Antony And The Johnsons, Swanlights (2010)

Il y a des artistes dont la voix s'aide du reste des instruments pour se rendre belle, il y en a d'autres dont la voix se suffit à elle-même.

Cette voix qui peut se permettre le plus épuré sans jamais paraitre seule est celle qui redonne son nom d’instrument aux cordes vocales.

Cette voix, l'une des plus particulières de cette décennie, elle habite l’anatomie d’Antony Hegarty , visage charismatique du groupe New Yorkais Antony and the Johnsons

En octobre dernier est paru le nouvel et quatrième album de la formation, sous le nom à la fois poétique et énigmatique de Swanlights . Ce nouveau chef d’œuvre (comment peut-il en être autrement ?) fait suite à leur album éponyme sorti en 2000, I Am A Bird Now en 2005 dont on retient les magnifiques interventions de Lou Reed et Boy George, et enfin l’album The Crying Light paru en 2008.

Dès la première écoute, les amateurs de l’artiste auront deviné que même si la voix reste la même, avec sa délicatesse, sa justesse incroyable et son émotion, l’ambiance globale de l’album comprend moins d’envolées énergiques, de petits moments de folie. Nous mettons donc les pieds dans un univers mélancolique, nostalgique, de l’amenuisement d’énergie qui pourtant ne disparait jamais vraiment et revient par vagues, comme une lutte permanente pour se sentir vivant dans l’instant.

Les pattes palmées rythmées par le courant

S’étant toujours senti différent, ayant recherché ce qu’il y a de femme en lui, ayant participé au sein de la scène transgenre new yorkaise, Antony Hegartynous livre ici un bras de rivière calme, avec pour seuls remous des battements de cœur serrés (battements mis en musique dans I’m In Love ). Ces rouages vitaux malmenés sont illustrés par des morceaux comme Everything Is New, The Great White Ocean, The Spirit Was Gone ou encore Christina’s Farm . Une sorte de douleur dévoilée avec langueur, pudeur et sublime.

L’homme se remplume

La patte qu’il a posée de manière indélébile au sein du monde musical grâce à ses compositions antérieures revient se poser partiellement au cœur de Swanlights . En effet nous retrouvons un peu de folie, comme un court rayon de soleil venant réchauffer l’épiderme malmené. Telle une main qui viendrait envoyer valser les contrariétés, Ghost s’impose comme une création phare de l’album qui pourrait être ce qu’était Kiss My Name pour The Crying Light . De la fraicheur avec un zeste de naïveté et une avalanche de sensualité à travers le piano et les violons. Mais le joyaux de cet album réside au sein même du titre éponyme, construit dans une montée en puissance frôlant la perfection, l’ensorcelant, le sacré, comme un chant pur raisonnant dans une forêt vierge d’hommes (un morceau qui nous ramène notamment à Atrocities de leur album de 2000).

Terres d’Islande

Et comment clore cet article sans parler de la participation de la non moins particulière artiste qu’est Björk ? Duo que nous n’imaginions pas et pourtant Flétta s’avère être un titre ovni parmi les compositions ovnis d’un artiste lui-même pas commun sur notre planète. Nous relativiserons cependant notre jugement sur ce morceau, car si le reste de la discographie d’Antony And The Johnsons doit être écouté au moins une fois dans sa vie, ce duo on aime ou on déteste, probablement la composition la moins abordable de ce Swanlights qui a su se faire attendre et dont on attend déjà la suite.

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