Rencontres sur Internet pour le meilleur et pour le pire

Internet, outil de communication, supplante de plus en plus les agences matrimoniales, les rencontres y sont faciles.

La fin des années 1990 et le tournant des siècles ont confirmé une double révolution dans les sociétés occidentales : d'une part, le nombre toujours croissant de célibataires, deux fois plus nombreux qu'il y a trente ans (actuellement 12 millions environ en France). Beaucoup de ces personnes ont accédé à une étonnante visibilité médiatique, grâce à Internet, qui a formidablement réussi sa pénétration sociale pour inventer des usages et des possibles inattendus, et toucher toutes les sphères de la société, comme en témoigne le phénomène « Bridget Jones ». Internet a de toute évidence créé un nouveau romantisme en donnant l’illusion de pouvoir trouver le prince charmant parmi un grand nombre d’individus.

Paradoxalement, il y a de plus en plus d’occasions entre hommes et femmes de se fréquenter, beaucoup plus de femmes travaillent, font des études, sont en contact avec le monde extérieur… Pourtant, les vraies rencontres permettant de déboucher sur un engagement durable, semblent aujourd’hui plus difficiles à effectuer qu’autrefois. Des sites remplacent peu à peu les lieux traditionnels de ces rencontre et les agences matrimoniales.

Sur Internet, on peut converser avant de se voir, ce qui ouvre la porte à tous les fantasmes… les sensations, les sentiments sont décuplés.

Révolution sociale et amoureuse

Depuis la fin des années 1990, Internet, à travers ses sites de rencontres, mais aussi des forums de discussions (chats), métamorphose les stratégies de séduction. La révolution est déjà quantitative, tant le Net a connu un engouement incroyable pour interconnecter des millions de personnes cherchant quelqu'un à aimer.

Sur les sites de rencontres, chacun devient son propre agent matrimonial. Grâce à une présentation plus ou moins fantasmée : un pseudo, une fiche d’informations, une photo éventuellement, et voici le ou la célibataire prêt à entrer dans le grand bal masqué du Net sentimental. Ensuite, vient la communication par messages dans les boîtes aux lettres électroniques ou par chat en direct sur les plates-formes de discussions. La pratique est si absorbante que de nombreux internautes souffrent de Net-addiction.

Tourbillon de rencontres virtuelles

Internet constitue ainsi une révolution relationnelle, autant pour les timides qui peuvent oser là ce qu'ils ne se permettraient pas dans la vraie vie. Ils sont alors affranchis du regard d'autrui et libérés de la pesanteur de ces corps dont ils ne savaient que faire avant. Désormais protégés par l'écran, l'anonymat du pseudo et l'absence de ces corps, bien loin des lieux de représentation sociale, toutes les audaces sont permises. Orgueil, timidité se trouvent évincés d'un coup de clic.

Les contacts s’organisent mais Il est alors facile de passer de l’un à l’autre sans justification ni explication, et le jeu des écrits en « copier-coller » permet de dialoguer avec des dizaines de personnes en même temps, faisant croire à chacune qu’elle est unique !

Dès les pages d'accueil, les sites de rencontres proposent des modes de recherches très performants, accompagnés de listes d'amis, d'indésirables (liste noire) et de coups de coeur. Ce faisceau de facteurs entérine un nouvel âge relationnel, caractérisé par un réalisme et un pragmatisme qui tendent à évincer le danger, l'erreur, les errements.

La logique sentimentale qui s'impose est alors consumériste : réduction des risques de toutes sortes, catégorisation des termes de la quête, tentative de mise en adéquation entre ses aspirations et la recherche très précise du partenaire idéal, et du couple rêvé. Avec, souvent, cette illusion que l'on sélectionne au mieux celui ou celle à aimer, en fonction de multiples critères physiques, sociaux et moraux : il faut en fait avoir les bonnes croix dans les bonnes cases. On peut à bon droit parler de marketing amoureux.

Mais le contexte numérique est aussi le premier qui voit des inconnus devenir intimes, tomber amoureux virtuellement, se séduire sans se connaître, reconfigurant , si l'on peut dire, le statut social et philosophique de la relation.

La rencontre virtuelle permet de voir l’autre comme on le voudrait, et on se projette davantage dans cette personne. Auparavant, la relation amoureuse se fondait sur la rencontre réelle, celle des corps, et c'est alors que tout commençait. Bref, La Toile permet de faire les choses à l'envers, puisqu'on se découvre de l'intérieur et de nombreuses personnes affirment avoir eu un coup de foudre par ce biais.

Attention danger !

Hélas, le net regorge aussi de personnes plus ou moins bien intentionnées. C’est ainsi que sur les chats ou les sites de rencontres, en quelques clics, on peut lire :

Toc toc toc, qui est là ? :

C’est ainsi que l’on se retrouve face à :

- Bogoss75, soi-disant libre comme l’air, mais qui est en fait marié. Il n’est pas chef d’entreprise mais chômeur.

- Lov2toi qui n’a pas 36 mais 54 ans.

- Liloo69, qui se dit étudiante en 3ème année de philosophie, mais a en fait 13 ans.

- Tony27, qui lui, a des mœurs douteuses et s’en cache bien.

Lu dans le journal La Montagne du 12 mars 2012 : Les " love-escrocs " accrochent leurs victimes sur des sites de rencontre. Ils agissent souvent d'Afrique, les policiers peinent à les arrêter. Sauf un. Attiré à Clermont-Ferrand après avoir soutiré 230.000 € à sa victime.

Morale de l’histoire : on ne peut jamais vraiment savoir qui se cache derrière un pseudo. Sans oublier qu’Internet peut devenir une drogue. A quoi bon sortir ? Un tête à tête avec l’écran vous attend à la maison. Les cyber-relations masquent la solitude, sans vraiment la combler.

Attention à ne pas tomber dans les filets de la toile.

Quelques chiffres

Internet, c’est environ 39,5 millions d’internautes composés de 49 % de femmes et 51 % d’hommes. Quant au fossé séparant les générations, il se réduit continuellement, désormais 30 % des internautes sont âgés de plus de 50 ans.

- En 2012, 40 % des Français, s’ils étaient célibataires, seraient prêts à s’inscrire sur un site de rencontres.

- En 2004, ils n’étaient de que 14 %.

- 22% d’internautes en quête d’amour affirment pouvoir tomber amoureuses d’une personne sur Internet sans jamais l’avoir vue.

- 46 % de personnes interrogées sont prêtes à dire à leur entourage qu’elles ont rencontré quelqu’un sur un site de rencontres.

Sources : sondage Ifop-femme actuelle, février 2012. Couple.notrefamille. Journal La Croix.

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