L'affaire Sugaya, vraie erreur judiciaire version manga

Les éditions Delcourt ont frappé fort en mars 2012 avec la sortie de "l'Affaire Sugaya" ou l'enquête exclusive qui rendit la liberté à un innocent.

Japon, Tokyo, 2007.

Un homme d’une bonne cinquantaine d’années sort de prison sous les flashs des photographes et les questions des reporters avides. Il avance vers un van grand ouvert dans lequel il monte. Un journaliste souriant lui tend immédiatement la main, lui répétant qu’il enfin libre. « Alors c’est vous ? » articule Mr Sugaya, reconnaissant Shimizu.

Une longue enquête.

Deux ans auparavant, Kiyoshi Shimizu est reporter pour une chaîne de NTV nationale. Il a obtenu ce poste suite à un reportage digne des meilleures enquêtes policières, bien décidé alors à prouver la culpabilité d’un homme. La victoire remportée, il a été reconnu et tient à présent un poste clé aux actualités. La chaîne entend mobiliser ses équipes sur un nouveau projet baptisé « Action ». Cette émission d’un nouveau genre proposera des reportages sur un même thème durant toute l’année, chaque reportage présentant l’avancement de ses travaux aux téléspectateurs. Tandis que les idées de chaque section se dessinent, Shimizu profite de l’occasion pour lancer un défi : il va revenir sur des cas de meurtres d’enfants non élucidés tous commis dans la même région. Seul le grand patron l’approuve mais Shimizu est libre de choisir qui il veut pour son sujet. Il s’entoure donc de personnes de confiance et leur démontre son idée : les crimes s’échelonnent sur plusieurs années et le plus ancien date de 1975. Pour l’un des meurtres, un homme a été condamné à la prison à vie. Mais si ces crimes sont liés par le même assassin et qu’aucune preuve ne les rattache à celui qui est déjà en prison alors il s’agit d’un innocent. Dès qu’il termine d’exposer ses faits, les quatre professionnels qui l’entourent sont convaincus : ils vont devoir se battre contre le système et prouver non seulement qu’ils détiennent là une affaire de crimes en série mais surtout démontrer qu’une erreur judiciaire épouvantable a été commise.

Quand le manga parle réalité.

Inspiré d’une histoire vraie déjà publiée au Japon sous forme de roman documentaire, « L’affaire Sugaya » démontre que le manga n’a pas à se cantonner dans quelques genres d’histoires et qu’il peut aborder tous les aspects de la littérature sous forme d’images.

Sous un trait réaliste et sobre, les auteurs, Hiroshi Takano et Kenichi Tachibana, exposent, planche après planche l’enquête que mena le journaliste Kiyoshi Shimizu. Bien que devant faire face à la fois aux autorités dont il démontra les lacunes, aux partis pris concernant les preuves ADN, au chagrin des familles endeuillées, l’équipe Shimizu fit montre d’un professionnalisme exemplaire, allant bien au-delà de ce qu’attendait d’eux un reportage. Avec méthode, ils ont démontré la fragilité des preuves incriminant Toshikazu Sugaya qui avait fini par avouer à bout de forces et de mauvais traitements policiers. L’intérêt de cette interprétation en manga est sa pédagogie. Le propos est clair, il est abordable pour un très large public et met en avant les qualités humaines et la vocation du journalisme d’investigation tel qu’il devrait être.

Le travail de Kiyoshi Shimizu a éveillé les consciences de bien des gens, simple spectateurs ou responsables politiques et judiciaires du Japon, appelant même une prise de position d’Amnesty International pour l’obtention de la libération de Toshikazu Sugaya. Plus concrètement, il a remis en lumière les actes d’un tueur d’enfant qui, du fait de la condamnation de Sugaya, restait en liberté.

On ne se perd jamais dans les pages de ce manga, on suit chronologiquement les raisonnements et avancées de l’enquête journalistique dont on note la qualité dès les premières pages.

Un très bon choix de la part des éditions Delcourt qui décidément, savent avoir l’œil sur des titres inclassables, et offrent un petit dossier en fin de tome avec une interview du véritable Sugaya-san par Shimizu-san.

« L’Affaire Sugaya » ne retient aucun cliché, seulement la vérité et permet d’entrevoir les chemins qu’elle peut prendre, usant sans retenue de la bonne volonté de ceux qui la méritent.

Sources : site des éditions Delcourt

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