« La terre outragée » premier film sur Tchernobyl

Les tragédies intimes liées à la catastrophe nucléaire Ukrainienne, sur les écrans.

En 2005, Michale Boganim, avait réalisé le documentaire Odessa… Prix du jury au festival de Sundance, qui évoquait l’immigration russe entre la ville de la mer Noire, New York et Israël – dont la cinéaste est originaire.

Sept ans plus tard, elle opte pour la fiction, mais reste en Ukraine, plus précisément dans la région de Tchernobyl où, pour la première fois et en dépit de nombreuses difficultés, elle a reçu l’autorisation de tourner dans la zone évacuée.

Regard intimiste sur la catastrophe

La Terre outragée est un film au registre singulier, qui ne cherche pas à faire le récit spectaculaire d’une catastrophe, à rappeler le sacrifice héroïque des «liquidateurs» ou dire le danger de l’énergie nucléaire, même si ces dimensions sont bien sûr présentes. La tragédie qu’il évoque est celle, intime, de l’arrachement brutal à la terre d’origine et d’un impossible choix : rester et mourir, partir et mourir autrement.

Pour mettre en scène les trois destins qui s'y croisent : Valéry, qui a grandi sans père, (celui-ci ayant étrangement disparu peu après ce moment crucial), Nikolaï, hédoniste têtu cultivant la terre morte, et surtout Anya, la jeune mariée de l'apocalypse, à qui Tchernobyl a volé son amour, l'équipe a dû relever bien des défis :

. Obtenir l'accord des autorités.

. Mentir ou contourner le vrai.

. Donner un faux scénario

. Faire semblant de le respecter.

. et tourner sous surveillance et par fragments, car l'occupation de la zone irradiée n'est autorisée que pour un temps limité.

Des images qui fleurent bon le « bonheur collectiviste » avant la catastrophe

Cette œuvre marquante débute par une belle journée de printemps. Le petit Valery plante dans le verger, un pommier avec son père Alexeï, ingénieur à la centrale. En parallèle, Anya et Piotr se marient et foncent en side-car sur les chemins défoncés qui mènent au lieu des réjouissances.

Nous sommes le 26 avril 1986, quelques heures avant le surgissement d’un cauchemar qui restera hors-champ. Alors que la fête bat son plein, la rumeur d’un incendie se répand. La nature se dérègle.

Piotr, pompier, est réquisitionné. Seul l’ingénieur Alexeï, au repos ce jour-là, détecte la nature réelle et l’extrême gravité des événements. On lui interdit de parler. Il ne faut pas alarmer. Condamné au silence, il expédie son fils et sa femme le plus loin possible, achète des parapluies qu’il distribue à ceux qu’ils croisent, se rend au marché où il tente timidement de convaincre les autres d’éviter les étals…

Un récit en deux temps

Dix ans plus tard, la « zone » et le village abandonné de Pripiat sont devenus un lieu étrange où la nature a repris sauvagement ses droits. Un lieu sillonné par les cars de touristes du « Tchernobyl tour », hanté par ceux qui surveillent la bête en sommeil, n’ont jamais voulu partir, mais aussi ceux qui, bannis en d’autres terres, trouvent là un toit, fut-il percé et dangereusement contaminé.

Devenue veuve, Anya y assure les fonctions de guide. Seuls ses longs cheveux, glissant par poignées, trahissent la destruction des corps et la maladie. Anya vit entre la zone et l’extérieur, entre un homme qui ne rêve que de l’épouser sur place et un autre, qui aspire à lui inventer une vie d’oubli à l’étranger. Valery, adolescent difficile, se met en quête de ce père adoré qu’il pense vivant…

Avec ce récit en deux temps, cassé en son milieu, Michale Boganim signe une œuvre forte et surprenante d’autant plus réussie qu’elle fait ressentir et se répondre deux maux invisibles : les blessures liées au nucléaire et à l’exil, poisons des corps et torture de l’âme.

Sortie en salle le 28 mars 2012.

Sources : internet, Télérama, Allo ciné, Journal La Croix.

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