Le Vertige des Origines - Borderie, Vignac, Yoz

Après une aventure en solo, Michel Borderie s'associe de nouveau à Vignac pour un nouvel album, mais aussi à une troisième plume, celle de Yoz.

Plus sombre que « La Légende de l’Ulster », « Le Vertige des Origines » surprend par le contraste qu’il oppose aux précédents travaux issus de la collaboration entre l’auteur Vignac et l’illustrateur Michel Borderie .

Un récit prometteur.

Si leur premier album contait une histoire au parfum de légende celtique et nordique, Borderie et Vignac ont cette fois-ci décidé de travailler d’après les codes de la mythologie. Sur fond de monde divin, perdu entre ciel et nuages, aux palais érigés sur des cimes invisibles pour l’œil des mortels, une lutte de pouvoir s’engage. Entre le roi des dieux et ses princes, gardiens de la suprématie divine, l’entente vacille. Clérion écoute les reproches des princes ambitieux menés par Fedjin, il écoute mais refuse leurs doléances avec violence. Néanmoins, tel Ouranos subissant l’ambition de son fils Zeus, il doit endurer la trahison de son fils Eschiolan qui ne lui apporte aucun soutien. Pire : il affirme que le temps des dieux touche à sa fin, que les hommes seront bientôt libres des entraves imposées et qu’abandonné ainsi, le règne des dieux sombrera. Furieux, Clérion bannit Eschiolan en déployant toute sa magie. Mais dans l’ombre, son autre enfant, Alménia, a déjà décidé de retrouver et de soutenir son frère dans son combat. Vous l’aurez compris, ce tome du « Vertige des Origines » n’est qu’un premier volet d’une aventure qui promet des combats à grands renforts de magie et de trahisons. Ce fil conducteur que l’on retrouve dans les mythologies antiques, celui d’un combat à mort entre générations avec pour point de mire un désir ardent de pouvoir sur les croyances et la piété humaines est une source d’inspiration pour ce récit. Mieux encore, il déploie un axe suivant lequel un dieu défendrait la cause des humains, leur liberté et surtout leur autonomie vis-à-vis des divinités. Associé à un monde proche de la fantasy, le résultat est plus que séduisant et appel à l’impatience de lire la suite.

Une mise en image contrastée.

Pour servir cette histoire de conflits entre puissants, oscillant entre lumière divine et noirs desseins, quoi de mieux que l’association de talents graphiques. Michel Borderie et de Yoz se sont répartis la tâche d’illustrer le « Vertige des Origines ». Borderie a mis en image le monde des dieux, l’Empyrée, jouant entre lumière éclatante, paysages grandioses, personnages charismatiques, créatures insolites et inquiétantes, magie sournoise et dangereuse… Sur trois des quatre chapitres, son trait alterne les pleines pages oniriques faites de ciels et d’architectures palatiales élancées telles des cathédrales gothiques avec les portraits des protagonistes. Sévères, grandioses pour mieux exprimer leur puissance sur toute chose, Clérion, Eschiolan et les princes se drapent dans des étoffes et des armures précieuses, stylisées. Les dessins en pied des princes travaillés en négatif, tout d’encre noire face à des serpents avides de sang, accentuent encore l’impression qu’au sein du domaine divin de l’Empyrée, si tout est baigné d’une douce lumière, l’ombre grandit dans les cœurs et les intentions. En plein milieu du débat opposant Eschiolan à ses semblables, le chapitre trois est tranchant. Œuvre de Yoz , il raconte une histoire, un argument de Clérion ou comment les hommes, plus que toute créature vivante, ne seraient pas en mesure de survivre seuls sans l’aide des dieux. L’histoire contée rappelle que dans l’endroit le plus sombre de la Terre, domaine des hommes, des créatures prisonnières de la cruauté d’êtres plus forts qu’elles, trouvèrent la volonté de changer leur destin. Cette partie se veut particulièrement obscure dans le texte comme dans l’image et le trait de Yoz s’y prête à merveille. A la lumière de l’Empyrée succède donc brutalement le noir, le brun, le vert et le bleu d’une nuit sans fin et des entités pour le moins monstrueuses. Cette noirceur s’étale sur les doubles pages pour mieux illustrer l’espoir qu’apporte la conclusion de cet épisode. Même au plus profond du désespoir, la volonté d’un être peu le vouer à conquérir sa liberté, sa propre lumière.

Porté par une narration subtile et un visuel enivrant, « Le Vertige des Origines » peut être qualifié de roman graphique de Dark Fantasy mais il se laisse surtout apprécié par son audace. L’alliance des thèmes et des auteurs appelle une suite pleine de surprises !

Le Vertige des Origines - éditions Spootnik Acrcantès

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