Enseignants, les raisons de la colère

Réformes des programmes, suppressions de postes, formation réduite, etc...Les enseignants inquiets s'interrogent sur l'avenir de l'Education nationale.
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Les professionnels de l'éducation ne se reconnaissent plus dans un métier qui s'éloigne chaque jour de leur vision de l'enseignement. Trop souvent considérés comme des privilégiés, ils éprouvent le sentiment angoissant de se trouver sur un radeau en perdition approchant d'une immense chute d'eau. Regard sur les dysfonctionnements d'un système qui a pourtant éduqué des milliers d'élèves depuis la création du ministère de l'instruction publique en 1828 .

Les grandes réformes du système éducatif français

Depuis le rapport sur l'instruction publique de Talleyrand en 1791, de nombreuses réformes ont touché le système éducatif français (voir chronologie ). Voici quelques dates parmi les plus récentes.

1989 : mise en place des cycles (apprentissages premiers en petite section et moyenne section de maternelle, apprentissages fondamentaux de la grande section de maternelle jusqu'au CE1, des approfondissements du CE2 au CM2).

Création des IUFM et changement de la formation des maîtres.

2002 : réforme des programmes par le ministre Luc Ferry.

2007 : création très contestée du socle commun. C'est un ensemble de connaissances que les élèves doivent avoir acquis à la fin de leur scolarité au collège.

2008 : nouvelle réforme des programmes menée par Xavier Darcos, sans concertation avec les enseignants, alors que les programmes de 2002, s'ils ne faisaient pas l'unanimité et demandaient à être améliorés, commençaient à peine à donner des résultats.

Suppressions de postes d'enseignants

Depuis 1997 et la phrase tristement célèbre de Claude Allègre"il faut dégraisser le mammouth", l'Education nationale n'a cessé de perdre des postes selon une logique comptable qui ne tient aucun compte des difficultés dans les établissements.

Depuis 2007, soit depuis l'arrivée de Nicolas Sarkozy, on totalise une perte de 66 000 postes. Une véritable hémorragie dont les effets délétères se font ressentir. Avec le projet final de ne pas renouveler un poste d'enseignant sur deux partant en retraite, le résultat prévisible fait plus qu'inquiéter.

La rentrée 2011 prévoit 16 000 postes supprimés pour 62 000 élèves supplémentaires (voir tableaux du ministère de l'Education) et ce malgré un taux de natalité qui reste le plus élevé d'Europe.

Comment les enseignants peuvent-ils envisager sereinement d'exercer un métier difficile avec les classes surchargées induites par ces fermetures de postes ? C'est l'une de leurs premières inquiétudes.

Suppression des réseau d'aide et des AVS

Dans cette logique économique on trouve aussi la disparition progressive des RASED, les réseaux d'aide constitués de professionnels destinés à venir en aide aux élèves en difficultés, puis celle des AVS , les auxiliaires qui facilitent l'intégration des enfants handicapés. La charge de ces difficultés est de plus en plus souvent laissée aux enseignants, seuls face à leur classe.

Recrutement et formation : une situation inquiétante

Depuis la masterisation (recrutement au niveau du master), les futurs enseignants ne sont plus formés dans les IUFM et connaissent, selon les académies, un traitement bien différent. Livrés à eux-mêmes dans des classes qu'ils ne savent pas gérer, sans formation initiale , les futurs enseignants baissent souvent les bras et démissionnent.

Le nombre de postes offert au concours est en baisse et malgré tout , les candidats ne se bousculent pas. Pour 2010, il y a eu 20% d'inscriptions en moins et on compte une défection de dernière minute de plus de 50% au épreuves à l'automne 2010, justifiée par les témoignages alarmants des enseignants en place depuis septembre.

La formation continue, quant à elle, a été pratiquement supprimée faute de moyens (plus de remplaçants, plus de budgets). Pourtant, avec les ambitions annoncées par le ministre, les enseignants ont besoin plus que jamais de maîtriser de nouvelles connaissances. N'a-t-il pas évoqué récemment les bienfaits de l'apprentissage de l'anglais dès trois ans, que personne ne conteste, mais dont l'application semble bien illusoire quand on sait que bien qu'obligatoire dès le CE1, l'anglais n'est pas toujours enseigné comme il le faudrait par manque de moyens et de connaissances suffisantes ?

Remplaçants : la pénurie !

Autre sujet d'inquiétude pour les enseignants mais aussi pour les parents, la pénurie de remplaçants particulièrement cruelle en ce début 2011. Dans les académies, on joue aux chaises musicales avec les classes et les remplaçants, les changeant d'école jusqu'à trois fois dans la même journée pour éteindre les incendies au cas par cas.

Dans de nombreuses communes, certaines classes se retrouvent sans maître depuis des semaines et les élèves renvoyés chez eux !

La parade de l'administration, confrontée à des réclamations de plus en plus houleuses des parents, est de passer des petites annonces à Pôle emploi afin de recruter à la va-vite des remplaçants sans formation, qualification ni expérience. Des enseignants "jetables" embauchés avec des CDD et ne bénéficiant d'aucun des avantages de la fonction publique.

Les enseignants sont-ils vraiment des privilégiés ?

L'Education nationale, avec plus d'un million d'employés, est le plus grand employeur du pays et le budget le plus important de l'Etat.

Pourtant, son personnel ne bénéficie pas des mêmes droits que celui d'une grande entreprise du service privé. Il n'existe pas de médecine du travail pour les enseignants ni de comité d'entreprise. Si le personnel de l'Education nationale bénéficie de plus de congés que la moyenne des français, il ne faut pas oublier que ceux-ci se situent dans les périodes les plus chères. Or, les salaires des fonctionnaires n'augmentant plus depuis plusieurs années, il leur est souvent impossible d'en profiter.

Quant à la reconnaissance, elle devient de plus en plus anecdotique. Les parents ne vont plus consulter "l'instituteur" avec respect comme on le faisait voici quelques années. Ils se défoulent de plus en plus sur lui lorsque leur enfant connaît des difficultés que l'enseignant, en raison de tout ce qui a été énoncé dans cet article, est de moins en moins en position de résoudre .

Pour conclure, voici une réflexion sur le métier d'enseignant de Jean-Louis Auduc, directeur adjoint de l'IUFM de l'académie de Créteil : " On décrit le métier d'enseignant comme « faire cours » alors que tout démontre qu’enseigner, c’est « faire classe », c'est-à-dire considérer que le cœur du métier d’enseignant, c’est transmettre des savoirs et mettre en apprentissage des élèves en faisant dans la classe des choix raisonnés face à des situations complexes en se dotant de repères conceptuels, méthodologiques et éthiques permettant de viser la réussite de tous et de chacun."

A écouter : www.dailymotion.com/video/x991iq_grand-corps-malade-education-nation_music

A lire: www.suite101.fr/content/mesures-economiques-a-leducation-nationale-a13326

www.suite101.fr/content/fonction-publique-et-rgpp-vers-la-disparition-du-service-public-a21951

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