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CHANTAL ROBERT

Publié dans : Danse, photo, images et métaphores. Le spectacle de la vie en 4 actes

La métaphore comme une image. Chap.2 Le sens révélé de la photographie

Qu'est-ce qu'une métaphore, sinon une manière de décrire une idée à l'aide d'une image. Des mots à la photo, le miroir est tendu. Deuxième partie.

Le langage, tel un cartoon raconte une histoire. « Le cartooniste est le conteur d’un récit en images. Il met en dessin, en forme ce qu’il veut dire. C’est plus facile », affirmait en substance Marjane Satrapi, scénariste et réalisatrice, dans un reportage télévisé consacré à la bande dessinée.

Ainsi, tout amateur du genre peut, s’il le souhaite, s’arrêter sur une image (du récit, de l’histoire). En effet, chacune porte en soi un message, autrement dit un énoncé porteur de sens, qu’il est toujours possible de traduire avec des mots. Et inversement !

Le Soleil, la lumière et le principe photographique

Par ailleurs, il ne saurait y avoir de principe photographique sans principe de lumière. Cette certitude étant aquise, elle éclaire au mieux l’article précédent qui ouvre ce tryptique consacré à « La métaphore et l’image ». Première partie : Au cœur des éléments de la nature.

Le Soleil est la matière qui donne la lumière. Quand la lumière entre dans le diaphragme photographique, l’exposition s’établit pour éclairer la scène devant l’objectif. Trop de lumière, c’est la surexposition : l’image disparaît vers la transparence ; pas assez de lumière, elle s’opacifie vers la densité obscure, jusqu’au noir d’une complète sous-exposition, qui effacera l’image.

Léonard de Vinci, le premier photographe ? La camera obscura

Pour comprendre comment l’image photographiée se forme, faisons un petit saut dans le temps… au XVIe siècle…

À son époque déjà, Leonard de Vinci (1452-1516), lui aussi, éprouve le principe photographique et celui de la camera obscura (la chambre obscure), qu’il fait progresser.

Son expérience pourrait être recomposée probablement ainsi : il tend deux toiles blanches à la lumière du soleil, devant lequelles se trouve un arbre.

Sur toile avant, il a percé un petit trou (le sténopé, voir photo plus bas) et obtient (sur la toile arrière) l’image inversée de l’arbre qui se trouve devant lui. Il a “photographié” l’arbre, dont l’image est désormais “imprimée” sur la toile.

En 1515, Léonard de Vinci explique : «En laissant les images des objets éclairés pénétrer par un petit trou dans une chambre très obscure tu intercepteras alors ces images sur une feuille blanche placée dans cette chambre. [...] mais ils seront plus petits et renversés.»

Pour mieux comprendre le principe de la camera obscura , jetez aussi un coup d’œil sur ce blog.

Les chats sont partis, les souris dansent : des mots à l’image

Mais le principe photographique, ou plus précisément, la volonté délibérée de créer une image dans le langage, se révèle avant tout par les métaphores. Inépuisables, elles agissent en de véritables ressources-symboles dans notre langage courant.

En d’autres termes, nous « photographions » tous les jours, parfois même sans nous apercevoir, des images, des dizaines ou des centaines de détails de la vie quotidienne et de ses événements, qui nous apparaissent ainsi que nous les décrivons, parce que nous les voyons ainsi, ou parce que nous les créons ou les imaginons ainsi.

Un énoncé comme « Les chats sont partis, les souris dansent » donne l’exemple d’une image créée « de toutes pièces » via les effets même qui sont produits par l’utilisation de dénominateurs communs entre la photographie et les mots

Les deux peuvent dès lors se lire en parallèle : avec le texte en romain pour désigner “l’acte photographique” et en italique pour designer “l’acte du langage”.

À savoir :

A. L’espace est  = le lieu délimité

1. par une focale = focalisation. En l’occurrence un zoom, une approche faite =dite

2. dans une profondeur de champ, pour traverser par la photo l’énoncé ou l’énonciation :

3. du plan des chats : ils sont simplement évoqués, donc en dehors du champ

4. vers le plan des souris = elles sont effectivement présentes sur le lieu de la scène.

B. Les sujets de la photo sont = les personages ou les protagonistes, ainsi fixés, “armés” (par l’appareil photo) pour être = définis :

5. par une mise au point, une « netteté » (qui définit ainsi)

6. faite sur la danse des souris = …le sujet principal.

C. Le temps d’exposition est = le temps de (préparation) de l’action étant mesuré, réglé :

7. grâce à la vitesse « d’obturation » choisie (ici par le passé composé : sont partis)

8. on assure un temps de pause (sur le présent : dansent)

9. pour laisser entrer la lumière (sur la « scène » exposée : la danse des souris).

D. Le déclenchement de la photo /est l’action même qui est exposée.

10. On déclenche pour photographier son sujet : les souris en train de danser

10 bis. Au premier plan dans le contexte exposé apparaissent par exemple des traces de pattes de chats.

E. La réflexion-mémorisation de l’image /est l’expression même de la photographie /ou du fait énoncé

11. Plus exactement, la transformation de l’action en langage ainsi créé

12. une image d’après une réalité énoncée.

13. Cette image est également inversée, puisque, l’image de traces des pattes des chats et des souris en train de danser nous fait dire :

Tiens, les chats sont partis (on peut voir la trace de leurs pattes), les souris dansent. 

Ou, plus court encore :

Les chats sont partis, les souris dansent !

Le développement dans photo argentique, la révélation du sens

Mais le développement, aussi bien de la photo établie que l’énoncé, ne peuvent être complets que si le procédé est abouti. Il se décompose à travers ces deux étapes :

1re étape. La révélation (et donc la vision) de la photo/de l’image se fait par l’apparition de “taches” de plus en plus présentes sur le papier (les pixels sur un écran). L’image photographiée apparaît peu à peu pour, enfin, révéler son sens.

En parallèle, le langage (et donc la compréhension) ne fait rien d’autre : il s’établit au fur et à mesure de l’énonciation. Il faut généralement attendre la fin de l’énonciation pour comprendre le sens de l’énoncé.

2e étape. La fixation de l’image photographiée évite à l’image même de s’effacer.

De même, la signification de l’énoncé s’entend, autrement dit, on comprend le sens (le sens est révélé) de la même manière qu’on voit l’image ; autrement dit que l’on comprend le sens de l’image révélée.

Le chat est parti, les souris dansent : photographier une scène, c’est énoncer un message, 

Voir l’image, c’est entendre l’énoncé de ce message

Le parallèle et la “surimpression” sont véritablement établis entre l’image/langage “Le chat est parti, les souris dansent”, si les deux ne font qu’un. En lisant ou en évoquant ce court récit Le chat est parti, les souris dansent, on voit la scène apparaître sous nos yeux, comme photographiée… Ou même filmée…

Rappelons-nous à cet effet Leonard de Vinci ou encore le principe d’impermance, le temps et le mouvement.

La suite d’images ainsi créées par l’énoncé "Le chat est parti, les souris dansent traduit une atmosphère de gaité et de liberté. Ou en pause plus longue, en s’arrêtant sur une seule image, révèle un portrait ou un détail de l’ensemble de la scène : une souris en train de s’amuser, par exemple.

Photographier une image vue à travers une scène ou la révéler à travers une métaphore revient donc au même. Porteurs de sens, ces deux langages interagissent, indissociablement. Le chat est parti, les souris dansent : on s’amuse quand la voie est libre.

Quoi de plus naturel, quand la fête bat son plein.

À propos de l'auteur

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CHANTAL ROBERT

Auteur Scribium.

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