Biodiversité: la menace des espèces exotiques envahissantes

La prolifération d'espèces animales et végétales invasives importées réduit la biodiversité et constitue un danger pour le développement durable.

La mobilité dans le monde moderne met en contact des espèces concurrentes à un rythme sans précédent dans l’histoire. L’explosion des voyages internationaux et des échanges commerciaux a effacé les barrières naturelles. La faune et la flore de chaque région sont soumises à des pressions croissantes: des espèces venues d’ailleurs – parfois de très loin – volent leur nourriture, envahissent leur habitat et leur transmettent parasites et maladies. En l’absence de prédateurs naturels, ces espèces exotiques prolifèrent de façon envahissante, parfois à une vitesse inouïe.

Des espèces introduites volontairement à l’origine

Certaines espèces exotiques sont arrivées accidentellement par avion ou par bateau, comme des passagers clandestins. Mais la majorité a été introduite volontairement: il s’agit d’animaux de compagnie, d’arbres et de plantes ornementales ou cultivées, plus résistantes ou à croissance plus rapide que les variétés locales. Parmi ces hôtes indésirables, il y a aussi des bactéries et des virus.

Le projet DAISIE répertorie près de 11.000 espèces exotiques en Europe dont 10 à 15% constitueraient une menace potentielle pour sa diversité biologique. La majorité provient d’Amérique du Nord et d’Asie. Dans son rapport Nature et Biodiversité - Les Espèces Exotiques Envahissantes , la Commission Européenne mentionne 6 espèces en particulier:

  • La coccinelle asiatique . Introduite artificiellement dans les années 90 pour la lutte biologique contre les pucerons - un adulte mange entre 90 et 270 pucerons par jour - de nombreux pays Européens subissent actuellement une véritable invasion.
  • La « limace tueuse ». Originaire de la péninsule ibérique, cette limace s’est répandue dans les années 70 par le biais d’œufs présents dans la terre de plantes en pots. Résistante aux mesures d’éradication, elle mange les autres espèces de limaces, plus faibles.
  • La moule zébrée . Transportée par les navires, elle prolifère dans les voies d’eau douce. Particulièrement résistante, elle se fixe sur tout et détruit par étouffement les mollusques autochtones. Elle peut aussi boucher les canalisations.
  • La renouée du Japon . Cette plante asiatique ornementale introduite au XIXe siècle, prolifère dans les terrains vagues et les terrains industriels, le long des axes routiers et des voies ferrées, mais surtout le long des canaux et des rivières. De là, elle colonise les forêts, les talus, les marais et les champs cultivés.
  • Le ragondin et le rat musqué . Apportés du continent américain pour l’exploitation de leur fourrure, ces animaux vivent aujourd’hui à l’état sauvage et endommagent les canaux et les systèmes de protection contre les inondations.
100 Espèces Exotiques Envahissantes parmi les plus Néfastes au Monde, Invasive Species Specialist Group ISSG UICN

Plaidoyer pour des solutions innovantes et humaines

L’invasion d’un écosystème par une espèce dominante peut avoir des conséquences dramatiques pour les populations locales, surtout si celles-ci sont pauvres, comme le démontre le reportage du cinéaste autrichien Hubert Sauper à propos de l’introduction de la Perche du Nil dans le lac Victoria en Afrique. Ce gros poisson carnivore, introduit en 1959 pour parer à la baisse dramatique des stocks des espèces indigènes victimes de la surpêche, aurait provoqué l’extinction de plus de 200 espèces endémiques de poissons par la prédation et la concurrence pour la nourriture. Outre les effets sur les équilibres écologiques du lac, l'introduction de la Perche du Nil a modifié radicalement l’économie locale. Une pêche industrielle s'est organisée à l’initiative d’investisseurs étrangers, dont les populations locales ne profitent que très peu. Chaque semaine, les avions-cargos atterrissent à l'aéroport de Mwanza en Tanzanie pour emporter environ 400 tonnes de filets de Perche du Nil vers l'Europe ou l'Asie. Mais chaque emploi en usine entraîne la perte de huit emplois traditionnels et les prix du poisson industriel sont trop élevés pour les plus démunis, ce qui accentue le problème de malnutrition.

Dans d’autres cas, il a été possible de transformer le problème de l’invasion d’une espèce dominante en opportunité. La Jacinthe d’Eau , plante ornementale originaire d’Amérique du Sud très prisée pour ses belles grandes fleurs pourpres et violettes, qui a envahi plus de 50 pays sur 5 continents. Un véritable fléau - son étendue peut doubler en moins de 12 jours – cette plante aquatique bloque le passage des bateaux et empêche la lumière et l’oxygène nécessaires à la vie de pénétrer dans l’eau. Mais sur les rives du lac Victoria au Kenya, la jacinthe d'eau a été transformée en une opportunité économique pour les populations locales. Avec l'aide d'organisations comme Village Volunteers , les fermiers récoltent la jacinthe d'eau pour produire des engrais, du mobilier biodégradable et autres produits commerciaux. Cela a pour conséquences simultanées de résoudre le problème écologique et d’améliorer le quotidien des populations locales.

D’autres solutions innovantes sont mises en œuvre mais il reste encore beaucoup de progrès à faire. L’approche favorisée par les autorités publiques est majoritairement la destruction physique ou chimique des populations envahissantes, ce qui a mené à des actions d’extermination brutales à l’encontre de certains mammifères comme les lapins. Les mesures prônées par le Invasive Animal Cooperative Research Centre d’Australie concernant 56 espèces de vertébrés dont les chiens sauvages, les chèvres, les chevaux sauvages et les chameaux révolteront les âmes sensibles. Après tout, la plupart des espèces invasives ont été introduites volontairement par l’homme. La prévention reste la démarche la moins onéreuse et la plus efficace. Cela passe par une meilleure information des populations et des acteurs économiques, ainsi que par l’instauration de contrôles et de sanctions plus stricts aux frontières autant que sur les vols internationaux en particulier.

CONT12

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