user_images/87032_fr_clara0051.jpg

CLARA DOMINGUES

Publié dans : Les articles Culture de Clara Domingues

« Mots pour maux » : du slam pour briser la fatalité

Diata au micro, Pat à la guitare, à eux deux ils forment Dialem, un groupe engagé contre les violences faites aux femmes. Entretien avec Diata.

CD : Qu’est-ce qu’être artiste signifie pour toi ?

Diata : J’ai commencé la musique à 15 ans, et ma pratique artistique a toujours été engagée. Pour moi, un artiste doit faire réfléchir. Mes premiers textes n’avaient pas pour thème les droits des femmes. J’ai eu le déclic avec Française d’Afrique. On y entend la voix d’une jeune fille menacée de mariage forcé, celle de sa mère et celle de son père. Trois visions antagonistes d’une même situation. Ce texte a vraiment fait réagir le public. La première fois que je l’ai slamé, des personnes sont venues me voir, après la scène, pour en discuter. Je me suis dit qu’il fallait continuer. Parler des droits des femmes pour les faire avancer. Après cette expérience, j’ai écrit un slam sur l’excision. Comme j’ai la chance d’écrire et de chanter, je veux m’en servir. Partir de l’histoire des gens pour faire comprendre les conséquences des violences et porter des messages d’espoir. Rien n’est jamais figé. On peut toujours créer des alternatives pour sortir de modèles contraignants et violents. C’est le sens de mes slams.

CD : Pat et toi faites des tournées depuis trois ans. « Mots pour maux » est votre premier album. Comment l’avez-vous réalisé ?

Diata : A la fin de nos spectacles, le public vient toujours discuter avec nous ou nous demander des contacts d’associations spécialisées. On s’est dit que ce serait intéressant de créer un support pour permettre aux enseignants ou aux associations de travailler sur ces thèmes. L’album compte six titres. Je les ai écrits en lien avec l’Observatoire des violences faites aux femmes de la Seine-Saint-Denis. Je m’adresse à de potentielles victimes de violences, ou à leurs proches, je ne peux pas me permettre d’écrire n’importe quoi. Mes mots doivent être justes. L’observatoire a joué un rôle de conseil. Dans ces textes, je ne décris jamais les faits. On les connait, ils sont glauques. Ce que je veux, c’est donner envie aux gens de parler. En parlant, on arrive à guérir des douleurs d’où le titre « Mots pour Maux ». D’ailleurs, le CD est accompagné d’un livret avec des numéros d’associations à appeler en cas de besoin.

CD : Raconte-nous quelques-uns de ces slams ?

Diata : Avec AA, j’ai voulu faire entendre la voix de femmes, souvent montrées du doigt parce qu’elles sont alcooliques, alors que l’alcool est la solution qu’elles ont trouvé pour oublier un passé trop douloureux, trop violent. Ce n’est pas la bonne solution, mais ça a été leur solution. Et pour qu’elles s’en sortent, il faut pouvoir les comprendre. J’ai aussi écrit Cœur de Pierre pour ces enfants qu’on considère comme surexcités et énervants. Pierre a deux papas : un papa gentil et un papa méchant. Quand il vit avec son papa gentil, tout va bien. Il est tranquille et travaille bien à l’école. Quand son papa méchant revient, il a peur, pleure et ne tient pas en place. Plus tard, quand il est grand, il raconte à un ami les violences dont il a été témoin et comment il s’en est sorti. Libre porte ce même espoir. C’est l’histoire d’une jeune femme qui raconte sa nouvelle vie après avoir quitté son conjoint violent. La séparation est un cap difficile à passer, mais ça vaut le coup parce qu’une belle vie l’attend !

Pour découvrir l’album : www.dialem.fr

À propos de l'auteur

user_images/87032_fr_clara0051.jpg

CLARA DOMINGUES

  • 23

    Articles
  • 5

    Séries
  • 0

    Abonnés
  • 0

    Abonnements

Poursuivez la discussion!