L'alcoolisme des femmes

Bien que l'alcoolisme soit reconnu comme une maladie et combattu comme tel, il reste, en particulier pour les femmes, tabou et honteux.
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Si la consommation d'alcool est un héritage culturel fort en Europe et en France, l'alcoolisme est une maladie chronique répertoriée par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et considéré comme un problème majeur de santé publique.

Quelques chiffres

En France, l'alcoolisme, c'est-à-dire la consommation excessive et régulière d'alcool, tue plus de 45 000 personnes par an (directement ou indirectement). C’est la seconde cause de mortalité évitable dans le pays. Certes, les femmes sont moins touchées que les hommes: à tous les âges, on constate une mortalité masculine 2 à 5 fois supérieure (chiffres du baromètre Santé 2000). Mais l'alcoolisme féminin est sous-évalué et très mal dépisté.

L'inégalité biologique de l'homme et de la femme face à l'alcool

  • Une dépendance plus rapide à l'alcool: pour des raisons psychologiques mais aussi physiques. Avec une même quantité absorbée, le taux d’alcoolémie est plus élevé chez la femme, car il se dilue moins bien dans une masse musculaire moindre. L’élimination du produit est également retardée. Ce qui signifie qu’une femme va être plus vite dépendante avec une quantité d'alcool plus faible.
  • Des complications plus fréquentes: le délai de l’apparition d’une cirrhose hépatique est en moyenne de 15 ans chez l'homme et de 10 ans chez la femme avec une consommation inférieure. Cette dernière développe d'avantage de polynévrites, d'hépatites alcooliques, d'altérations neurologiques.
  • La consommation d’alcool augmente le risque de cancer du sein et ses récidives.
  • Les risques pour le fœtus et l’enfant: l’alcoolisme maternel est la première cause de retard mental évitable des nouveau-nés en Occident.

L'inégalité sociale entre les hommes et les femmes alcoolodépendants

"Lorsque l’homme boit, le toit de la maison brûle, mais lorsque c’est la femme qui boit, la maison entière est la proie des flammes" (Laure Carpentier, T oute honte bue , aux éditions Denoël/Gonthier, 1981.)

Longtemps, l'alcoolisme a été considéré comme un problème uniquement masculin. De ce fait, l’émancipation de la femme n’est pas pour rien dans le développement des dépendances à l’alcool: un accès plus facile aux produits, une liberté d’action plus grande, une activité professionnelle plus intense et plus stressante, un rôle social à redéfinir, etc.

Essentiellement solitaire, le mode de consommation féminin est aussi lié au regard de la société sur l’ivresse. Si l’alcoolisation de l’homme est tolérée, perçue comme conviviale, liée à la rencontre et à l’amusement, l’image de la femme qui boit dérange voire répugne. Certes, les femmes fréquentent aussi les bars, les discothèques et les fêtes, mais c’est le plus souvent à la maison qu’elles s’alcoolisent, seules et en cachette, à l’abri du regard du monde. Le soir venu quand le rideau tombe, elles ne sont plus ces jeunes cadres dynamiques ou ces mamans hyperactives. L’alcool n’est pas festif, il est détresse morale.

Les causes de l'alcoolisme féminin et la prise en charge

Une femme sur 20 serait confrontée à ce problème d’addiction en augmentation ces dernières années. Comme chez les hommes, on trouve des facteurs liés à la biologie, à l’histoire familiale ou aux difficultés sociales. L’élément marquant chez la population féminine dépendante c’est le mal être et les problèmes psychoaffectifs. 80% d’entre elles souffrent de dépression et boivent pour se soigner.

Souvent actives, plus les femmes ont des postes à responsabilités et un niveau social élevé, plus elles sont fragiles face à l'alcool. Refuge contre le stress, remède pour gérer de multiples occupations, elles boivent pour décompresser.

La prise en charge de la dépendance ne diffère pas selon les sexes. Il est quasi indispensable d'être suivi dans un centre de cure spécialisé en alcoologie, en ambulatoire ou en hospitalisation, selon les situations. Vous pouvez trouver toutes les adresses sur www.drogues-info-service.fr .

Les traitements associent médicaments et soutien psychologique. Ce dernier est particulièrement vital pour la femme souvent dépressive, culpabilisée, ayant une image très négative d’elle-même. Outre les consultations classiques, il existe aujourd'hui des lieux et des moments réservés aux femmes. L'appel aux associations du type Alcooliques anonymes peut aussi s'avérer très utile pour libérer la parole. Au niveau associatif également, les temps exclusivement féminins se multiplient. Sur Internet, de nombreux forums permettent aux femmes d’échanger entre-elles.

L'alcoolisme féminin est un fléau qui se développe en catimini et qu'il faut apprendre à détecter pour ne pas laisser cette femme, cette mère, cette épouse s'enfoncer dans la solitude et la souffrance.

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