Xiao Pan : un éditeur français de bande dessinée chinoise

Xiao Pan a misé sur le potentiel créatif des auteurs de BD chinoise, loin des codes établis, il valorise un autre aspect de l'art imagé venu d'Asie.

Et oui, il n’y a pas que la fièvre manga, il existe aussi des admirateurs du manhua, lisez la bande dessinée chinoise. C’est en 2005 que Patrick Abry a sauté le pas. D’abord en co-organisant le premier festival de l’image dessinée française à Pékin afin de favoriser les échanges créatifs entre la Chine et la France puis en fondant sa propre maison d’édition spécialisée.

Un pari de fou ?

C’est ce qu’il a maintes et maintes fois entendu lorsque, à 50 ans, il a créé Xiao Pan, suivant son instinct et sa passion pour la bande dessinée. Patrick Abry travaillait pour une grosse entreprise française et faisait des allers et retours fréquents entre la France et l’Asie. Au hasard de ses rencontres, il a pu partager son goût pour la BD avec bien des chinois qui se plaignaient de l’opacité du marché naitonal. A force de prospecter, l’aventurier français a mis en lumière un marché monopolisé, contrôlé par l’Etat chinois et offrant peu d’opportunités hors des codes imposés.

Qu’à cela ne tienne ! Sans chercher la polémique ou le scandale, Patrick Abry est allé à la rencontre des auteurs qui ne se suffisaient pas de ces règles de conduite ou n’étaient tout bonnement pas publiés. Il a ainsi séduit quelques noms au pinceau fascinant de virtuosité, venus de différentes générations, ayant tous une approche très variée de la vie et des histoires qu’ils souhaitaient raconter.

Un respect digne d’un véritable éditeur.

Patrick Abry a très vite compris que ses auteurs auraient besoin d’être guidés et soutenus s’ils s’aventuraient sur le marché français, quittant un cadre défini et étroit pour un environnement inconnu. Il les accompagne du début à la fin de chaque édition, il est leur interlocuteur privilégié pour tout projet, les rémunère mieux qu’ils ne le seraient en Chine, tenant ainsi compte des prix de vente et du marché Français, préfinance leurs œuvres, les considère tels qu’ils sont à savoir des artistes à part entière. En échange, ses auteurs ne rechignent jamais à se présenter au public. Que ce soit lors de journées de dédicaces, d’expositions en Chine ou en France, du salon du Livre ou des évènementiels dédiés à la bande dessinée ou au manga, Xiao Pan est sur tous les fronts avec au moins un auteur en dédicace mais très souvent deux voir trois.

Ce qui retient l’attention de Patrick Abry reste l’identité chinoise qui perdure, sous-jacente mais bien présente, au travers de la bande dessinée qui ne cherche pas à copier le manga. Peu lui importe que les auteurs lui présentent des crayonnés ou des pages pleines de couleurs, ce qui compte reste une bonne histoire, son originalité et sa sensibilité inimitable.

Fer de lance pour les auteurs reconnus ensuite dans leur propre pays.

Bien des auteurs ayant participé dès le début à l’aventure, tels que Benjamin (de son vrai nom Zhang Bin), sont aujourd’hui plébiscités et publiés en Chine où ils ont pu rencontrer leur public. Par un malin tour de passe passe, l’action audacieuse de la maison Xiao Pan a forcé quelque peu l’évolution du marché de l’image dans un pays en pleine mutation. A présent, les adolescents et les jeunes adultes chinois sont en demande des œuvres de leurs compatriotes éditées en France. Le succès de la jeune Ji Di en est la preuve flagrante tant elle a vendu de ses albums en Chine.

Néanmoins, le chemin reste long pour d’autres auteurs dont les œuvres sont en publication exclusive en France. Le superbe album « Le fils du marchand » de Nie Chongrui, inspiré d’un contre traditionnel de Pu Songling, demeure un ovni rejeté par la société chinoise mais que nous pouvons savourer grâce à l’action de Xiao Pan.

Avec les sincères remerciements à Patrick Abry pour la documentation qu’il a généreusement offerte pour illustrer cet article. www.xiaopan.com/francais/

Sources autres : Wikipedia, orient extrême.net.

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