Nadav Kander, cruelle poésie et fantasme

Ecrire sur quelque chose ou quelqu'un c'est répondre à une impulsion créée par un coup de cœur. Et en parlant de coup de cœur, voilà Nadav Kander.

Peu médiatisé, peu (ou carrément pas) représenté au sein des rayons de livres d’art, Nadav Kander est pourtant un photographe ayant reçu deux prix (et pas des moindres) et ayant immortalisé des visages bien connus des populations (de stars du cinéma aux personnes travaillant aux côtés de Barack Obama). Dernier prix en date, le Pictet , reçu en 2009 et tourné vers le thème du développement durable.

Né en 1961 à Tel Aviv (Israël), ayant fait par la suite une escale en Afrique du Sud, il a posé ses valises dès 1980 en Grande Bretagne où il vit et travaille depuis. Ses sujets balancent en général entre le portrait et les constructions (et destructions) humaines. Clichés épurés, crus mais jamais dénués de poésie.

Le corps, support infini

Nu, éprouvé par le temps, aux courbes gourmandes, à l’étirement des années, le corps est amplement représenté sous un œil cru mais jamais ne brisant la pudeur. Dans la simplicité, sans décor ou en jouant avec de la surimpression, Nadav Kanderreprésente ici la force de la vie, la grâce féminine mais aussi sa fragilité, ses émotions, ses passions ; toujours deux hypothèses extrêmes. Prostituées et Vénus des temps modernes à la toison de feu se côtoient, humaines. Précision et réactivité des muscles Noirs couplés avec l’écoulement fatigué des peaux en ayant subi assez.

Le papillon attiré par la lumière

Les tranches de vies sont un support aussi riche pour les écrivains, les cinéastes que les photographes. Avec la série The Parade , Nadav Kander nous pose comme des voyeurs malgré nous. Ca nous arrive à tous, le soir où la nuit tombe tôt, dans les rues pas toujours bien éclairées des fenêtres laissent s’échapper de vives lumières. De dehors l’on voit la vie intérieure, la vie des autres sans qu’ils nous voient forcément. The Parade c’est cela, une suite de clichés qui, sans nous laisser entrer dans l’intimité des foyers, brisent une sorte de sérénité. Couples, personnes âgées, solitaires, regards croisés avec l’objectif, comme un recueil de nouvelles dont la clé se trouve et change au quotidien.

Car l’homme causa sa propre perte

Au sein de tout le travail effectué par le photographe concernant l’environnement humainement déformé et modelé, il est impossible de passer à côté de la série sur Tchernobyl ( Moitié De Vie, comme il la nomme lui-même). Choc visuel, étreinte douloureuse de l’imagination. Immeubles au béton couleur de mort plus que la mort elle-même, couleurs automnales, qui se devraient rassurantes mais qui soulignent l’abandon des lieux, photos jaunies, Bee Gees punaisés dans ce que l’on pourrait imaginer l’ancienne chambre de la jeune fille de la famille, dortoirs que l’on nous rend beaux. Plus suggéré que montré, l’esprit fait le reste, la sensibilité est mise à l’épreuve et l’imaginaire s’affaire.

Si l’on devait retenir une des nombreuses traductions possibles des photographies de Nadav Kandercelle-ci serait de considérer chaque instant comme unique, dans le pire des cas, changer de point de vue pour lui donner la beauté qu’il mérite.

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