Les étonnantes sculptures d'Henry de Waroquier

Il est des artistes dont la postérité n'a retenu qu'une seule oeuvre, comme si leur langue ne s'était résumée qu'à cela. Waroquier est de ceux-là.

Son vocabulaire semble définitivement associé aux vues de Venise qu’il déclina des années durant. De fait, « la lagune » assura à l’artiste une fortune, critique et financière, considérable. Les couleurs, fauves, jouant de contrastes hardis et les formes cubisantes découpant le paysage.

Facile et courtisée, la syntaxe eût pu demeurer inchangée si l’artiste, un jour de 1934, n’avait renouvelé sa pratique en se consacrant à la sculpture.

Etrange cet artiste qui n’a suivi aucun cours de peinture, qui a juste travaillé et rencontré de nombreux peintres à Montmartre, puis à Montparnasse où il a vécu de 1898 à 1919.

Toutefois, enfant rêveur, il a fréquenté durant sa prime jeunesse les galeries Durand-Ruel, Bing et Vollard qui se trouvaient près du domicile familial, puis il a suivi les cours d’architecture de Charles Genuys à l’Ecole des Arts Décoratifs. Sans compter les cours de l’helléniste Louis Ménard qui ont approfondi sa connaissance de la mythologie… Des passions qui ont forcément influencé son œuvre.

  • Ses grands paysages d'Espagne de 1917 montrent qu'il n'a pas été insensible au cubisme.
  • Il poursuit ensuite une démarche solitaire, indépendante, dirigée vers l'étude de la figure humaine.
  • En 1937, il exécute sa réalisation la plus célèbre, « La Tragédie », décoration pour le théâtre du Palais de Chaillot, et s'inspire de plus en plus de thèmes mythologiques.

Des sculptures angoissées et angoissantes, inspirées de la mythologie

Pendant les années 30 et 40, après avoir voyagé à travers le monde, Waroquier a produit des sculptures tout à fait étonnantes, lyriques, angoissées et angoissantes. Elles ont été le sujet d’une exposition itinérante « Œdipe et le Verbe », une exposition « révélation » présentée à travers la France en 2009 et 2010. Après quoi, elles sont retournées chez leurs propriétaires privés ou publics.

C'est Fabrice Riva, un grand galériste de Lyon, qui a commencé à s'intéresser à ses sculptures et a initié quelques amateurs passionnés parmi lesquels Jean-Loup Champion, le commissaire de cette exposition, qui a réuni l'ensemble inédit composant " Oedipe et Le Verbe ".

La plupart de ses sculptures représentent

  • des visages, avec le regard tourné vers le ciel
  • ou encore avec les yeux crevés.

L’artiste a gardé ses œuvres secrètes, pendant près de 20 ans, avant de les dévoiler au public. Aujourd'hui, elles paraissent d'une modernité étonnante, dignes de figurer parmi celles de la première moitié du XXe siècle, au côté des sculptures de Picasso, Derain et Fautrier.

L’exposition itinérante a été présentée pour la dernière fois à Lons le Saunier en 2010. Elle a été réalisée en partenariat avec « La Piscine », musée d’art et d’industrie à Roubaix, le Musée des beaux arts de la Rochelle et le musée Despiau Wlerick de Mont-de-Marsan. Une série de photos de grande qualité, réalisées par l’artiste, représentant pour la plupart des oeuvres qui ont été détruites peu après, sont venus compléter cette collection.

Paul Claudel, mais aussi le philosophe Alain, ont été amis du sculpteur.

Henry de Waroquier a écrit à propos d’Alain, qui était à l’époque douloureusement frappé dans son corps par la maladie:

« Soutenu par notre ami le docteur A. Laporte qui le conduisit à mon atelier au début d’un après-midi de l’année 1937 pour voir La Tragédie, peinture que je venais d’achever pour le Théâtre de Chaillot, Alain m’honora généreusement de sa présence et me fit don de sa pensée jusqu’au crépuscule. Devant mon ouvrage, avisant deux figures, deux spectateurs étrangers au drame, deux passants auxquels je n’attachais aucune signification particulière, deux silhouettes poussées là par l’exigence des rapports et des proportions, il me dit : « Je vois les sages devant le temple. » Les sages, mot de philosophe, le terme est beau devant la tragédie, je le garde comme un présent d’Alain.»

Ses sculptures sont visibles au Musée d’Orsay.

Sources : Fond Henry de Waroquier, Compagnie des Commissaires priseurs, Dossier de presse Jean Louis Champion.

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