Dans l'intimité de Degas et de ses nus féminins au Musée d'Orsay

Le musée d'Orsay après sa rétrospective des toiles de Degas en 1988, enlève une couche et montre cette fois une vision dérangeante des oeuvres de l'artiste

"Lorsque Degas commence à être connu puis de plus en plus recherché, on lui achète très cher ses danseuses, ses chevaux, ses scènes de genre ou ses portraits mais moins ses nus", déclare à l'AFP Xavier Rey, commissaire français de l'exposition, co-organisée avec le Museum of Fine Arts de Boston. "Petit à petit, les nus deviennent un peu son jardin privé", ajoute-t-il «Mais, Il aura fallu attendre près d’un siècle après la mort du peintre, en 1917, pour qu’une exposition soit enfin consacrée à ses nus". Étrange, lorsque l’on sait qu’ils représentent un quart de son œuvre ? Oui et non. Car devant les premiers tableaux de l’artiste réunis au Musée d’Orsay , on mesure combien sa vision reste dérangeante.

Ces tableaux offrent une véritable rétrospective de l’oeuvre de l’artiste à travers un parcours chronologique qui révèle son importance dans l’histoire des avant-gardes au XIXe siècle.

Degas fait la synthèse de l’enseignement classique et de l’art des grands maîtres du passé qu’il a suivis et admirés et la transition qu’il initia vers le mouvement des avant-gardes. Cette représentation est une constante tout au long de sa carrière qui revient inlassablement sur certains motifs, n’hésitant pas à reprendre certaines poses à plusieurs décennies d’intervalle.

Afin de suivre ce cheminement, l’exposition propose un parcours chronologique en sept sections qui met en valeur les ruptures et les continuités de l’œuvre de Degas sur près de 50 ans d’activité artistique.

Biographie du peintre

  • Edgard Degas né Germain Edgar de Gas en 1834, est mort en 1917.
  • Le jeune homme a fait ses études au lycée Louis-le-Grand, à Paris, puis à la faculté de droit, bientôt, avec l'assentiment de sa famille, il se consacra à sa véritable vocation : la peinture. Il devint alors l'élève de Lamothe, ancien disciple d'Ingres, qui l'engagea à suivre l'enseignement de ce maître. "Faites des lignes, jeune homme, disait l'auteur de la Grande Baigneuse, beaucoup de lignes, de souvenir ou d'après nature, c'est ainsi que vous deviendrez un bon artiste."
  • Tout d’abord, il exécute de nombreuses copies des grands classiques du Musée du Louvre devant les maîtres, puis il se lie avec Manet. En 1856, on le trouve en Italie où il visite méticuleusement palais et musées.
  • Dans ses premières toiles dominent les thèmes historiques : Sémiramis élevant les murs d'une Ville en 1860, Les malheurs de la Ville d'Orléans en 1865, etc.
  • Degas maîtrise les raccourcis elliptiques, la pratique des gros plans, le goût du regard ascendant ou plongeant, les oppositions heurtées, les variations sur le thème du contre-jour ; il invente un rôle dans la suggestion de l’espace à de splendides planchers éclaboussés de lumière, agence subtilement les rapports de reflets, les sources de lumière, attentif aux éclairages imprévus de la rampe qui jettent des taches colorées sur les visages. L’artiste ose couper, sectionner. Il sait faire la synthèse d’une suite de mouvements, les gestes qu’il suggère par un dessin de plus en plus cursif ont une surprenante valeur expressive.
  • Sa formation est d'abord évoquée par des études d’après l’Antique, les grands maîtres et le modèle vivant jusqu’à sa première composition historique, Petites filles spartiates provoquant des garçons, exceptionnellement prêté par la National Gallery de Londres.
  • A partir des années 1880, Degas va aussi poser la question d'une sculpture « impressionniste ». Réalisant des modèles en cire, peints au naturel qu'il « accessoirise » ensuite. Ces sculptures frappèrent ses contemporains par leur réalisme.
  • Pendant près de trente ans, déjà âgé, Degas ne cesse de renouveler son art. Travaillant de plus en plus par séries, il décline des thèmes familiers. Ne s’intéressant que de manière ponctuelle au paysage, il est toujours fasciné par les danseuses et de plus en plus par les femmes à leur toilette, qui se lavent, se coiffent ou sortent du bain.
  • À partir de 1877, l'artiste expose même ses nus en public. Aux vues scandaleuses du « bordel » ont succédé des scènes de femmes

