Les palmiers et oasis du Maroc en danger

Désertification, trafic de plants et maladies menacent les belles palmeraies marocaines. Des programmes tentent de les préserver.

Havre de verdure et de paix, l'oasis est synonyme de destination exotique pour les touristes. Pour l'économie locale, c'est une richesse à sauvegarder. Depuis les années 1990, les palmeraies marocaines souffrent de sécheresses successives, auxquelles s'ajoutent divers fléaux.


L'oasis, un milieu fragile

Lieux d'étape des voyageurs, carrefours de routes commerciales, les oasis sont à la fois des agglomérations humaines et des zones cultivées.

Situées à proximité de sources d'eau, elles ne sont pas naturelles mais résultent du travail de leurs habitants. Elles existent grâce à des systèmes d'irrigation et à un entretien continu.

En hauteur se situent les palmiers , pourvoyeurs d'ombre et de fraîcheur. A mi-hauteur poussent des arbres fruitiers donnant agrumes, grenades, amandes, bananes, figues... Au sol sont cultivés des produits maraîchers, des céréales, des plantes fourragères et du henné.

Au XXe siècle, les surfaces couvertes de palmeraies ont réduit de moitié au Maroc. L'équilibre fragile de ces écosystèmes est menacé de désertification, tant végétale qu'humaine (exode).


Assèchement et ensablement 

Plusieurs phénomènes expliquent la désertification du sud marocain.

La pression démographique (la population a presque triplé en 30 ans) a augmenté les besoins hydriques, faisant tarir les cours d'eau. Les nappes phréatiques, très sollicitées, se concentrent en sel ou deviennent trop alcalines.

Les plantes et herbes se raréfient à cause de la sécheresse et du surpâturage. Les sols, déjà très arides, ne sont plus retenus par la présence de racines. S'ensuivent l'érosion éolienne et l'ensablement.


Un barrage controversé

Le barrage El Mansour Eddahbi , inauguré en 1972, alimente en eau la région de Ouarzazate. Il est également censé réguler le débit des plusieurs oueds, afin d'éviter les inondations dévastatrices.

Mais en raison de sécheresses répétées, cette immense rétention d'eau signifie une pénurie pour les oasis de la vallée du Drâa , ne serait-ce que 100km en aval.

Cet oued, le plus long du Maroc, rejoignait autrefois l'Océan Atlantique vers Tan-Tan, au Sahara Occidental. De nos jours, il se perd dans les sables à environ 50km au sud de Zagora.

Les nomades de la région (Sahraouis) dénoncent la situation mais ne sont pas entendus. Beaucoup d'entre eux doivent se sédentariser ou s'exiler.


Le bayoud, champignon ravageur

Les dattiers subissent les attaques silencieuses d'un autre ennemi, le bayoud . Ce champignon (fusarium oxysporum albedinis) provoque une maladie appelée trachéomycose: le palmier réagit en bouchant ses vaisseaux contaminés, ce qui empêche la propagation des spores par la sève. Il meurt finalement de déshydratation.

Des coupables supplémentaires viennent s'ajouter au bayoud, comme les cochenilles ou les acridiens. Les paysans brûlent les dattiers atteints, tuant ainsi maladies ou parasites. De jeunes pousses repartent depuis la base des arbres.

Mais ces dispositions ne suffisent pas. La limitation ou l'éradication du bayoud passera probablement par le développement d'espèces de palmiers résistantes (Majhoul, Boufeggous, Nejda).


Le trafic de palmiers

Le palmier dattier (Phoenix Dactylifera) est apprécié comme arbre d'ornement. Il agrémente les jardins de riches particuliers et les bordures de grandes avenues, au Maroc comme en Europe.

Dans le sud marocain, beaucoup de paysans, poussés par la pauvreté, on cédé aux sirènes des traficants de palmiers . Ils reçoivent environ 14€ pour chaque dattier adulte, que l'aquéreur final achète dix fois plus cher.

En 2003, selon les estimations de l’association des Amis de l’environnement de Zagora, 40000 palmiers auraient été arrachés dans les oasis du Drâa. Seuls 10% survivent à leur transplantation. Leur trafic est interdit sans autorisation et passible de 900€ d'amende par plant. Mais la corruption a raison des lois. Les gendarmes ferment les yeux en échange de bakchiches et les pépiniéristes d'Agadir fournissent de faux certificats aux traficants.

Suite à des dispositions fermes prises par le nouveau gouverneur de la province de Zagora, Ali Biougnach, les pilleurs se sont rabattus sur l'oasis de Skoura, plus au nord.


Projets de sauvegarde et revalorisation

Depuis le sommet de Rio (juin 1992), le Maroc a identifié un réseau national de 154 "Sites d'intéret biologique et écologique" ( parc et réserves nationaux ), permettant la préservation des aires concernées.

En 1994, le pays a adhéré à la convention des Nations Unies sur la Lutte Contre la Désertification, puis l’a ratifiée en 1996. En juin 2001, un Programme d’Action National de Lutte Contre la Désertification (PANLCD) a été adopté.

Divers projets de reboisement et de mise en valeur voient le jour au Maroc, pas seulement pour les palmiers et leurs dattes, mais également pour les arganiers (dont est issue la fameuse huile d'argan ).

Une gestion raisonnée de l'eau, la replantation de palmiers grâce au développement de pépinières (phoeniculture) et la valorisation des dattes permettront peut-être d'enrayer le désastre, de même que la sensibilisation et la formation technique d'acteurs locaux.

Lien utile :
Le paysage de l'Oasis dans le sud du Maroc

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