La mulâtresse Solitude: une esclave au service de la liberté

Combattante de légende, et figure emblématique du marronage en Guadeloupe, Solitude s'est battue contre le rétablissement de l'esclavage par Napoléon.

En 1789, la Révolution française promulgue la Déclaration des droits de l’Homme. L'Assemblée nationale constituante place les colonies sous un statut exceptionnel afin de maintenir l'esclavage. Le lobbying esclavagiste est puissant, et la Société des Amis des Noirs, partisane d’un adoucissement de l’esclavage, n’est pas aussi puissante que les militants contre la Traite des Noirs en Angleterre. En Guadeloupe, entre autres, les noirs affranchis ou libres et les métis sont mis en marge de la société par la discrimination blanche. Ils tiennent de petits commerces, sont artisans, ont leurs propres plantations, et certains sont même instruits. Ils ont pris connaissance de la Déclaration et se demandent pourquoi les colonies sont marginalisées. En Guadeloupe, les Français sont présents depuis 1635, ils y ont importé des captifs africains pour travailler dans la production de cannes à sucre, café, cacao, tabac et coton à destination de la métropole. Il y a environ 100000 esclaves, 14000 blancs, et 3000 métis et noirs affranchis ou libres aux XVIIIe et XIXe siècles.

Une enfance d'esclave

La mulâtresse – métis – Solitude est née aux environs de 1772. Ce que l’on sait d’elle relève principalement de la légende. Elle est née d’un viol de sa mère par un marin. En Afrique, sa mère avait été vendue à un négrier. Jusqu’à l’âge de huit ans, elle vit avec sa mère, dans une plantation. Cette dernières finit par s’enfuir et l’abandonner. Adolescente, elle aussi s’enfuit, elle devient nègre marron et prend son nom de Solitude. Le terme de nègres marron vient de l’espagnol «cimarron», qui signifie: celui qui fuit son maître; ils vivent principalement dans des mornes lointains (collines aux Antilles). En 1793, lors de la Terreur, les planteurs des colonies sont massacrés. Certains esclaves profitent alors du contexte de chaos pour s‘enfuir. Solitude rejoint une communauté de marrons.

La lutte contre le rétablissement de l'esclavage

Solitude a connu les viols des maîtres, contre-maîtres et intendants de plantations, elle a été témoin des violences contre les esclaves, notamment ceux qui tentent de s’enfuir.

En 1794, la France abolit l’esclavage. Or, lors de la proclamation de la République en 1792, elle doit affronter une coalition de monarchies européennes qui veulent rétablir la royauté. C'est pourquoi, lorsque Victor Hugues arrive en Guadeloupe en 1794, pour déclarer l’abolition, celle-ci est sous occupation anglaise. Hugues officialise alors rapidement la libération des esclaves afin de les enrôler dans ses troupes et de combattre les Anglais. C’est chose faite au bout de six mois. En 1802, Napoléon rétablit l’esclavage, pour relancer la production agricole, entre autres. En Guadeloupe, le général Richepanse débarque alors. Les troupes napoléoniennes et les bataillons noirs de l’armée républicaine s'affrontent. Solitude combat aux côtés des chefs résistants Delagrès, Ignace, Paleme et Jacquet. Après les défaites de Baimbridge (Grande Terre) et Matouba (Basse Terre), elle est capturée lors d’une battue dans les bois de Basse Terre. Elle est condamnée à mort. Etant enceinte, ses bourreaux attendent qu'elle accouche. Le lendemain de son accouchement elle est pendue au grand mât des supplices, au cri de «Vivre libre ou mourir». Les blancs l'ont caricaturé, la considérant comme hystérique; car elle n’a jamais cessé d’haranguer les troupes rebelles. Elle a voulu se battre pour mettre au monde un enfant libre. Celui-ci sera vendu comme esclave dès sa naissance.

Conséquences contemporaines

En 1999, une statue de Solitude a été érigée dans la communauté des Abymes, en Guadeloupe. Pour sa part, le CRAN (Conseil Représentatif des Associations Noires de France), dans une lettre ouverte à l’Assemblée le 8 mars 2008 (lors de la Journée de la Femme), a demandé le transfert des cendres de Solitude au Panthéon.

  • André Schwarz-Bart, La Mulâtresse Solitude , Paris Seuil, 1972.

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