «Nature» de septembre 2009. La vidéo, quant à elle, serait cautionnée par une personne du milieu hospitalier.

Qu'est-ce que les probiotiques ?

Les probiotiques sont des micro-organismes vivants (bactéries, levures) qui constituent la flore intestinale, buccale et vaginale. Ils interviennent dans différents processus de transformation et d'assimilation de la nourriture tout en formant une barrière contre les micro-organismes nuisibles.

Des aliments en apportent également, par exemple la choucroute, le miso, le tempeh, mais surtout les aliments lacto-fermentés (bifidus et lactobacilles) comme le yogourt ou le kéfir.

Divers bienfaits des probiotiques pour la santé et le bien-être ont été démontrés par de multiples études scientifiques . Quant aux prébiotiques, ce sont des nutriments permettant leur multiplication.

De l'utilité des probiotiques

Depuis 2002, des campagnes d'information menées par les pouvoirs publics et par la Caisse nationale d’assurance maladie visent à réduire la consommation d’antibiotiques en France: « Les antibiotiques, c'est pas automatique ».

Leur usage répété entraîne une résistance des micro-organismes pathogènes chez les animaux et les humains, rendant les moyens de traitement compliqués.

Les antibiotiques utilisés pour la croissance des animaux et pour la prophylaxie des maladies se retrouvent dans notre assiette. Ils impactent l'ensemble de la chaîne alimentaire.

L'utilisation des probiotiques chez le porc et en alimentation avicole représente une alternative intéressante. Ils permettent de limiter la mortalité et le ralentissement de la croissance au moment du sevrage. Ne vaut-il mieux pas prévenir que guérir?

Une question de réglementation européenne

En 2008, l'Autorité européenne de sécurité des aliments ( EFSA ) a passé en revue des milliers d'allégations nutritionnelles et de santé, autorisant ou interdisant leur mention sur les aliments et compléments alimentaires (le but étant d'empêcher les allégations abusives).

Selon l'Association scientifique internationale pour les probiotiques et prébiotiques ( ISAPP ), l'EFSA n'a retenu aucun des 164 bienfaits qu'apportent probiotiques et prébiotiques, malgré les nombreuses études scientifiques solides les ayant mis en évidence.

C'est ainsi qu'on a vu disparaître des messages du type «stimule les défenses immunitaires» dans des publicités pour produits laitiers aux probiotiques. Non pas que les probiotiques aient été jugés dangereux, mais parce que la démonstration de leurs bienfaits n'a pas été retenue comme pertinente.

Les probiotiques, ce n'est pas nouveau

Les probiotiques n'ont rien à voir avec une nouvelle molécule ou avec une substance chimique qui viendrait d'être inventée. Ils existent dans notre alimentation depuis très longtemps, au moins depuis que les yaourts existent, c'est-à-dire des millénaires.

Un médecin turc aurait soigné les problèmes intestinaux de François Ier grâce à des yaourts .

Parmi les « remèdes de grand-mère » favoris pour la beauté des cheveux et de la peau, nous connaissons bien la réputation de la levure de bière. Il s'agit d'une souche de probiotique.

Différence entre animaux et humains

Il est légitime qu'on se questionne sur les effets de toute substance alimentaire, comme l'a fait le chercheur Didier Raoult avec les probiotiques.

Ceci dit, l'EFSA a souligné que les probiotiques utilisés dans l'étude sur les poulets sont différents des souches employées dans les produits laitiers. L'étude du Professeur Raoult a mis en évidence la croissance des poulets, pas l'augmentation de la masse graisseuse.

Les résultats obtenus sur des animaux ne peuvent pas être systématiquement extrapolés à l'être humain, leurs organismes étant différents. Par exemple, les effets de la gelée royale (dont la réputation n'est plus à faire) sur la reine de la ruche, bien plus grosse que ses congénères, ne peuvent être transposés à l'homme.

Probiotiques et poids

Les personnes qui tentent de mincir en faisant la part belle aux yaourts dans leur régime ont une alimentation déséquilibrée. Comme en toute chose, l'excès est mauvais, la modération préférable. Le lait est acidifiant pour l'organisme et gêne l'assimilation des minéraux (y compris du calcium qu'il est censé apporter). Ce qui expliquerait un possible affaiblissement.

Plutôt que d'incriminer les probiotiques, rappelons que les yaourts allégés ne le sont pas toujours en sucres. De plus, à défaut de matières grasses pour l'onctuosité, les fabricants ajoutent parfois de l'amidon: un composant dont l'index glycémique est élevé. Et bien d'autres facteurs expliquent l'augmentation des cas de surpoids, notamment la sédentarité grandissante et une alimentation inadaptée.

Des études scientifiques démontrent au contraire l'utilité des probiotiques pour combattre l'obésité .

Un canular ?

Dans un communiqué, l'hôpital où exerce la personne ayant cautionné la vidéo sur les probiotiques et l'obésité, a envoyé un démenti formel. Cette personne est employé de maintenance, pas médecin ni expert.

Il semble que le message alarmant sur les probiotiques s'apparente davantage à un dénigrement ou à une diffamation de marques et de fabricants qu'à une information sérieuse. Comme beaucoup de messages circulant en chaîne sur Internet (par exemple le plomb dans les rouges à lèvres ), il s'agit vraisemblablement d'un canular .

Liens :

Article: Probiotiques et obésité: des experts contre-attaquent

Savoir déjouer les canulars et escroqueries sur internet

Recettes de conserves lacto-fermentées

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