Tout est bon dans le palmier... ou presque

Cocotiers et dattiers sont les vedettes des paysages exotiques. Mais les palmiers présentent bien d'autres intérêts et usages pour l'humanité.
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Sans que nous en soyons conscients, les palmiers font partie de notre quotidien. Leurs fruits, leurs fibres et leurs huiles entrent dans la composition ou la fabrication de produits variés.

Une herbe tropicale géante

En raison de leur hauteur (jusqu'à 60 mètres), les palmiers sont comparés à des arbres. Il s'agit de plantes dont le tronc (stipe) est fait de fibres entrelacées, non de bois. En guise de branches, ils possèdent des palmes en éventail ou pennées (en forme de plume). Leurs fruits sont appelés drupes.

Palmacées et arécacées sont deux appellations reconnues pour ces plantes arborescentes, parmi les plus anciennes au monde : certains fossiles de palmiers datent du crétacé (il y a environ 120 millions d'années).

Généralement présents dans les régions tropicales et intertropicales, les palmiers comptent près de 3000 espèces, dont certaines capables d'affronter des climats extrêmes, comme ceux du Sahara ou de la Cordillère des Andes.

Le palmier comme ornement

Dans les esprits, le palmier évoque souvent oasis et paysages paradisiaques.

Pas étonnant qu'on apprécie de le retrouver comme plante ornementale dans les appartements, le long des avenues prestigieuses ou dans les parcs des villes ensoleillées.

Bien que gourmand en eau et en lumière, le palmier s'entretient facilement.

Plusieurs espèces supportent des températures négatives. Quelques-unes s'adaptent à l'environnement sec et peu éclairé des appartements, comme le Kentia (originaire d'une île australienne).

Usage alimentaire du palmier

La drupe du palmier à huile, cultivé en Afrique et en Asie du Sud-Est, est employée pour son huile dans les secteurs industriel et agro-alimentaire. Non raffinée, elle présente une forte teneur en vitamines A et E. La pulpe des drupes ou « sauce graine » s'utilise en cuisine africaine.

Les dattes, fruits énergétiques du palmier dattier, sont riches en sucres, en vitamines du groupe B, en fibres et en chrome. Séchées afin d'être conservées, elles sont aussi dérivées en pâtisserie, sirops et alcool (arrack).

Issue du cocotier, la noix de coco contient de l'eau et de l'albumen qui se transforment en chair blanche (le coprah) à maturité. Elle entre dans diverses préparations ( lait de coco , huile, gâteaux, entremets...).

La drupe la plus insolite est le coco-fesse (espèce protégée des Seychelles), dont la noix, en forme de postérieur féminin, pèse jusqu'à 20kg.

La sève sucrée de différents palmiers permet de fabriquer sucres et sirops. Fermentée, elle donne une boisson alcoolisée appelée vin de palme.

Le cœur de palmier (ou chou palmiste), apprécié en salade, provient du bourgeon terminal de palmiers cultivés en Amérique Latine et à La Réunion (principalement du "bactris gasipaes").

Le palmier en artisanat et pour l'habitat

Dans les régions tropicales, les stipes servent de charpentes, planchers et poutres. Les feuilles séchées constituent une couverture étanche pour les toitures. Les cloisons intérieures sont réalisées avec les folioles tressées.

Le raphia (originaire de Madagascar) et le rotin (d'Asie du Sud-Est) fournissent un matériau très utilisé dans la fabrication de nattes, de cordes, de fibres textiles, de vanneries et de cannages.

Le carnauba, issu du palmier à cire (Brésil), permet l'entretien des meubles, des cuirs et des carrosseries. Le sang-dragon , résine rouge-orangée extraite des fruits du palmier à rotin, est un pigment servant à teindre le marbre, le plâtre et les violons (en vernis).

Le fruit du palmier à ivoire ( tagua ou corozo), présent en Amérique du Sud, constitue une alternative intéressante à l'ivoire animal, pour la création de bijoux.

Usages cosmétique et thérapeutique

Le carnauba se retrouve dans les maquillages, comme agent de texture. Il forme un film protecteur sur la peau, limitant sa déshydratation.

Les huiles de palme et de coprah entrent dans la composition de savons et cosmétiques. Associée aux fleurs de tiare dans le monoï, la seconde sert de soin capillaire et d'huile bronzante.

La médecine traditionnelle chinoise emploie le sang-dragon pour favoriser la cicatrisation et contrôler douleurs et saignements. L'OMS reconnaît l'usage des baies du palmier nain ("serenoa" ou "sabal") dans le traitement des troubles urinaires liés à l'hypertrophie bénigne de la prostate.

Durant la guerre du Pacifique de 1941-1945, l'eau de coco, proche du plasma sanguin, servait aux transfusions d'urgence.

En Asie du Sud-Est, la noix d'arec (du palmier à bétel) est couramment mastiquée pour son effet stimulant et coupe-faim.

Éthique et environnement

Les palmiers fournissent aux humains des matériaux naturels, utiles à plus d'un titre. Le tableau n'est cependant pas idyllique.

Pour border les avenues de grandes villes, certaines palmeraies (comme celles de la vallée du Draâ, au Maroc) sont dépouillées de leurs palmiers contre de l'argent.

Très économique grâce à son fort rendement, le palmier à huile représente un désastre écologique et humain. Essentiellement constituée d'acides gras saturés, son huile entre dans la composition de nombreux produits de consommation courante et contribue à augmenter le mauvais cholestérol. La progression de ses cultures engendre un forte déforestation, menace la vie des orang-outans et viole souvent les droits de l'Homme.

Une prise de conscience s'opère actuellement dans l'industrie pour favoriser un développement durable et éthique.

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