Michel Borderie, un illustrateur conquérant du fantastique

Les bons éditeurs français de fantasy et de science fiction sont rares mais Michel Borderie a séduit, pas à pas, installant son style et sa patte.
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Autodidacte passionné, fan de Frank Frazetta, Michel Borderie s’est lancé à corps perdu dans le dessin et l’illustration, quittant un avenir confortable de prothésiste dentaire pour courir les éditeurs avec ses travaux sous le bras. Et oui, né en Corrèze en 1962, il était certain que les études longues n’étaient pas faites pour lui. Mais dans les années 1970, difficile d’avoir une vision claire et détaillée des débouchés artistiques, même quand on crayonne depuis toujours.

Le premier déclic fut sans doute l’avis encourageant d’un professeur de son école de prothésiste. Mais Michel a tout de même poussé jusqu’au diplôme, sachant quelque part que son avenir était ailleurs.

Dans les années 1980, le paysage éditorial de la SF, et plus encore de la Fantasy, était réduit aux classiques aussi Michel a-t-il fait un peu de tout, frappant aux portes des éditeurs tels que Fleuve Noir, Denoël, Albin Michel, Folio SF, illustrant un peu de SF mais aussi du polar, du roman historique, des guides touristiques… Le temps a fait son œuvre, permettant à l’artiste de travailler son style bien que les années de galère se soient prolongées quand Michel Borderie a décidé d’imposer son travail dans le domaine du fantastique.

L’engouement français pour des auteurs outre-Atlantique a heureusement donné une claque dans le dos des éditeurs qui ont enfin parié sur cette littérature trop longtemps mal considérée sous nos cieux littéraires attachés à leurs codes classiques. En 2001, Michel Borderie a obtenu le Prix du public Visions du Futur, soit une reconnaissance sincère et absolue de ceux pour lesquels l’artiste travaille en premier lieu. Démarre alors une nouvelle phase dans sa carrière et des opportunités lui sourient. Il participe à bon nombre d'expositions collectives et privées, il est présent à partir de 2007 sur bon nombre de festivals sur le stand Colexia qui vend des reproductions d'illustrations d'artistes de l'imaginaire, pour rencontrer son public dans les salons et présenter son travail aux fans du genre.

Un artiste accessible.

C’est dans ces instants, alors que l’on peut rencontrer Michel, que l’on découvre un homme ouvert, aimant parler de son travail, de ses sources d’inspiration, d’une disponibilité incroyable. Il répond sans fard aux questions, ne reniant rien de son parcours, reconnaissant ses écueils, prenant tout son temps pour une dédicace illustrée, heureux simplement de faire plaisir.

C’est d’ailleurs grâce à une rencontre de ce genre que j’ai eu la chance de pouvoir lui poser ensuite quelques questions à seule fin de rédiger cet article.

C : D'après ton blog et ce que j'ai vu et lu, tu travailles au crayonné et en palette graphique... Mais j'ai aussi lu que tu avais travaillé l'huile.

MB : J'ai travaillé longtemps à la gouache sur papier et je suis passé à l'acrylique vers 1997. (je n'ai jamais travaillé à l'huile.)

C : Oups… Navée de la confusion. Pour les illustrations de couvertures de romans, quelles sont les étapes de ton travail ?

MB : Je réalise un rough (une esquisse) en gamme de gris sur Photoshop et j'en discute ensuite avec le directeur artistique ou le directeur de collection de la maison d'édition et aussi, quand l'éditeur le propose, avec l'auteur du roman. Une fois d'accord je passe à la réalisation finale de l'illustration. Pour les Editions Asgard par exemple, je m'occupe aussi du choix de typographie du titre, du nom de l'auteur et de sa maquette. Ce qui me permet de gérer le visuel de la co uverture dans son ensemble.

C : Tu préfères quel type d'outil pour la couleur ?

MB : Je peins une illustration, que ca soit en traditionnel ou en numérique c'est le même travail de volume, de lumière etc... La tablette graphique et Photoshop (ou Painter etc... pour d'autres) permet de travailler plus rapidement que le traditionnel et permet aussi d'évoluer plus vite dans son travail. Depuis que j'ai commencé à travailler en numérique vers 2004, je n'ai plus touché un pinceau traditionnel... mais je continue à dessiner au crayon sur papier lorsque je dois publier un dessin dans ce style, comme dans mes romans graphiques par exemple.

