Mort de Michael Jackson : le Docteur Murray déclaré coupable

Le dernier médecin du Roi de la Pop a été reconnu responsable du décès de son patient. Retour sur les temps forts du procès et sur son issue.
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Fin septembre 2011 s'entamait le procès du cardiologue Conrad Murray, inculpé d'homicide involontaire suite à la disparition prématurée de son illustre patient, Michael Jackson. Voici les différents arguments qui ont abouti au verdict.

Contexte et enjeux du procès

Conrad Murray était le médecin qui prodiguait des soins à Michael Jackson quand celui-ci s'est éteint, le 25 juin 2009. L'autopsie a révélé que le Roi de la Pop avait succombé à une dose massive de Propofol (anesthésiant) associée à du Lorazepam (calmant).

Plus de deux ans après, du 27 septembre au 7 novembre 2011, s'est déroulé le procès du médecin, à la Cour Supérieure de Los Angeles. Présidé par le Juge Michael Pastor, il a été retransmis en direct à la télévision et sur internet.

La famille et les fans du chanteur se sont portés partie civile. Pendant six semaines, une cinquantaine de témoins se sont succédé devant un jury de 12 personnes (7 hommes et 5 femmes), afin de déterminer si le médecin (58 ans) était coupable ou non d'homicide involontaire.

Les arguments de la défense

L'objectif de la défense était principalement de démontrer la responsabilité de Michael Jackson dans sa propre fin et tenter de convaincre le jury de la dépendance du chanteur aux sédatifs et analgésiques.

La défense a changé plusieurs fois de stratégie, soutenant d'abord la thèse d'une absorption de Propofol par la star, puis de pilules de Lorazepam. Confrontées aux avis des experts de l'accusation, ces thèses n'ont pas été retenues comme plausibles. Le Dr. White, spécialiste du Propofol, a défendu l'idée selon laquelle Michael Jackson se serait injecté le produit lui-même.

Quelques patients de Conrad Murray ont témoigné en faveur du médecin, mettant l'accent sur sa disponibilité et son professionnalisme.

Les arguments de l'accusation

Tout au long du procès, l'accusation s'est attachée à mettre en évidence la négligence du médecin dans les derniers instants du Roi de la Pop.

Il a administré à domicile un produit censé n'être employé qu'en milieu hospitalier et ce, sans matériel adéquat d'observation ou de réanimation. Plusieurs experts ont considéré comme impossible l' hypothèse selon laquelle Michael Jackson se serait auto-injecté . Conrad Murray n'aurait pas dû laisser l'artiste pendant un moment sans surveillance, alors qu'il était sous perfusion d'anesthésiant.

Le médecin a beaucoup tardé à alerter les secours après avoir constaté l'arrêt respiratoire de la star. D'autre part, avant leur arrivée, il a dissimulé les sédatifs utilisés, selon l'agent de sécurité Alberto Alvarez. Enfin, il a menti aux médecins secouristes en ne fournissant pas les informations exactes sur les produits employés et leurs quantités.

Des charges accablantes

Du côté de l'accusation, les docteurs Steinberg et Shafer ainsi que le Professeur Kamangar, respectivement expert en cardiologie, expert anesthésiste et spécialiste en sédation, ont frappé fort en pointant du doigt une longue série d'erreurs de la part de Conrad Murray, les qualifiant «d'extrême déviation» par rapport aux procédures et précautions de sédation et même de négligences «énormes» et «inexcusables».

Selon eux, le Propofol (Diprivan®) n'est pas censé être utilisé comme sédatif. Ils ont considéré comme «inconcevable» qu'il ait été administré sans installation médicale étroitement contrôlée. Conrad Murray aurait dû enquêter sur les causes d'insomnie de son patient avant d'envisager une médication. Il n'aurait pas dû tenter un massage cardiaque alors qu'il avait décelé un pouls mais alerter les urgences immédiatement après avoir constaté l'arrêt respiratoire.

Du côté de la défense, le Dr. White, interrogé par le Procureur Walgren (avocat de l'accusation), a finalement admis, lui aussi, que Conrad Murray aurait dû appeler le 911 (urgences) beaucoup plus tôt et s'était écarté des normes en matière de soins.

Le verdict

A l'issue du procès, aucun scénario n'a prévalu quant aux circonstances exactes de la mort de Michael Jackson et aux quantités de sédatifs administrées.

Dans son réquisitoire, David Walgren a reproché à Conrad Murray d'avoir abandonné Michael Jackson, rappelant que ses négligences avaient rendu les enfants de la star orphelins.

Au cours de sa plaidoirie, Ed Chernoff, avocat de la défense, a accusé Michael Jackson d'être le seul responsable de sa mort. Selon lui, Conrad Murray a été poursuivi «parce qu'il fallait un responsable».

Au terme d'une journée et demie de délibérations, Conrad Murray a été déclaré coupable d'homicide involontaire et placé en détention immédiate. Ce verdict n'était possible que si tous les jurés étaient unanimes, selon le fonctionnement de la justice aux États-Unis.

La sentence

Après le verdict, restait encore à connaître la sentence. Celle-ci a été prononcée le 29 novembre 2011.

Le Juge Pastor a infligé la peine maximale prévue - c'est-à-dire quatre ans de prison - rappelant que Conrad Murray avait trahi son serment d'Hippocrate et commis une série d'erreurs. Il a souligné les intentions malhonnêtes qu'avait eues Conrad Murray en enregistrant l'artiste à son insu, en situation de vulnérabilité (sous sédatif).*

Étant donné que le crime est classé comme «non violent», Conrad Murray ne purgera pas sa peine dans une prison d'État mais dans une des prisons du comté.

En raison de la surpopulation carcérale dans ces dernières, il pourrait en réalité passer quelques mois derrière les barreaux seulement (sortie prévue le 28 octobre 2013). Sauf si son crime est requalifié de «crime grave». C'est ce que Steve Cooley, le procureur du district, envisage de demander au juge. Conrad Murray compte faire appel.

Aux yeux des défenseurs du Roi de la Pop, Conrad Murray ne serait pas le seul coupable mais plutôt l'instrument d'un complot. Son procès n'est qu'un début dans la vaste enquête menée autour du décès de la star.

Lien utiles:

Mort de Michael Jackson: un homicide involontaire?

Mort de Michael Jackson: son médecin instrument d'un complot?

* Vidéo du discours du juge Pastor (chaîne de Kennikold)

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