La Réforme protestante, ou la naissance d'une nouvelle Eglise

A l'origine de la division de la Chrétienté et de la Réforme protestante: le message d'un moine taraudé par son salut, au XVIe siècle
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Au XVIe siècle, ce sont les abus de l’Eglise, ses carences, et l’angoisse des fidèles qui seraient à l’origine de la Réforme protestante. Les clercs sont accusés de relâchement disciplinaire, pastoral. Un cinquième des curés vivraient en concubinage, les prêtres et les papes ont des «neveux», les clercs cumulent les charges ecclésiastiques, sont accusée d’absentéisme. De plus, ils seraient incapables de prêcher l’Evangile. Pour toutes ces raisons, les fidèles sont victimes d’une peur eschatologique (c’est-à-dire de la fin du monde). Certains humanistes proposent la «Devotio Moderna»: l’imitation de la vie du Christ, la méditation, l’oraison (formule qui matérialise la prière collective au cours d’une cérémonie religieuse), les sacrements réguliers, le dialogue individuel avec Dieu (sans médiation ecclésiastique).

Qui est Martin Luther?

Martin Luther est né en 1483 et mort en 1546. Il est ordonné prêtre en 1506. Il désespère cependant d’être parfaitement obéissant à Dieu, et de pécher. C’est en lisant les Saintes Ecritures, et surtout Saint Augustin, qu’il trouve la justification par la foi. Dès lors, il pense que la liturgie, les œuvres morales et matérielles et les sacrements ne sont d’aucune importance, pour sauver son âme. En 1517, il affiche ses fameuses 95 thèses (cette date symbolise le début de la Réforme; aujourd’hui, elle est toujours célébrée en Allemagne). La papauté condamne 41 des ses thèses en 1520, et l’excommunie en 1521 (c’est la plus grave des peines canoniques, elle exclut de pouvoir recevoir les sacrements et l’exercice de certains actes ecclésiastiques). Luther, alors réfugié en Saxe, dans le château de la Wartbug, du prince Frédéric le Sage, rédige ses textes réformateurs.

Les grandes lignes du luthéranisme

Luther réfute les pouvoirs de la papauté. Selon lui les sacrements sont une mise sous tutelle des fidèles. L’eucharistie (la célébration de la mort et de la résurrection du Christ) sert d’après lui à commémorer le sacrifice du Christ, et non à le renouveler. Il supprime la plupart des sacrements, mais garde le baptême. Il dénonce la vente des indulgences par la papauté (elles sont censées effacer les péchés et réduire le temps passé au purgatoire, où passaient les âmes avant d’aller au Paradis, afin de de se purifier).Luther supprime également les veux monastiques, le célibat des prêtres (lui-même se marie). Il propose la messe en allemand. Il a bénéficié du dévouement d’amis fidèles, qui diffusent son message, notamment dans les universités. L’imprimerie (inventée en 1453), diffuse également ses textes. De plus, les gravures de Dürer contribuent à le faire connaître (une importante partie de la population étant analphabète).

Victoire et diffusion de la contestation

Bientôt, les villes se rallient au luthéranisme, de même que des nobles désargentés, et des paysans. Les princes du Saint Empire Romain Germanique se réclament de ses idées, et s’opposent à l’empereur Charles Quint: c’est le début de la guerre de la Ligue d’Augsbourg (1531).En 1555, la paix de religion d’Augsbourg établit la division confessionnelle de l’Empire. Désormais, chaque région à sa religion. Il faut savoir qu’à l'époque, l’Empire est une constellation de 400 entités politiques: principats, villes, évêchés, duchés…Le luthéranisme se diffuse ensuite en Angleterre, Ecosse, Espagne, Italie, aux Pays-Bas. En France, il est interdit et pourchassé; il faut attendre la diffusion du calvinisme dans les années 1550.

  • Michel Cassan, L’Europe au XVIe siècle , Armand Colin, 2008

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