Violences sexistes et homophobes, mieux protéger les jeunes

Résultats d'une pré-étude basée sur l'observatoire d'une classe de 4e (9 filles, 15 garçons) dans collège des Hauts-de-Seine.
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En juin 2010, l’Université de Nanterre rendait publics les résultats d’une pré-étude basée sur l’observatoire d’une classe de 4e (9 filles, 15 garçons) dans un collège des Hauts-de-Seine où les élèves disent se sentir bien (1).

Des violences tolérées, voire justifiées

Si les élèves témoignent de l’existence de violences sexistes et homophobes, ils ne s’en offusquent pas toujours. Agresser sexuellement « celles qui aiment ça », « celles qui font des trucs et qui assument pas », « celles qui le cherchent » ; insulter, battre ou ostraciser un garçon supposé homosexuel : ces violences sont admises tant qu’elles ne ciblent pas les « filles bien » ou les « garçons virils ». Cependant, même quand les agressions s’exercent à l’encontre de « filles bien », les jeunes ne les considèrent inadmissibles que lorsqu’elles sont infligées devant témoins, comme si la gravité de la situation résidait dans la honte d’être victime et non dans la violence. Au final, seules agressions sexuelles commises à la vue de tous sur une « fille qui n’est pas comme ça », sont clairement dénoncées.

Les filles et leur « mauvaise réputation »

« Une fille qui a une réputation », c’est une fille « qui provoque » les garçons, « qui veut sortir avec tous les mecs », « qui met des trucs moulants », « qui se fait remarquer »… Les violences à leur encontre ont notamment pour objectif de leur imposer un contrôle auquel les filles elles-mêmes participent : dénoncer les filles à la « mauvaise réputation » ou ne pas les fréquenter devient un gage de leur propre « pureté ». Pour éviter les ennuis, la stratégie la plus efficace reste encore l’invisibilité : être sages et silencieuses.

Les garçons et leur « virilité »

Du côté des garçons, les violences homophobes se manifestent envers « ceux qui portent des slims » ou ceux qui « ne mettent pas la main ». Ce sont des « bolos », des premiers de la classe qui manquent de virilité. Peu importe qu’ils soient homosexuels ou non : manifester une possible ambigüité sexuelle entraîne davantage de représailles que d’entretenir, dans le secret, des relations homosexuelles. Pour ne pas passer pour un « pédé », la recette est là aussi simple : jouer les sur-mâles provocateurs, agresser les filles, traiter les autres garçons de « pédé ».

Des préconisations aux établissements

1. Rendre le sexisme hors-la-loi

Par l’affichage d’une charte connue de tous (élèves, enseignants, parents) et respectée tant par les élèves que les adultes.

2. Etablir des règles identiques pour les filles et les garçons

Les règles qui s’appliquent à la décence des tenues des filles doivent aussi s’appliquer aux tenues des garçons.

3. Amener les élèves à ne pas se rendre complices des rumeurs

Permettre aux élèves de débattre régulièrement des situations mettant en jeu le sexisme et la « mauvaise réputation » pour leur faire comprendre que seul l’agresseur est coupable.

(1) Recherche menée par Cendrine Marro et Isabelle Collet.

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