Beck, manga rock !

"Beck" ou les aventures du "Mongolian chop squad", un groupe de rock japonais en quête de gloire, un manga à ne pas rater, aux éditions Delcourt.

Yukio est un collégien timide, mal dans sa peau, bref, un garçon comme bien d’autres. Sa vie monotone ne lui donne pas grand espoir pour l’avenir qu’il peine à imaginer autrement que morne et sans intérêt. Mais tout cela change lorsqu’il rencontre un chien à l’allure suspecte et son propriétaire, un adolescent de quelques années de plus que lui nommé Ryusuke. Certes, Ruysuke a tout du bon à rien : séducteur, briseur de cœur, glandeur… Mais il a un don inné pour la guitare. En quelques jours, Yukio va se rapprocher de lui et se découvrir une passion pour la musique et cet instrument qui en fait rêver plus d’un ! Peu à peu, Yukio, en quête d’un rêve, adhère inconsciemment à celui de Ruysuke. Ensemble, ils vont trouver trois autres musiciens et se lancer dans la folle aventure de la scène musicale.

Malgré les obstacles, les magouilles, les déceptions, les mésententes, les séparations et les retrouvailles, la jeune formation rock trouve sa personnalité, touche un public et espère une consécration. Cette dernière sera gagnée à la force de leur volonté, portée par une amitié sans faille et un amour de la musique qui vaut autant qu’un autre.

34 tomes pour percer vers le succès.

Avec une culture rock et jazz forçant le respect, Harold Sakuichi signe une série qui représente un véritable ovni sur la planète manga. Difficile exercice que de dessiner une BD basée sur une musique que le lecteur doit imaginer. Certes, il y a des références, des influences, beaucoup, des paroles de chansons, des titres de singles, mais l’essentiel reste une liberté offerte car chacun peut donner à « Beck » le ton qui lui plaît. C’est une grande force dans cette histoire, un des atouts majeurs de sa séduction.

Les autres éléments sont bien plus réalistes. L’expressivité, les émotions, les désirs et les aspirations de chaque personnage s’entremêlent pour ne former qu’un tout qui rend plus puissante encore l’amitié qui les lie et les porte au-delà des coups bas. Et dans le milieu du « show business », les trahisons et mauvaises intentions sont légion. Car ce n’est pas qu’une légende, c’est une réalité exploitée ici par un auteur qui parvient à mettre en scène des situations extrêmes et parfois dangereuses avec une crédibilité poignante. Harold Sakuishi a donné vie non seulement à un groupe de rock qu’il montre en gestation d’une légende aussi mythique que celle des plus grands mais il a surtout misé sur la vérité de valeurs sûres. L’amitié, la passion, la fidélité, l’honnêteté, mêmes balayées, heurtées par la vie, finissent par vaincre si l’on s’y cramponne. Les efforts sont récompensés, quel que soit le temps que cela prend.

Un message d’espoir, une aventure initiatique et un zest de culture générale.

Ainsi donc l’espoir en des lendemains prometteurs se révèle abordable au travers du regard de Yukio, garçon égaré dans les limbes d’un quotidien vide de sens. Harold Sakuishi prend son temps pour développer ce personnage tellement banal et attachant qui, tout doucement et en toute humilité parce qu’il tient à son rêve, se présente comme le ciment de son groupe. Dans les pires moments comme dans les meilleurs, Yukio est au cœur d’une dynamique qui mène vers les projecteurs de la gloire. Avec lui, à travers son regard, le lecteur vit la musique, apprend sa légende, celle de Jimi Hendrix, de BB King, des Rolling Stones, des grands festivals, des studios d’enregistrement, des « live houses » chic ou crasseuses, de Fender, de Gibson, de Seattle, de New York, de Londres… Tout un monde se projette dans ce manga, celui du rock d’hier, d’aujourd’hui et de demain !

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