25 novembre : une journée internationale pour se souvenir

Entretien avec Minou Mirabal, députée de la République dominicaine.
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CD : Les trois sœurs Mirabal, assassinées le 25 novembre 1960, sont vos tantes et votre mère. Racontez-nous leur histoire.

En 1949, le dictateur Rafael Trujillo qui dirigeait la République dominicaine depuis 1930, rencontre ma mère, Minerva, qui avait alors 23 ans. Il lui fait des avances répétées et insistantes qu’elle repousse. A l’une de ces occasions, il lui demande : « Tu n’aimes pas mon gouvernement ? » Elle le lui confirme et il poursuit : « Et si je t’envoyais ma Cour pour te prouver que mon gouvernement est bon ? » Elle lui rétorque : « Et si c’est moi qui convainquait ta Cour du contraire ? » Le lendemain, elle était arrêtée par les militaires et emprisonnée. Elle a été assignée à résidence pendant 2 mois. A sa libération, les représailles ont continué : elle n’a pu obtenir une inscription à l’université qu’en faisant écrire un discours à l’honneur de Trujillo ; et à la fin de ses études en droit, elle n’a jamais été habilitée par l’Etat à exercer.

Trujillo l’a harcelée pendant plus de dix ans et sa fureur envers elle s’est décuplée quand il a appris qu’elle était l’une des figures de proue de l’opposition antidictatoriale. En effet, au début de l’année 1960, Minerva et un jeune avocat qu’elle avait rencontré pendant ses études, constituent, avec d’autres, un mouvement national pour la démocratie et la liberté. Quand Trujillo en découvre l’existence, il fait emprisonner de nombreux militants, dont ma mère.

Mes tantes, Patria et Maria-Teresa, étaient aussi impliquées : la première réunion du mouvement s’est tenue chez Patria et les armes du mouvement étaient cachées chez elle. Cependant, comme elle n’habitait pas à Saint-Domingue où le mouvement était le plus puissant, elle a échappé à la prison.

C’est sous la pression nationale et internationale exercée en faveur de la libération des opposants, que Trujillo libéra ma mère et d’autres femmes. Comme à chaque fois qu’elle était libre, ma mère retourna au mouvement de résistance. Trujillo disait publiquement que les deux problèmes de la République Dominicaine étaient l’Eglise et Minerva.

Ma mère et ses deux sœurs ont été assassinées le 25 novembre 1960, alors qu’elles étaient en route pour rendre visite à leurs époux emprisonnés. Six mois plus tard, Trujillo a été tué à son tour par ses propres militaires.

En 1999, les Nations Unies ont proclamé le 25 novembre « Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’encontre des femmes ». Les féministes commémoraient cette date depuis 1981. Ma mère et mes tantes continuent ainsi à inspirer la lutte pour une société plus juste et sans violences.

CD : Vous-même, comment poursuivez-vous leur combat ?

Je suis députée d’une démocratie en construction. En 2009, à l’occasion des discussions sur la nouvelle constitution, j’ai essayé d’ouvrir le droit à l’avortement. Mais, la République dominicaine est un pays très catholique, et l’archevêque avait lancé une campagne contre moi. Sur 210 députés, seuls 32 ont voté pour. En 2010, pendant la campagne des législatives, toutes les églises ont appelé à voter contre ces 32 députés pro-IVG. Nous avons quand même été réélus !

CD : Quelle est la situation actuelle des femmes dominicaines ?

A l’Assemblée, nous comptons 20% de députées, plus qu’en France. A l’université, 68% des étudiants sont des femmes. Mais, elles sont nombreuses à ne pouvoir mettre à profit leurs compétences et à devenir mères au foyer. Aujourd’hui, le nombre d’enfants par femme est de 2,7 (contre 7,5 en 1950). La contraception est autorisée et la pilule du lendemain délivrée sans ordonnance, malgré des campagnes de propagande qui l’assimilent à l’avortement et veulent la faire interdire.

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