Emmanuelle Béart, tellement femme

Dans la pièce «se trouver» Emmanuelle Béart raconte les doutes d'une comédienne prise dans les contradictions entre ses deux existences, actrice et femme

Emmanuelle Béart, dirigée par Stanislas Nordey, interprète actuellement sur la scène du Théâtre National de Bretagne de Rennes une comédienne du nom de Donata Genzi pour qui « le théâtre donne la possibilité de ne pas être une seule mais toutes les femmes, et que la force du théâtre c’est de permettre cela».

Elle arrive sur scène dans une robe verte, vive et scintillante, alors que les autres sont tous vêtus de beige, et ne parlent que d'elle depuis presque un acte… Elle c’est « La Genzi», comme on la surnomme, celle qui est à la fois comédienne et femme.

Comment ne pas confondre la vie et les planches ?

. Comment ne pas confondre la vie et les planches ?

. Les vrais sentiments, certains de nos actes, à quels moments sont-ils authentiques ?

. Dans l'existence comme dans l'art, faut-il s'abandonner au risque de se perdre ?

Dans l'espoir d'échapper à son propre gouffre, Donata se précipite dans les bras d'Ely, son amant, fou d'absolu.

Pour incarner «la Genzi» Stanislas Nordey a de nouveau fait appel à son actrice fétiche, une Emmanuelle Béart, brûlante, bouleversante, les nerfs à vif, qui sans rien perdre de son aura, paraît se jouer autant d’elle-même que de son personnage.

Lorsque qu’elle déclare : «la vie sur scène n’est pas de la fiction», mais uniquement «de la vie qui se révèle à nous-même. De la vie qui a trouvé son expression». Ou lorsqu’elle s’écrie : «s’évader ! se transfigurer ! devenir autre !»...

Sa présence ajoute alors incontestablement à la mise en abîme au cœur de la pièce. Béart, gracieuse et intense, l'emporte dès son entrée sur scène. Vincent Dissez (Ely), à ses côtés, est très convaincant. Un moment de théâtre total.

Hommage de l’auteur à sa muse

«Je vis seulement de théâtre et pour le théâtre, le reste ne m’intéresse qu’à condition qu’il me donne un moyen supplémentaire d’exprimer la vérité qui purifie ma sensibilité de femme. Je ne renonce pas à être femme (…) mais une femme complète au théâtre, même si juste après, mon âme féminine sensitive ne trouvera sa réalisation que dans une vie incomplète et imparfaite…» (1)

Ces lignes de Marta Abba, actrice italienne parmi les plus grandes de son temps, servent d’exergue à « Se trouver », une pièce fascinante, troublante, déstabilisante, que Pirandello écrivit pour elle en 1932 . Autant un hommage à celle qui fut sa muse (il lui adressa plus de 500 lettres en dix ans !), cette correspondance s’avère un extraordinaire manifeste que devraient apprendre par cœur les élèves des écoles de théâtre.

Composée de trois parties :

- «se donner»

- «se perdre»

- «se retrouver»

L’histoire raconte les atermoiements d’une comédienne prise dans les contradictions entre ses deux existences, actrice et femme. Elle qui, dans un premier temps, semble ne pouvoir «être» que par ce don d’elle-même qu’elle fait au public et aux personnages, est soudain prête à s’abandonner à celui qui l’étreint et la chérit. La relation, cependant, ne durera guère : comment pourrait-elle n’appartenir qu’à un homme, seul miroir d’elle-même, la réduisant au rôle d’objet d’un unique désir ?

(1) - Une traduction, accompagnée d’un dossier, est publiée dans la revue L’Avant-Scène, n° 1322, avril 2012. 112 p., 12 €.

Vertige des mots

Installé par Stanislas Nordey dans une suite de décors d’intérieurs chics de l’Italie mussolinienne (hôtels, villas…), le discours peut, dans un premier temps, paraître ne relever que de la spéculation intellectuelle, abstraite et théorique.

Pourtant, pour peu qu’on passe le cap et s’abandonne, comment ne pas succomber au vertige des échanges et des mots, chaque réplique, chaque monologue ouvrant sur des abysses sans fond, alors que sont balayées toutes les évidences de bon sens sur la «vraie» et «fausse» vie, le rêve, l’illusion, la réalité.

Les dates de sa vie

Emmanuelle Béart est une femme libre, engagée, qui parle sans tabou de sa chirurgie esthétique ratée, et qui n’hésite pas à manifester en faveur des sans-papier, attise cependant les jalousies et de ce fait les conversations de salon.

. Emmanuelle Béart est née le 14 août 1963 à Saint-Tropez, elle est la fille du poète et chanteur Guy Béart et de l'actrice Geneviève Galéa.

. Elle grandit avec ses quatre frères et soeurs dans une grande maison à Gassin, selon le souhait de son père qui voulait éloigner ses enfants des turpitudes parisiennes.

. En 1976, alors qu'elle a 14 ans, Romy Schneider la bouleverse dans Mado, le film de Claude Sautet. Elle décide alors de devenir actrice.

. En 1980, elle part vivre 4 ans au Canada pour parfaire son anglais. De retour en France, elle est repérée par le photographe de charme David Hamilton, qui lui offre son premier rôle au cinéma dans Premiers Désirs.

. L'année d'après, en 1981, sur le tournage de L'Amour en douce, elle rencontre Daniel Auteuil qui deviendra plus tard son mari.

. Elle accède à la célébrité en 1986 quand elle incarne une "Manon des Sources" resplendissante dans le film de Claude Berri.

. Parallèlement à une carrière cinématographique bien remplie et à l'image glamour qu'elle véhicule, elle n'hésite pas à faire valoir ses idées humanistes. Le 23 août 1996, le grand public découvre une autre Emmanuelle Béart s'opposant aux forces de l'ordre chargées de déloger 300 sans-papiers, dans l'église Saint-Bernard, à Paris.

. En novembre 2007, elle apporte son soutien aux mal-logés qui campent rue de la Banque à Paris et publie une tribune dans le journal Le Monde où elle dénonce le laxisme du gouvernement à l'égard des marchands de sommeil.

. Elle est la maman de Nelly, née en 1992, fille de Daniel Auteuil, et de Yohan, né en 1995, fils du compositeur David Moreau.

. En 2003, son compagnon, le producteur Vincent Meyer, se suicide à Paris pendant le festival de Cannes.

. En 2008, elle épouse l'acteur Michaël Cohen.

Sources : internet – journal La Croix.

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