Berserk, de la dark fantasy en manga

« Berserk » est un manga inclassable, un seinen hors catégorie qui explore le très européen univers de la fantasy avec une profondeur digne des plus grands.

Berserk » est une série atypique dans l’univers très vaste du manga qui compte bien des thématiques récurrentes. Pourtant, force est de constater que Kentaro Miura a su exploiter le folklore européen et les codes de la fantasy anglo-saxonne pour créer une aventure unique.

Un héros au sang noir.

Plantant son décor dans un monde médiéval en conflit perpétuel, « Berserk » fait d’abord référence à la bête mythique du berserker, ou guerrier fauve possédé par une fureur sacrée lui donnant une toute puissance, bien connu de la mythologie nordique. En premier lieu, on s’attache aisément à l’idée que le personnage principal, Guts est la personnification de ce titre. Brute épaisse de physique et d’attitude, asocial, bête de guerre, c’est une montagne de muscles et de chairs faite pour le combat et la guerre. Mais on découvre peu à peu les facettes bien cachées de ses faiblesses, nées des sévices de son enfance, tant physiques que psychologiques, lui le poussent à se mettre en danger, à tester sa force face à tous les adversaires possibles, à vivre en solitaire pour n’avoir personne à charge, ne se soucier que de sa survivance. Au fil des rencontres qui vont façonner son destin, devant la révélation horrifique qui va bouleverser sa perspective des priorités et de l’existence, le lecteur se plaît à douter que la « Bête » soit ce héros sombre à l’âme torturée pour se tourner vers Griffith, son alter égo, opposé en tout, et pourtant tellement semblable. Il est celui qui le poussera à sortir des rangs, à aller vers autrui, pour le plonger plus profondément dans les ténèbres.

L’ombre et la lumière.

Face à l’obscurité absolue qui fait le monde né de la plume de Kentaro Miura et définit son héros Guts, se dresse la personnalité de Griffith. Trop beau pour un homme, gracieux, élégant, intelligent, tacticien talentueux, mais au cœur plus noir que l’enfer.

La série de Miura est profondément manichéenne. Elle exploite toute l’horreur dont peuvent être capables les hommes et surenchérit encore lorsqu’elle met en scène des entités démoniaques. La confusion que leurs actes jette dans le monde de « Berserk », inverse les valeurs, transforme le Bien en Mal et vice versa, aliène les hommes en la croyance d’un Dieu saveur ou d’un messie qui ne saurait qu’être lumineux. Dans cette tapisserie complexe, le héros qu’est le mal dégrossi Guts a le mauvais rôle. Et c’est en cela que le doigté de Miura est intéressant. Le paradoxe qu’il exploite est justement l’idée que la lumière est le leurre dont use l’ambitieux Griffith tandis que Guts, seul témoin enragé de la véritable nature du bonhomme, se dresse contre lui, désavantagé par son allure menaçante, sa froideur source de sa survie, et sa solitude volontaire. On retrouve bien évidemment une influence palpable des guerres de religion et de l’implacable force de l’Inquisition qui secouèrent l’Europe.

Un découpage original.

Avec 33 tomes traduits en français à ce jour, la série « Berserk » est découpée en trois arcs. Dans les trois premiers tomes, on découvre la force du héros, ses ennemis, son quotidien et sa lutte désespérée contre des forces qui dépassent l’entendement humain. On ne fait qu’entrevoir les turpitudes qui l’y ont mené.

Les tomes suivants présentent son enfance, ses défis, ses traumatismes, dépeint le cheminement qui a fait de lui un homme dur, un trompe la mort sans pareille. On y découvre sa rencontre avec Griffith, leurs aventures, leur amitié jusqu’à l’évènement fatal qui en fera des ennemis mortels.

Dans le troisième acte, on retrouve le Guts des premiers tomes, on le comprend mieux. On le suit dans cette croisade revancharde qui l’animait dans les premières pages. Il rencontre de nouveaux acteurs, envisage son existence autrement grâce à eux et plonge doucement dans un autre lui-même. Mais la « Bête », qu’il s’agisse de lui-même ou de Griffith, n’est jamais loin…

Présenté à juste titre comme une série de Dark Fantasy, « Berserk » est un manga d’exception qui reste inclassable tant de par son histoire qui vogue vers la Fantasy pure agrémentée de magie, qu’au travers de son graphisme qui n’a pas grand chose à voir avec les codes du manga.

Sources : Wikipédia pour la notion de "Berserker", le site des éditions Glénat pour les images.

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