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CLAUDE BIAO

Publié dans : Les articles Politique Société & Médias de Claude BIAO

Afrique de l'Ouest : de nouveaux enjeux de sécurité régionale

Avec la crise malienne, la sécurité régionale devient un réel problème en Afrique de l'Ouest. Elle nécessite désormais une approche concertée des États.

Avec le conflit Malien, un nouvel enjeu commence à prendre de l’importance au nombre des défis auxquels doivent faire face les États de l’Afrique de l’Ouest : la sécurité régionale. La question existe déjà. À l’instar de l’Europe, des Amériques et des autres régions du monde, l’Afrique a déjà connu – et connait toujours – les problèmes liés à l’insécurité transnationale. Pourtant la crise malienne vient exacerber la menacer et lui donner de nouveaux contours pour l’Afrique de l’Ouest.

AQMI, Boko Haram… des prémices qui ne trompent pas.

Il est difficile de fixer une date ou une période où l’on peut dire de façon certaine que les questions de sécurité régionale ont commencé à être une vraie menace pour les États de l’Afrique de l’Ouest. Toutefois, qu’ils en soient conscients ou non, la plupart d’entre eux ont commencé à être « mangés à la même sauce » que l’occident en matière d’insécurité liée au terrorisme dès les premières activités de AQMI (Al-Qaïda au Maghreb Islamique). La branche maghrébine d’Al-Qaïda a en effet constamment « débordé » et ce de plus en plus profondément sur les territoires d’États Ouest-africains, depuis le début de ses activités dans le Sahara. Ainsi dès 2007, année de sa création la menace AQMI s’est étendue au Mali et au Niger notamment, frontaliers de la Mauritanie de l’Algérie et de la Lybie. Mais c’est aussi et par ailleurs, au Nigeria qu’a émergé l’autre grande menace extrémiste en Afrique de l’Ouest : Boko Haram.

Avec sa population de plus de 138 millions d’âmes (estimations de 2008), le Nigeria est un grand pays de contrastes et d’incohérences. D’abord, il y a l’inégal partage de la richesse essentiellement pétrolière. Entre les considérables gisements de pétrole et de gaz naturels exploités dans le golfe du Biafra, la baie du Bénin et le delta du Niger, et les autres régions sensiblement moins huppées, la distribution de la manne pétrolière est pour le moins inégale. Ensuite, la sociologie du pays révèle des tensions ethniques mal éteintes, nourries par les antagonismes et les affreux souvenirs de la guerre du Biafra (1967-1970). Et enfin un continuel conflit ethnico-religieux entre Yorubas musulmans et Ibos chrétiens (pour schématiser). Dans un tel contexte, les germes de la naissance de groupes religieux adeptes de philosophies extrémistes, étaient indubitablement présents. L’on aurait toutefois pu considérer la question de Boko Haram comme un problème strictement nigérian s’il n’y avait pas eu l’allégeance du groupe à AQMI, et sa souscription plus tard (sinon officiellement, du moins dans les faits) à la brigade vengeresse des frères du sang, élevée pour combattre partout, les intérêts de tous les pays impliqués dans l’intervention militaire au Mali.

L’intégration face au nouvel enjeu de sécurité régionale en Afrique de l’Ouest

S’il est un fait dont il serait difficile de douter, c’est que malgré leur relative prévisibilité (monté religieux radicaux dans des pays comme le Mali, le Niger, agrandissement des capacités de AQMI …etc), la monté en puissance du problème de sécurité dans une approche transnationale, a pris de court les gouvernements de la région. En témoigne la faible importance accordée à la question dans les organisations à visée d’intégration régionale (Union Économique et Monétaire Ouest Africaine, UEMOA et Communauté Économique Des États de l’Afrique de l’Ouest, CEDEAO en l’occurrence), tournés à juste titre vers les questions de bonne gouvernance, de développement durable… Ainsi le mécanisme d’alerte précoce de la CEDEAO est resté à l’étape d’organe sans réelle efficience sur le terrain. Seulement l’actualité force ces États à sortir de leur mutisme sur le sujet.

Avec les conférences de chefs d’état-major des États membres de la CEDEAO, sur la question de l’intervention au Mali, la communauté s’offre une tribune pertinente pour discuter de sécurité régionale. Encore faudrait-il qu’ils aient le réflexe « communautaire ». En effet l’aspect transnational que revêt le crime organisé ainsi que le terrorisme dans la région, ne tolère pas que s’y penchent des politiques nationales de sécurité intérieures qui ne seraient alors qu’assez marginales, apportant des résultats peu satisfaisants aux problèmes. C’est maintenant, et sur cette question-là que seront éprouvées les missions conjointes, bilatérales au moins et multilatérales au mieux, les accords de coopération judiciaire, les pôles communs de renseignement et d’information et autres outils pertinents, à même de donner à un problème transversal, la réponse concertée adéquate. Et pour atteindre ce but, il sera nécessaire d’impliquer les partenaires internationaux.

Quelle place pour la coopération internationale ?

La crise malienne, comme le conflit libyen dans une moindre mesure, ont montré à quel point les armées de africaines ont besoin de formation. De même qu’il n’a pas été malaisé au MNLA et à ses alliés de prendre des villes aussi importantes que Tombouctou, Kidal… rencontrant à peine l’opposition des forces armées maliennes, ainsi, les forces armées des autres États de la région souffrent d’un flagrant sous-équipement et de formation. Si coopération internationale il doit y avoir en matière de sécurité régionale, c’est sur la formation et l’équipement des armées nationales qu’il faille insister prioritairement. De plus les besoins des pôles de commandement de ces armées sont cruciaux notamment en renseignement et en coordination d’activités conjointes sur des territoires unis devant une menace commune.

Quelques questions demeurent toutefois : de quelle utilité serait alors le leadership incontesté des forces armées étrangères qui opèrent ou forment au nom de coopérations bilatérales ou sous l’égide des Nations Unies ?

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