C : Pour tes deux romans graphiques (« Légende de l’Ulster », « Le grimoire de Korylfand »), il y a eu beaucoup de variantes : mise en page avec travail sur le fond, les crayonnés, les couleurs... Qu'est-ce qui a posé le plus de problème ? Le plus gros challenge ?

MB : Dans « Légende de l'Ulster », je défrichais des terres totalement inconnues pour moi, mais je n'ai pas rencontré vraiment de difficultés si ce n'est arriver à placer tout le texte dans les 72 pages... Maintenant, j'ai eu le temps d'analyser le travail final sur cet album avant de commencer « Le Grimoire de Korylfand ». J'ai donc choisi de réaliser mes nouveaux albums avec moins de texte de façon à mettre plus en avant les illustrations.

C : Comment as-tu été reconnu dans la profession au départ, tu allais chez les éditeurs avec ton carton à dessins sous le bras ? C'était comment ?

MB : Oui, c'était en 87 et je prenais un rendez-vous téléphonique et voyais ensuite la personne concernée avec mes originaux sous le bras. Maintenant, tout ce fait par email... c'est plus rapide mais ça n'a pas rendu les choses plus simples pour avoir une réponse ou un contact avec un éditeur car ils sont beaucoup plus sollicités. Je continue de penser que le contact "physique" avec un éditeur est important tout comme il l'est aussi avec les lecteurs et amateurs d'illustrations.

Les projets sont devenus des œuvres de grande qualité scénaristique et graphique. En 2005, « Pern d’Ambre » est le premier ouvrage pour lequel Michel a expérimenté la tablette graphique et le challenge d’illustrer chaque page puisque c’est une BD (scénario de Patrick Mercadal, paru chez Clair de Lune). Fort de cette nouvelle expérience, il a ensuite travaillé sur un autre album, « Légende de l’Ulster » (édité par Eons Productions en 2006), un roman graphique scénarisé par Vignac. A côté de cela, d’autres commandes ont participé à élargir encore son public telle que la réalisation de l’affiche des 3e rencontres de l’imaginaire de Sèvres et celle des Imaginales 2008. Parallèlement, la galerie Bailli d'Epinal lui a d'ailleurs consacré une exposition. Après un nouveau roman graphique, « Le grimoire de Korylfand » (éditions Spootnik www.spootnik-editions.com/ ), plébiscité par les critiques et nominé pour le Prix Imaginales 2011 dans la catégorie Prix Spécial du Jury, Michel Borderie continue de travailler sur ses propres œuvres complètes tout en illustrant les romans des éditeurs qui cherchent à se tailler une place dans le paysage du fantastique : Asgard, pour qui il a réalisé la quasi totalité des couvertures 2011, Lokomodo www.diffusion-distribution-lokomodo.fr/ , Les Netscripteurs, Rivière Blanche, Black Coat Press…

Il était présent au festival Zone Franche, les Mondes imaginaires les 4, 5 et 6 mars derniers à Bagneux (dont il a réalisé l'affiche en 2010) et sera en dédicace au Comic Con' du 1er au 3 juillet 2011au Parc des Expositions de Paris Nord Villepinte sur le stand WIP Agency. Il a réalisé l'affiche du festival "les Fantasiales 2011" http://lesfantasiales.blogspot.com/ où il sera présent en dédicace.

Bonus d'actualité : Michel travaille actuellement sur un nouveau roman graphique dans lequel son ami et talentueux illustrateur Johann "YOZ" Bodin réalisera l'un des trois chapitres sur un texte de Vignac. Création à paraître en 2012.

Toute son actualité est régulièrement mise à jour sur son blog : michelborderie-art.blogspot.com/

Tous mes remerciements à Michel pour sa grande disponibilité et sa gentillesse.

Sources autres : Actusf.com, les éditions Spootnik, Eons éditions www.eons.fr/main.php , Asgard www.editions-asgard.com/ et Netscipteurs www.netscripteurs.com/ pour les images.

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