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COLETTE WEINSTEIN

Publié dans : Les articles Loisirs & Sorties de Colette Weinstein

Le romantisme noir, de Goya à Max Ernst

A Paris, le musée d'Orsay accueille dans ses murs, jusqu'au 9 juin 2013, l'exposition "L'Ange du bizarre".

Situé au cœur de Paris, le long de la Seine, face au jardin des Tuileries, le musée a pris place dans l'ancienne gare d'Orsay, un édifice construit pour l'exposition universelle de 1900.

L’exposition proposée jusqu’au au 9 juin 2013, permet de relire et comprendre les sources littéraires et artistiques de l’univers de la fantaisie noire qui continue d’imprégner nombre de films, de jeux vidéo et de créations musicales de notre temps.

Elle fait ressurgir les créations visionnaires de Goya, Füssli, Blake, Delacroix, Hugo, Friedrich, Böcklin, Moreau, Stuck, Ensor, Mucha, Redon, Dali, Ernst, Bellmer, Klee et de nombreux autres artistes et cinéastes.

Présentation de l’exposition

Après une première étape au Städel Museum de Francfort-sur-le Main, le musée d’Orsay accueille dans ses murs l’exposition L’Ange du bizarre, le Romantisme noir, de Goya à Max Ernst réunissant environ 200 œuvres, peintures, dessins, estampes et sculptures, de la fin du XVIIIe siècle jusqu’au début du XXe siècle, mais aussi une douzaine de films datant de l’entre-deux-guerres

Sous le terme de "romantisme noir" forgé par l'écrivain et historien d'art italien Mario Praz (1896-1982), est désigné un vaste pan de la littérature et des arts plastiques qui, à partir des années 1760-1770, met en évidence la part d’ombre, d’irrationnel et d’excès qui se dissimule sous l’apparent triomphe des lumières de la Raison.

A la fin du XVIIIe siècle apparaissent en Angleterre les romans noirs gothiques, qui rencontrent un succès immédiat auprès d’un public attiré par le mystère qui s’en dégage

Tout en étant situés dans le monde contemporain, ils font la part belle au mystère et aux émotions fortes, capables de faire frissonner le lecteur de peur comme de plaisir, explorant les terreurs de chaque humain pour l’inconnu, mais aussi ses penchants sadiques et grotesques.

De Londres à Paris en passant par Madrid et Dresde, peintres, graveurs et sculpteurs multiplient les solutions plastiques pour plonger leurs spectateurs dans les vertiges du terrible et du grotesque, rivalisant avec les poètes, les dramaturges et les romanciers

Goya et Géricault nous confrontent aux atrocités absurdes des guerres et des superstitions de leur temps, Füssli et Delacroix livrent leur interprétation passionnée des lectures de Dante, Milton, Shakespeare et Goethe en donnant corps aux spectres, sorcières et démons qui peuplent ces récits, tandis que C.D. Friedrich et Carl Blechen projettent le spectateur dans des paysages énigmatiques et funèbres.

C’est sur ce terreau européen extrêmement divers et fécond que se développent les ramifications sombres du symbolisme à partir des années 1880.

Constatant la vanité et l’ambiguïté de la notion de progrès, maints artistes se tournent vers les mondes occultes, raniment les mythes et exploitent les nouvelles découvertes sur les rêves.

À la suite des contes fantastiques d’Edgar Poe, Charles Baudelaire, Théophile Gautier et Villiers de L’Isle-Adam, ils posent volontairement les questions gênantes qui confrontent l’homme à ses terreurs ancestrales et ses contradictions : la sauvagerie et la perversité cachée en tout être humain, le risque de dégénérescence collective, l’étrangeté angoissante du quotidien faussement rassurant.

En pleine époque de seconde révolution industrielle, les hordes fantastiques et bruyantes de sorcières, squelettes ricanant, démons informes, Satans lubriques, Méduses et autres Sphinx qui, loin de signifier un repli obscurantiste sur le passé, traduisent un désenchantement lucide, provocant et festif face au présent et affirment le désir de liberté créatrice face aux carcans de la bienséance bourgeoise.

Le romantisme noir reprend une nouvelle vigueur lorsque l’Europe s’éveille du cauchemar de la Première guerre mondiale.

Bercés par les fées maléfiques de Goya, du romantisme allemand et du symbolisme, les surréalistes mettent en œuvre les forces motrices de l’inconscient, du rêve et de l’ivresse comme fondement de la création artistique, parachevant le triomphe de l’imaginaire sur le principe de réalité, et ainsi, l’esprit même du romantisme noir.

Tandis que certains artistes tels Khnopff, Spilliaert et Klinger essaient de dissoudre silencieusement la frontière entre réel et rêve, on voit ressurgir chez Ensor, Stuck et Rops.

Au même moment, la magie du cinéma s’empare de Frankenstein, de Faust et des autres chefs-d’œuvre du romantisme noir qui, par des plans filmés inoubliables, s’installe définitivement dans l’imaginaire collectif.

Autour de l'exposition

  • Edition
Catalogue de l'exposition sous la direction de Côme Fabre et Felix Krämer, coédition musée d'Orsay – Hatje Cantz, 304 pages, 289 illustrations, 45 €

Source d’information et renseignements pratiques

  • Musée d'Orsay
  • Accès : entrée par le parvis, 1, rue de la Légion d'Honneur, 75007 Paris
  • www.musee-orsay.fr
  • +33 (0)1 40 49 48 14

À propos de l'auteur

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COLETTE WEINSTEIN

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