La Roue du Temps, la saga qui a renouvelé la Fantasy.

Oeuvre de Robert Jordan, "La Roue du Temps" s'est affranchie des codes de la Fantasy et poursuit son ascension grâce au talent de Brandon Sanderson.
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« La Roue du Temps » est une vraie série fleuve comme on en connaissait peu à l’aube des années 90. L’édition de Fantasy se limitait à des trilogies depuis l’œuvre magistrale de J.R.R Tolkien. Aussi Robert Jordan a-t-il eu bien de la chance et toute la confiance de son éditeur, Tor Books, spécialiste américain du fantastique, lorsqu’aux alentours de 1986, il lui a parlé de son projet. Il souhaitait dès lors consacrer un minimum de quatre tomes à son histoire et signa pour six.

Pourtant, le premier tome, «The Eye of the World » en version originale, a mis quatre années avant de prendre forme, non parce que son auteur hésitait ou s’enlisait mais bien parce qu’il avait une idée claire et précise de ce qu’il souhaitait créer : un univers s’affranchissant des codes de la Fantasy nés avec Tolkien. Ainsi donc, Robert Jordan s’est beaucoup documenté pour mettre en place une géographie, des peuplades, des architectures, une mythologie, une Histoire, des cultes, des croyances, des personnages aussi nombreux que dissemblables, s’inspirant de l’histoire et de l’héritage de toutes les civilisations humaines, depuis le luxe occidental des Lumières jusqu’à la nature purement guerrière des tribus amérindiennes. Il s’est également évertué à l’invention d’une Langue Ancienne en usant des racines européennes, asiatiques et nordiques, alliant le chinois, l’arabe, le japonais et les langues latines pour exprimer un passé oublié et perdu dans l’esprit des magiciens ancestraux habitant ses pages.

La myriade de possibilités qui en est ressortie justifie aujourd’hui les douze tomes sortis en anglais et les deux autres à venir.

Le Bien et le Mal mais pas que…

Axé sur un monde aux prises avec un cycle de réincarnations du « Dragon », personnage né pour recevoir toute la force vitale possible mais incapable de contenir sa force de par sa nature humaine, l’univers de « La Roue du Temps » apparaît d’abord manichéen. En cela, il est semblable à bien des romans du genre. On commence la lecture autour d’un petit groupe de jeunes gens soudainement embarqués dans une aventure périlleuse qui les dépasse. Mais plus on s’enfonce dans le récit, plus on découvre la complexité de l’histoire voulue par Jordan. Il ne s’agit plus seulement de découvrir qui sera la nouvelle incarnation du « Dragon » et de la soutenir dans cette épreuve afin qu’elle en termine avec son éternelle mission, détruire le « Ténébreux » avant d’être elle-même détruite, mais d’un conflit entre le Bien et le Mal qui s’insinue dans chaque camp. Des dissensions sentimentales et personnelles, des intrigues politiques, des espoirs, des ambitions, des devoirs, des vengeances et l’avidité orgueilleuse de nombreux acteurs construisent cette histoire décidément très riche. L’éternel combat entre les deux entités absolues s’installe en tous et dessine d’autres conflits, laissant libre court aux travers de la nature humaine et la voie ouverte au premier des maux, qui profite bien des querelles internes pour gagner du terrain….

Une Constante réaliste.

Dans cet univers, Jordan a tendu un fil conducteur qui relie chaque personnage en une grande famille. Les hommes et les femmes, leurs différences de nature, de point de vue, de force, ce qui les unit et les fait s’aimer ou se déchirer, sont autant de clins d’œil justifiant des choix qui jalonnent le récit. Bien des notes d’humour ou dramatiques sont l’expression même de ce jeu des différences / ressemblances que l’on retrouve au cœur du monde imaginaire puisque la magie elle-même s’y exprime différemment selon qu’elle est utilisée par un homme ou une femme. Cette magie à deux facettes est à ce titre un personnage à part entière, toujours présent, mystérieux, qui se dévoile au fur et à mesure des rebondissements.

Un univers trop riche ?

Les puristes ont reproché à Robert Jordan d’avoir trahi l’univers de la Fantasy. Non seulement en raison de son désir d’individualité et d’originalité mais aussi par la grande quantité de détails et de personnages donnant inévitablement naissance à des points de vue multiples, qui semblent grandir à chaque tome. Car si certains meurent, d’autres sortent de l’ombre et ajoutent leur histoire, leurs ambitions, leur rôle à l’intrigue que l’on voit se diviser à l’infini. Il est difficile d’imaginer alors que l’on se prend au jeu des premiers chapitres que cette aventure va suivre tant de chemins puisque la fin est annoncée dès le début : une guerre tragique et sans partage contre l’entité maléfique et ses serviteurs. Pourtant, au fil des tomes, Robert Jordan a voulu développer l’évolution de toutes ses créations qui, dans ce monde si vaste, en ont rencontré tant d’autres.

Ajoutons à cela que l’édition française de « La Roue du Temps » a connu des heures chaotiques. Parue d’abord en grand format chez Rivages / Fantasy, la saga a rencontré son public avec un succès modéré, accueil tiède renforcé par le choix de publier chaque tome original en deux volumes distincts, suivant une traduction peu soignée. Des erreurs de syntaxe française, des tournures de phrases douteuses, de mauvaises interprétations de jeux de mots ont même fait l’objet d’une pétition des fans destinée à l’éditeur Fleuve Noir lorsqu’il a repris les droits en 2005. Pourtant, la ligne éditoriale est demeurée la même à ceci près que les deux tomes regroupant un seul de l’édition originale sortent en simultané.

Lorsque Robert Jordan décède le 16 septembre 2007 des suites d’une amylose dont il souffrait depuis un an, le 11eme volume de sa saga intitulé « Le Poignard des Rêves » était sorti, présageant une fin encore en devenir. La stupeur des fans est rapidement effacée par l’épouse de l’écrivain. Un rien aiguillonnée par Jordan lui-même avant de mourir, mais essentiellement décidée suite à la parution d’un hommage au maître sur un blog d’auteur, Mme Jordan a confié l’écriture de la suite à Brandon Sanderson www.brandonsanderson.com/blog/ .

Salué par les critiques pour ses séries « Elantris » et « L’Empire Ultime », Brandon Sanderson a commencé à écrire, inspiré dans sa vocation par les écrits de grands maîtres du fantastique dont Robert Jordan. Il a donc accepté le défi de poursuivre l’aventure à partir de l’énorme quantité de notes laissées par l’auteur. Les fans ont retenu leur souffle mais le premier tome des trois annoncés pour clore la saga, « The Gathering Storm », a su les convaincre.

Cerise sur le gâteau, en 2011, l’éditeur français Bragelonne www.bragelonne.fr/ , promet une réédition complète, respectant le découpage initial et donc le nombre de tomes anglais, assorti d’une traduction inédite manœuvrée par Jean-Claude Mallée (qui a travaillé sur « L’Epée de Vérité »).

Sources : Wikipédia, www.pierre-de-tear.com, sites internet des éditeurs Fleuve Noir et Pocket.

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