Vivre dans un logement social : de l'entraide aux défis

Vivre dans une coopérative d'habitation permet d'accéder à un logement abordable. Parfois s'entremêlent sans cesse solidarité, devoirs, joies et conflits.
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Habiter dans une coopérative d'habitation permet d'accéder à un logement convenable et de maintenir un niveau de vie décent. Ceux qui choisissent de vivre en coopérative d'habitation par instinct de solidarité et les autres, attirés par les nombreux avantages que procure ce mode de coopération en milieu locatif se rejoignent mutuellement dans ce projet à vocation sociale et participative qui comporte son lot d'obligations - parfois sévères -, de douleurs et de conflits.

Naissance des coopératives d'habitation : une nécessité pour les familles

Au Québec, 50 000 personnes vivent dans une coopérative d'habitation. Désignée aussi "coopérative immobilière" en Belgique, "société coopérative d'habitation" en Suisse, "housing cooperative" dans les pays anglosaxons ou "coopérative d'habitation" au Québec, la première coopérative d'habitation permanente pour les familles au Canada a vu le jour en 1966 à Winnipeg, dans la province du Manitoba.

Le gouvernement espérait faciliter l'accès à des logements abordables, adaptés, accessibles, gérés par les membres eux-mêmes et combler, du même coup, les besoins criants des groupes sociaux démunis comme les mères de familles monoparentales, les personnes âgées, les personnes handicapées, les nouveaux arrivants.

Robert Owen (1771-1858), industriel anglais et grand socialiste réformateur, est apparemment le père fondateur du mouvement coopératif moderne. Ses idées innovatrices destinées à combattre la pauvreté et à soutenir la prise en charge des familles par la communauté l'amènent à créer la première coopérative des travailleurs "village of co-operation", de même que plusieurs colonies d'habitation dont celle de New Harmony en Indiana, aux États-Unis.

Le fonctionnement d'une coopérative d'habitation au Québec

Régi par la Loi sur les coopératives qui définit les règles juridiques relatives à la Constitution, au financement et au fonctionnement des coopératives, ce concept associatif est basé sur le principe démocratique et sur la participation intentionnelle des membres, qui sont à la fois locataires du logement et propriétaires de l'immeuble, et qui contribuent ensemble à la bonne gestion de la coopérative.

En achetant une part sociale, les membres-locataires qui ont chacun droit de vote, élisent au cours de l'Assemblée générale annuelle au moins cinq membres qui forment le Conseil d'administration appelé à gérer divers comités - sélection, secrétariat, finances, entretien, bon voisinage - et à établir les règlements de la coopérative. Les responsabilités et obligations des membres assurent le bon fonctionnement de la coopérative.

Par ailleurs, la moitié des coopératives d'habitation du Québec font partie des sept fédérations régionales qui sont membres eux-mêmes de la Confédération québécoise des coopératives d'habitation (CQCH).

Vivre en coopérative d'habitation : les avantages De nombreux avantages incitent les individus à prendre part à ce projet collectif : logements de qualité et abordables, à des prix inférieurs au marché (le prix moyen d'un logement coopératif était de 399.00 $ CAN en 2007), subventions pour les familles à revenu précaire, sentiment de sécurité et soutien aux membres, partage de valeurs communes, réduction des coûts d'opération étant donné la prise en charge de la coopérative par le groupe; le paiement des loyers des membres sert à rembourser l'hypothèque de l'immeuble.

Les membres consacrent mensuellement 11 heures aux différentes tâches et corvées de la coopérative. Ils en retirent des mérites inestimables; certains développent des compétences solides ou établissent des petits réseaux de solidarité selon leurs affinités.

Les défis et difficultés

Le manque d'implication des membres et les situations conflictuelles soulèvent de vifs questionnements au sein de ces communautés hétérogènes surtout lorsque les intentions personnelles priment d'abord sur les intérêts du groupe.

De la souplesse, de la tolérance, de la bonne volonté, des efforts constants sont nécessaires afin de surmonter un bon nombre de défis auxquels sont confrontés particulièrement les membres du Conseil d'administration : responsabilités lourdes, sentiment d'appartenance à cultiver, motivation constante, rappel aux devoirs et règlements, sanctions pour certains membres. Au-delà de ces difficultés, des élans de solidarité surprennent parfois lors des rassemblements tels les barbecues, les corvées, la fête de Noël.

Malgré les conflits sporadiques qui surgissent à cause de la familiarité étonnante entre voisins, certains membres considèrent la vie coopérative comme une expérience enrichissante: "On n'est jamais complètement isolé, déclare Louise, mère monoparentale de trois enfants, tout le monde se connaît, c'est très sécurisant pour les enfants". Tandis que pour d'autres, la situation est intolérable: "Ce sont toujours les mêmes qui s'impliquent, il faut s'investir beaucoup, c'est épuisant à la longue". Et Guylaine, 54 ans, ajoute avec un petit brin de sagesse : "tant que je peux participer, je le fais et les autres en bénéficient tout naturellement, on échange des services, ce sont des petites victoires qui ne se comptabilisent pas".

À consulter: www.cooperativehabitation.coop

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