Des coloris vifs et intenses

Pour peindre ces figures féminines, Degas tend à privilégier les coloris vifs et intenses qu’il juxtapose sans craindre d’aboutir à des harmonies criardes (La coiffure par exemple).

On a souvent expliqué l’évolution de la palette de l’artiste par l’aggravation de ses troubles oculaires. L’usage de ses couleurs audacieuses est pourtant indissociable d’une affirmation de la puissance expressive de la ligne. Degas ne néglige en effet jamais la structure formelle : pour mettre en place ses compositions, il a parfois recours à une forme sous-jacente au fusain et utilise régulièrement des dessins préparatoires. L’usage intensif qu’il fait de la sculpture participe également de cette volonté de ne pas négliger la structure formelle, recherchant pour chaque figure la justesse des mouvements et l’équilibre des volumes

En référence à sa fidélité pour quantité de règles classiques mais aussi à ses nombreuses innovations, on a pu écrire à son sujet en 1919 : « Il a jeté un pont entre deux époques, il relie le passé au plus immédiat présent ».

Scènes de guerre au Moyen Âge, sa dernière tentative académique en 1865, accompagnée d’un ensemble complet de dessins préparatoires rarement exposés montrera ensuite l’émancipation progressive de Degas à l’égard de la tradition, qui le mènera au réalisme incarné par le très célèbre Intérieur dit aussi Le Viol, du Phildelphia Museum of Art.

La rupture définitive avec l’idéalisation des formes passe par la série des estampes de maisons closes dont le caractère pornographique les a rendus cachées pendant de longues années.

Des corps déshabillés

Les nus de Degas représentent les moments de vie les plus intimes de ses modèles, du confinement des maisons closes à l’espace privé des cabinets de toilette, tout en mettant à profit sa connaissance des maitres anciens et ce même dans ses tentatives les plus libres de restitution de l’énergie et du mouvement. Capable de satire mordante mais aussi d’une grande tendresse, il aborde le nu selon les circonstances du moment. Ceux-ci dans toute leur diversité, révèlent la richesse de ses sentiments, la curiosité à l’égard du monde extérieur qu’il exprime dans sa représentation du corps d’autrui.

La nudité de ses modèles est la sienne en définitive. Des femmes se lavant, se coiffant ou encore se grattant les orteils, ils montrent à quel point l’artiste a su saisir le corps nu féminin, allant jusqu'à une schématisation des formes presque moderne à la fin de sa carrière.

L’exposition bénéficiera, malgré la fragilité et la sensibilité à la lumière, de la présence de pastels prestigieux, avec notamment deux versions du « Tub ».

L’exploration des techniques employées par l’artiste, peinture, sculpture, fusain, pastel guide ainsi le visiteur dans l’émancipation de Degas à l’égard de sa formation classique, dans sa quête du mouvement et de la simplification des formes.

La dernière section est consacrée à l’héritage laissé par Degas aux générations d’artistes qui prennent sa suite. Une sélection limitée et choisie d’œuvres d’artistes ayant inspiré Degas, ayant travaillé avec lui ou ayant été fortement influencé par son art de son vivant est également présentée.

Infos pratiques :

. Exposition "Degas et le nu" jusqu'au 1er juillet 2012 - Musée D’Orsay Paris – renseignements au 01.40.49.48.14 ou www.musee-orsay.fr

. 170 oeuvres sont présentées , réalisées essentiellement de la main de l'artiste qui appartenait au groupe des impressionnistes.

sources : Musée d’Orsay Paris – journal La Croix.

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