Guatemala : l'Eglise s'oppose aux droits des femmes

Entretien avec Rosita Escobar, directrice de l'association Femmes solidaires du Guatemala (1).
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Quelle est la situation des femmes au Guatemala ?

La pauvreté concerne 74% de la population, et 80% des travailleurs pauvres sont des femmes. Les femmes ont un accès très limité à la santé et à l’éducation. Très peu connaissent leur corps et encore moins savent ce qu’est un orgasme. Le droit à l’information en matière de sexualité n’existe pas. Les femmes continuent à être considérées comme des objets. Les hommes décident de tout, même de la contraception de leur compagne.

A Guatemala City où vivent deux millions de personnes, il n’existe que deux hôpitaux. Les femmes enceintes en pâtissent : la majorité ne bénéficie d’aucun suivi prénatal et 4 heures à peine après leur accouchement, elles sont renvoyées chez elles.

Quels sont les enjeux du féminisme dans votre pays ?

Les femmes se mobilisent fortement pour faire avancer leurs droits. Grâce à cette mobilisation, nous avons récemment obtenu une loi contre les violences, qu'elles soient physiques, psychologiques ou sexuelles. Nous travaillons maintenant avec la Justice pour la faire connaître et appliquer. Cependant, les violences conjugales sont difficiles à dénoncer.

Le droit à l’avortement reste aussi à conquérir. Au Guatemala, seul l’avortement thérapeutique est légal. Même en cas de grossesse suite à un viol, les femmes n’ont pas le droit d’avorter. Femmes Solidaires (2) a ouvert une clinique où les femmes peuvent venir avorter dans des conditions convenables, sans prendre de risque. Nous recevons principalement des jeunes filles de 12-15 ans, enceintes après un viol, le plus souvent perpétré par un homme de leur famille, ainsi que des femmes qui ont déjà sept ou huit enfants.

La clinique est à Guatemala City, mais des femmes viennent de tout le pays et même d’autres pays d’Amérique latine.

Quels obstacles rencontrez-vous dans vos actions ?

L’Eglise et les fondamentalistes sont opposés à tout ce qui peut libérer la sexualité des femmes. Lors d’une campagne que nous avons menée pour la planification familiale, un de nos religieux a comparé le préservatif à une balle. Les représentants de l’Eglise et de l’Opus Dei ne sont pas très nombreux, mais ils détiennent le pouvoir économique. Ils sont responsables de nombreux reculs des droits en Amérique latine.

Quels sont les projets à venir de Femmes solidaires ?

Nous voulons ouvrir une deuxième clinique en milieu rural et lancer une campagne nationale sur les droits sexuels, notamment sur le droit à l’avortement en cas de viol. Notre objectif final est d’arriver à dépénaliser l’avortement en toutes circonstances. Mais, nous avons d’abord à apprivoiser une société très religieuse et à construire une base sociale forte.

(1) Les propos de Rosita Escobar ont été recueillis lors d’une rencontre organisée par France Amérique Latine ( www.franceameriquelatine.org ) en soutien à la journée de lutte pour la dépénalisation de l’avortement en Amérique latine (28 septembre 2010).

(2) Créée en 1996, l’association revendique une vie sans violence, l’accès des femmes aux responsabilités publiques et l’application de leurs droits.

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