Nord-Pas-de-Calais: Wissant, le repère des Belges

Bienvenue chez les Ch'tis de Flandre française! Charles de Gaulle séjourna dans ce village situé sur la Côte d'Opale, entre le Cap Blanc et le Cap Gris Nez.
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Les rivages de la Côte d’Opale se déploient le long de la mer du Nord et de la Manche, entre les stations balnéaires allant de Bray-Dunes à Berck-sur-Mer, face aux falaises du sud-est de l’Angleterre. Voisine et cousine de la Belgique flamande, cette terre de contrastes chargée d’histoire réunit dans un arc de cercle de cent cinquante kilomètres des lieux aux noms évocateurs comme Dunkerque, Calais, Le Touquet-Paris-Plage et Boulogne-sur-Mer.

D’immenses plages de sable fin s’étendent à perte de vue, étincelantes à marée basse. Sur les collines, les champs de blé ondulent dans le vent d’été. Tout est baigné de la lumière aveuglante d’un soleil qui ne réchauffe pas mais qui brûle. La tempête peut frapper en quelques minutes, et tout obscurcir: alors la mer se déchaîne avec furie et des vagues énormes se fracassent sur les falaises abruptes des caps, sous un ciel bas et mouvant où les nuages se font la course en lâchant des trombes d’eau. Indomptables et imprévisibles, les forces de la nature à l’œuvre dans cette région induisent le respect, l’humilité.

Moules-frites, bière et pêche traditionnelle

Par mauvais temps, il est bon de rester calfeutré chez soi à l’abri des bourrasques et de la pluie, ou de se réfugier dans la chaleur bruyante d’un bistrot. Vous êtes ici en Flandre, pays de marins et de fermiers bon-vivants dont l’exubérance inspira Arno , Raoul de Godewarsvelde , Jacques Brel, comme jadis Émile Verhaeren ou les Brueghel . La vie rude est ponctuée de fêtes délirantes où les moules-frites sont servies à volonté et la bière coule à flots, comme au bar PMU de Wissant qui attire la foule le samedi soir.

Autrefois, les pêcheurs wissantais bravaient les flots dans leurs barques aux couleurs vives d’apparence fragile, les « flobards », traînées jusqu’en mer par de costauds chevaux boulonnais, ramenant merlans, morues, soles et carrelets pour le marché matinal. Aujourd’hui, la pêche artisanale a quasiment disparu et des tracteurs ont remplacé les chevaux.

Lieu rêvé pour les planchistes, randonneurs et amoureux du large

Avec ses quatre hôtels sans prétention, Wissant est devenue bien malgré elle une petite station balnéaire appréciée par les planchistes et autres sportifs en quête de sensations fortes. De puissants courants traversent ses eaux gris-vert toujours froides, d’où de temps à autre, un phoque égaré pointe le nez et fait l’attraction. Les silhouettes sombres des navires et cargos vont et viennent lentement à l’horizon.

A marée basse, la mer dévoile ses trésors: abondance de moules, bulots et autres coquillages qui constitue le gagne-pain de bon nombre de gens du coin. En toute saison, les chemins balisés des falaises offrent aux randonneurs des vues plongeantes spectaculaires sur la mer. Derrière la forteresse des dunes plantées d’oyats, s’étendent des bois et des marais tranquilles où fleurissent mûriers et aubépines. Des cabanes ont été aménagées pour l’observation des oiseaux indigènes et migrateurs. Au printemps, les étangs grouillent de grenouilles. Au détour d’un chemin forestier, le chanceux pourra même apercevoir l’un ou l’autre cervidé.

Charles de Gaulle aimait séjourner à Wissant

Bien avant de devenir célèbre, le capitaine Charles de Gaulle aimait déjà ces étendues isolées façonnées par la mer et le vent du nord. « L’autorité ne va pas sans prestige, ni le prestige sans éloignement », écrira-t-il dans son livre Le Fil de l’Epée (1932), rédigé pendant un séjour à Wissant. Était-ce l’atmosphère particulière de la Terre des deux caps qui lui inspira cette phrase prémonitoire au moment où le spectre d’une nouvelle guerre allait assombrir le ciel européen? Sans doute n’imaginait-il pas à l’époque que la Perfide Albion et ses blanches falaises, visibles à l’horizon par temps clair, deviendraient pour lui le refuge où il entamerait son entrée dans l’Histoire.

Les bunkers, vestiges de l’occupation allemande

Aujourd’hui les seuls vestiges encore visibles de l’occupation allemande entre 1940 et 1944 sont les bunkers: leurs sinistres masses de béton armé, qui sombrent petit à petit dans le sable, rappellent l’importance stratégique des plages wissantaises pendant la bataille d’Angleterre. A marée haute, leurs formes géométriques érodées par les vagues ressemblent à d’étranges vaisseaux fantômes en perdition. « Le vent redresse l’arbre après l’avoir penché », écrira encore le capitaine de Gaulle… le débarquement allemand n’eut jamais lieu sur les côtes anglaises…

L’influence de la Grande-Bretagne voisine

Comme l’attestent les files de voitures à la sortie du tunnel sous la Manche , les Anglais affluent vers Calais et ses mégastores en quête de produits typiques et de souvenirs « Made in France ». Sans doute recherchent-ils aussi un brin d’exotisme continental. L’Angleterre et le Nord-Pas-de-Calais ont une longue histoire commune, qui a laissé des traces jusque dans le nom des patelins: Wissant, c’est « White Sand » et Sangatte, « Sand Gate ». Parmi les plats locaux typiques, il y a le « Welsh », littéralement le « Gallois », une sorte de gratin dauphinois au fromage de cheddar qui se déguste avec une blanche de Wissant ou une noire de Slack, produites par la brasserie artisanale des 2 Caps . Idéaux après une ballade dans le froid!

Les Belges malins préfèrent Wissant à Knokke-le-Zoute

Bien avant que Danny Boon n’y braque ses projecteurs, ce pays de Ch’tis figurait aussi parmi les destinations favorites de bien des Belges qui venaient y chercher tout ce que leur littoral surexploité ne leur offrait plus depuis longtemps: l’authenticité, la générosité, la beauté sauvage du littoral. En partant du sud-ouest de Bruxelles, l’itinéraire passant par Tournai, Lille et Calais mène à Wissant en deux heures trente par une route facile et dégagée. C’est moins qu’il n’en faut pour parvenir à Knokke-le-Zoute un samedi matin et y stationner, tant les cent kilomètres à parcourir entre la capitale belge et cette station balnéaire huppée, voire prétentieuse, sont embouteillés. Le contraste est remarquable (et vaut le détour).

Rêvons donc que ces bourgades pittoresques de la Côte d’Opale et leurs jolies façades battues par les intempéries, résistent encore longtemps à l’assaut de l’exploitation commerciale et immobilière !

CONT12

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