L'encens des femmes marocaines

Dans le sud du Maroc, les femmes confectionnent un encens traditionnel rare, au bois d'oud et au safran
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Depuis des temps reculés, plantes aromatiques, résines et bois parfumés sont utilisés par l'humanité comme encens. On les brûle lors de célébrations et de rites religieux, afin d'éloigner le mauvais œil ou d'assainir l'air. Le Maroc ne déroge pas à cette coutume. Aux abords du désert, les femmes préparent elles-mêmes un encens aux composants prestigieux. Suivez la recette...

Aux portes de l'Afrique

Tandis que le nord du Maroc s'apparente au monde méditerranéen et à «l'Orient» au sens large (en matière de paysages, d'architectures et d'habitudes vestimentaires) le sud du pays évoque davantage l'Afrique.

Les ksour (villages) de la vallée du Drâa , de même que les dernières maisons avant les dunes, sont souvent construits en pisé (terre crue et séchée, mélangée à de la paille). Le sol et la roche sont ocre rouge, les vallées bordées d'oasis apportent un havre de paix et de fraîcheur.

Lorsqu'elles sortent, les femmes revêtent des drapés ou voilages colorés qui les protègent du soleil, du vent et du sable. Dans leur sillage se répandent parfois des parfums envoûtants.

Les herboristes

Au souk ou sur les marchés hebdomadaires, il est encore fréquent de trouver des herboristes. Ils perpétuent un savoir ancestral qui tend à disparaître face à la «modernité». Telles des boutiques d'apothicaires, leurs échoppes proposent un grand choix de plantes, disposées en bocaux sur des étagères.

C'est à eux que s'adressent les personnes désirant acheter des remèdes naturels, des ingrédients culinaires spécifiques, voire des plantes odorantes ou aphrodisiaques. Il arrive parfois qu'ils vendent des insectes séchés, des cornes et autres «sorcelleries».

C'est chez eux que l'on trouve des concrètes de parfum (ambre, musc solides) ainsi que des résines, comme la gomme arabique pour le thé à la menthe , ou les encens purs (benjoin, myrrhe...).

Préparation de l'encens fait maison

L'encens s'offre comme cadeau ou se brûle lors de cérémonies. A l'instar du henné , il est censé porter bonheur et revêt un caractère sacré. Sa préparation offre aux femmes l'opportunité de se réunir. Telle un rituel, elle a généralement lieu en prévision de fêtes et d'occasions spéciales.

Les femmes s'accroupissent autour d'un récipient large (bassine, plateau...) et mélangent de petits copeaux de bois (l'oud ou oudh) à du safran en filaments et à des cristaux de musc (une poudre ressemblant à du sel ou du sucre). Parfois, elles ajoutent des perles de résines.

Le procédé consiste ensuite à mouiller la mixture afin que les composants puissent s'imprégner mutuellement et que le musc fonde. Puis vient l'étape la plus longue: laisser sécher le mélange. Quand l'humidité est presque partie, les femmes aspergent le tout d'un parfum entouré de pouvoirs magiques et censé attirer prospérité et clairvoyance, comme « Rêve d'Or » , de L.T. Piver.

L'encens doit être bien sec avant d'être transféré dans une boîte, ou bien il pourrait moisir et prendre une odeur désagréable.

Des ingrédients précieux

Le safran («azafran») est une épice onéreuse issue d'une variété de crocus et cultivée dans la région marocaine de Taliouine. Au delà de sa saveur et de son intérêt gastronomique, le safran possède diverses vertus et à l'époque des Phéniciens , il était déjà vénéré. On lui prêtait le pouvoir d'attirer les bons esprits, de purifier les sanctuaires.

L' oud est un bois précieux , venu du Moyen-Orient et d'Asie. Il est employé comme encens («bokhour el oud») depuis la nuit des temps, à des fins médicinales et lors de cérémonies religieuses. Son utilisation dans les traditions musulmanes serait héritée du Prophète Mahomet.

Le musc se rencontre souvent sous forme de cubes de concrète dans un certain nombre de pays arabes. Il s'agit de parfum concentré, solide et – selon les préceptes musulmans - sans alcool. Le musc naturel est d'origine animale. De nos jours, des produits de synthèse, plus faciles à se procurer, le remplacent.

Un encens de cérémonie 

C'est pendant les fêtes familiales ou religieuses et au cours du mois sacré de Ramadan que les Marocains font brûler le «bokhour el oud». Un brasero de fonte ou de terre cuite est préparé avec des charbons brûlants. On saupoudre de l'encens dessus et celui-ci dégage alors des fumées odorantes.

Parmi les gestes d'hospitalité, les hôtes accueillent leurs invités en les aspergeant d'eaux florales (par exemple de l'eau de roses du Kelâa M'Gouna ou des eaux de parfum). Dans le sud marocain, il est fréquent de voir les femmes soulever leurs jupes et drapés au-dessus du brasero pour les imprégner de l'odeur d'encens.

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