"Ai Weiwei : Entrelacs" au Jeu de Paume à Paris

C'est la première grande exposition en France consacrée à l'artiste Ai Weiwei, qui observe l'état du monde et tisse des liens avec ses semblables.

Ai Weiwei (Pékin, 1957) est le fils du poète Ai Qing . Tout à la fois architecte, artiste conceptuel, sculpteur, photographe, blogueur, adepte de Twitter, artiste-intervieweur et critique culturel, c’est un observateur perspicace des enjeux et des problèmes sociétaux d’aujourd’hui, un grand partisan de la communication et des réseaux, et un artiste qui sait introduire de la vie dans l’art et de l’art dans la vie.

Par la richesse de son iconographie, cette exposition présentée du 21 février 2012 au 29 avril 2012, consacrée à Ai Weiwei, tend à montrer la diversité et la complexité du personnage et sa manière d'être constamment en relation avec le monde. D'où cette idée d'entrelacs, des liens qui ne cessent de se tisser par-delà les frontières et les obstacles en tout genre.

Photographies de New York

À partir de 1983 – il a alors vingt-six ans – et jusqu’en 1993, Ai Weiwei vit à New York photographiant quotidiennement le monde qui l’entoure. Il prend des milliers de photographies de lui-même et de ses nombreuses connaissances de la colonie artistique chinoise de New York.

En 1988, toutefois, l’ambiance des photographies d’Ai Weiwei change radicalement : il abandonne progressivement les portraits et les paysages urbains sereins pour s’attacher au côté sombre de la vie citadine : la misère, les sans-abri, mais aussi les manifestations en faveur des droits de l’homme et la brutalité de la répression policière.

En dix ans, il accumule ainsi plus de dix mille photos, qui ne seront développées qu’après son retour à Pékin en 1993.

Photographies de Pékin

Quand Ai Weiwei quitte New York et rentre en Chine en 1993 pour se rapprocher de son père malade, il continue de pratiquer une photographie de type documentaire, saisissant les moindres moments de sa nouvelle vie à Pékin.

Rapidement intégré dans le milieu des artistes d’avant-garde du “East Village” de Pékin, il y joue un rôle majeur en rendant compte de leur travail et devient bientôt le chef de file naturel d’un mouvement qui milite pour la défense de formes d’expressions plus ouvertes et plus libres.

Des photographies inédites, spécialement sélectionnées pour cette exposition, présentent les activités quotidiennes et artistiques d’Ai Weiwei et témoignent de l’évolution de la scène artistique chinoise dans le Pékin du début des années 1990.

Paysages provisoires

En Chine, depuis 1949, l’État est propriétaire de toutes les terres du pays, ce qui lui permet de construire – et aussi de démolir – sur d’immenses étendues, sans être tenu de négocier avec des propriétaires. Avant que ne commence un nouveau chantier apparaissent subitement de vastes terrains vagues.

Là où, peu de temps avant, se trouvaient des hutongs, ces petites ruelles typiques de la Chine traditionnelle, on ne voit plus que débris et gravats. Du jour au lendemain, des siècles d’histoire et de patrimoine culturel sont ainsi détruits pour ouvrir la voie au « progrès ».

Cette série a été réalisée entre 2002 et 2008 dans diverses villes de Chine. Ces paysages sont effectivement "provisoires" : ils marquent la fin de l’ancien temps et annoncent l’avènement des temps nouveaux.

Terminal 3 de l’aéroport de Pékin

En préparation des Jeux olympiques de 2008, Pékin a connu de profonds bouleversements. Pour accueillir les visiteurs qui allaient affluer du monde entier, un nouveau terminal aéroportuaire a été prévu, conçu par Norman Foster, sa construction a commencé en 2004.

À l’époque, Ai Weiwei suivait la construction du stade olympique en qualité de consultant artistique. Pour l’artiste, il était très important de témoigner de l’évolution du chantier, car, dans son optique, une œuvre architecturale n’est pas seulement un résultat ; c’est aussi un combat, un processus et la réalisation d’une idée du début à la fin.

Le nid d’oiseau

À cause de la disposition apparemment aléatoire des nombreux piliers qui constituent son enceinte, ce stade a reçu le surnom de "Nid d’oiseau", ce qui peut être interprété comme un compliment puisque le nid d’oiseau est en Chine un mets délicat que l’on ne mange que dans des occasions spéciales.

À l’approche de l’ouverture des Jeux, l’artiste qui reprochait au gouvernement chinois d’utiliser l’événement à des fins de propagande, prit ses distances par rapport au projet, mais, lorsqu’on lui demanda pourquoi il y avait participé, il répondit simplement qu’il aimait créer.

Portraits de conte de fées

En 2007, Ai Weiwei est invité à participer à la Documenta 12 , l’une des plus importantes expositions d’art moderne et contemporain au monde, qui se tient tous les cinq ans à Cassel, en Allemagne.

Pour ce projet, Ai Weiwei a recruté des concitoyens de toutes conditions, originaires de plus d’une vingtaine de provinces : ouvriers, agriculteurs, membres de minorités, gendarmes, gardiens de prison, artistes, étudiants, enseignants, etc.

Photographies au téléphone portable

Depuis la fermeture de son blog en 2009, Ai Weiwei utilise Twitter comme plate-forme de communication en ligne. L’artiste prend souvent des photos avec son téléphone portable qu’il transfère immédiatement sur sa page Twitter.

La communication est instantanée, et les adeptes du Net peuvent suivre ce qui se passe en temps réel. Cette immédiateté est intéressante, notamment dans la sphère médiatique chinoise, très surveillée et censurée. Ces photographies illustrent l’étendue des activités d’Ai Weiwei, comme artiste et comme défenseur engagé de la liberté d’expression.

Informations pratiques

Jeu de Paume

1, place de la Concorde - 75008 Paris

01 47 03 12 50

Sources d’informations

Site officiel : www.jeudepaume.org

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