Les Portugais et le royaume du Congo aux XVe et XVIe siècles

Le Congo est un des rares pays d'Afrique relativement bien connu par les Européens à l'époque de la Renaissance.
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Au XVe siècle, le Congo s’appelle Kongo. La langue est le Ki-Kongo. Quand les Portugais arrivent en 1482, après avoir remonté le fleuve Zaïre, le royaume est puissant. En réalité, on devrait plutôt parler d’un empire comprenant des royaumes vassalisés (Loango et Ndongo), six provinces et des protectorats. La population s’élèverait à 2,3 millions d’habitants. Cependant, l’empire est précaire, car il n’y a pas d’unité religieuse, les armées sont multiples, et l’administration insuffisante.

Une économie bien développée

Le Kongo exporte des esclaves, de l’ivoire, du cuivre, des produits agricoles, des étoffes, des peaux et des coquillages, vers le Portugal. En échange, les Portugais apportent des produits manufacturés: alcool, armes, vaisselle, étoffes. Le commerce est également intracontinentale. Le Kongo (comme les autres pays africains) pratique la traite d’esclaves depuis bien longtemps avant l’arrivée des Européens, et des caravanes traversent le Sahara depuis des siècles. Cependant, c’est la culture du palmier qui est réellement emblématique du Kongo. Il en existerait huit variétés. Ses fibres sont utilisées dans le tissage des vêtements, son huile entre dans la composition de cosmétiques et de produits médicinales, ses feuilles recouvrent les toits des maisons. Le palmier sert même à faire du pain. On cultive l’igname, la banane plantain, le manioc, qui sont à la base de l’alimentation. Enfin, ce qui peut paraître incroyable aux yeux des Européens: ce sont les femmes qui cultivent la terre, sèment et récoltent. Les hommes pratiquent l’artisanat, le commerce et mène la guerre.

Les rôles ambigües de la royauté

Le roi se situe bien sûr au sommet de la société clanique. La royauté est un mélange de système électif, et de principe héréditaire. Ces sont les femmes qui fondent les lignées. Le roi est thaumaturge, c’est un personnage sacré, mais il est également considéré comme le bouc émissaire quand des maux touchent le pays. Le roi (appelé Mani-Kongo) a des pouvoirs politiques et sacrés: c’est le chef-prêtre, il est gardien de la légitimité, et garant des bonnes relations avec la terre et les ancêtres. Les ancêtres sont en effet très présents et importants au Kongo, on les vénèrent et on les craint. Le roi et la reine se montrent exceptionnellement à la population.

Une société polygame

La polygamie fait partie prenante des mœurs. En effet, c’est par la polygamie que les rois nouent des alliances avec les pays voisins, elle est donc essentielle à la stabilité du royaume. Plus l’homme est riche et plus il peut avoir d’épouses.

Une société clanique

Le clan est à la base de la société. Il réunit les descendants d’une même souche, vivants comme morts. Les liens sont très forts et solidaires à l’intérieur du clan. C’est l’oncle maternel, et non le père, qui transmet les biens et les titres à ses neveux.

Une société esclavagiste

Enfin, l’esclavage est domestique et commercial. Les femmes esclaves peuvent être des concubines. Les esclaves ont pour tâches principales les travaux agricoles, et les travaux de construction. Les esclaves domestiques sont relativement bien traités. On peut tomber en esclavage lors de prises de guerre, on peut se donner en cas de famine, on peut également être vendu comme esclave si on a commis un meurtre, ou si on est un adultère incorrigible…

Christianisation et acculturation

Le but des Portugais, en arrivant au Kongo, est d’évangéliser le pays et de pratiquer le commerce des épices et des métaux précieux principalement. Les Européens professent la religion chrétienne sur place, mais ils ramènent également des aristocrates au Portugal afin de les éduquer, et surtout de leur enseigner la religion. Leur stratégie est en effet de convertir d’abord les élites pour ensuite gagner le peuple. Ainsi, le premier roi se convertit en 1491, et prend le nom de Joao Ier. Par la suite, tous les rois portent des noms portugais. L’acculturation se fait en même temps que la christianisation. Les rois tentent d’évangéliser toute la population, ils calquent leur Etat sur ceux des européens, en créant des duchés, marquisats et comtés. Les élites se vêtissent à la manière portugaise. Les enfants des rois partent étudier au Portugal. Aux yeux de la population, les Portugais donnent une image de richesse et de luxe, c’est pourquoi le christianisme est tout d’abord bien accueilli.

Le choc des civilisations

Cependant, des incompréhensions subsistent: le christianisme interdit la polygamie, qui est essentielle pour la société kongo. Les traditionnalistes, qui n’acceptent pas que l’on ait abandonné les anciennes coutumes, se heurtent aux pro christianisme dans une guerre civile, au cours du XVIe siècle. Les prêtres brûlent les objets fétichistes, superstitieux. Des missionnaires sont tués, des écoles brûlées. Les Portugais n’hésitent pas à déporter des frères de clan en esclavage, de hautes autorités, et même des membres de la famille royale. Ils cherchent à avoir la mainmise sur les affaires du royaume, et font preuve de cupidité, accusant les kongos de dissimuler leurs richesses minières. Des rois eux-mêmes se détournent du christianisme, tandis que d’autres au contraire tentent d’étendre la nouvelle religion à l’ensemble de l’empire.

  • Balandier Georges, La vie quotidienne du Kongo du XVIe au XVIIIe siècles , Hachette, 1965.
  • Pigafeta Filipo, Le royaume de Kongo et les contrées environnantes , 1591, Google books.

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