"Fantin-Latour, Manet, Baudelaire : L'hommage à Delacroix"

L'exposition présentée à Paris jusqu'au 19 mars 2012, retrace l'aventure de la toile peinte par Fantin-Latour : sa conception, les élus et les exclus.
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Le titre de la toile de Fantin-Latour, Hommage à Delacroix , est celui choisi pour l’exposition présentée par le Musée national Eugène-Delacroix jusqu’au 19 mars 2012. Il s’agit d’une "huile sur toile" peinte en 1864, de dimensions : 160 cm × 250 cm, elle est conservée à Paris au musée d’Orsay (cliquez sur le visuel joint au bas de cet article).

Si 1863 est l’année du scandale du Déjeuner sur l’herbe de Manet au Salon des Refusés, c’est aussi celle de la mort d’Eugène Delacroix dans son appartement de la place de Fürstenberg.

Choqué par la tiédeur des hommages officiels rendus à l’artiste lors de sa disparition, Fantin-Latour, encouragé par Manet et Baudelaire, se lançe dans la réalisation de son fameux Hommage à Delacroix pour le Salon suivant.

Le musée Eugène-Delacroix

C’est grâce à l’action d’un groupe de peintres, de collectionneurs et d’historiens de l’art que la dernière demeure d’Eugène Delacroix (1798-1863) dut d’être sauvée et transformée en un musée dans les années 1930. S’il n’est rattaché au Louvre que depuis 2004, le musée Delacroix présente des collections parfaitement complémentaires de sa maison-mère.

Tandis que les grandes toiles-manifestes de l’artiste trônent dans les salles Mollien au Louvre, l’appartement de Delacroix offre un cadre intime à ses souvenirs et portraits familiaux tandis que son ancien atelier présente notamment des esquisses qui illustrent sa pratique de la peinture.

L’exposition du Musée national Eugène-Delacroix, retrace l’aventure de la toilede Fantin-Latour, sa conception, les variantes, les élus et les exclus parmi les figurants. Elle relate la fraternité artistique à travers les œuvres croisées des artistes en présence et celles qui les rattachent à l’héritage de Delacroix.

Fantin-Latour, Manet, Baudelaire : l’Hommage à Delacroix

La réalisation de l' Hommage à Delacroix est une toile-manifeste qui rassemblait une nouvelle génération d’artistes novateurs et de critiques, comme Baudelaire et Champfleury, autour de l’austère effigie du maître disparu.

Manet, Whistler, Legros et les autres n’étaient pourtant pas des disciples fidèles, mais en se plaçant sous son égide, ils revendiquaient une même liberté artistique face aux conventions.

Grâce aux prêts exceptionnels du musée d’Orsay et de nombre d’institutions françaises et étrangères, l’exposition retrace l’aventure de cette toile, sa conception et sa postérité, jusqu’à l’hommage officiel finalement confié au sculpteur Jules Dalou, dont le monument à Delacroix fut érigé dans les jardins du Luxembourg en 1890.

Delacroix et les Modernes

L’effet imposant de l’Hommage à Delacroix , hérité des grands portraits de corporations de l’ancienne Hollande, a fait oublier le caractère paradoxal du tableau.

La toile de Fantin-Latour, sans cesse reproduite, est devenue la preuve de la filiation directe entre Delacroix et les Impressionnistes, masquant, dans les faits, le peu d’estime du maître pour les débuts de ses jeunes confrères. Quelle était la légitimité de ces dix hommes à se mettre ainsi en avant en se déclarant ses héritiers ?

Son coloris flamboyant et la liberté de sa touche semblent justifier cet ascendant de Delacroix sur les futurs Impressionnistes, sentiment renforcé par certaines études atmosphériques, marines ou ciels, où il explora avec hardiesse, dans les années 1850, les effets d’ombres colorées.

Fantin-Latour et les siens

Henri Fantin-Latour (1836-1904) était un silencieux. Fils d’un portraitiste grenoblois, il fréquente les Beaux-Arts puis l’atelier de Courbet. Mais c’est au Louvre, au contact des maîtres du passé, qu’il apprend son métier, multipliant les copies qui lui fournirent aussi ses premiers revenus.

L’ Hommage à Delacroix est le premier de ses coups d’éclat, avant d’autres portraits collectifs qui scandèrent la carrière – pourtant essentiellement solitaire – d’un maître de l’austérité perdu dans une ville de lumières.

La fabrique de l’Hommage

Les circonstances sont connues : rentrant avec Manet et Baudelaire de l’enterrement de Delacroix au cimetière du Père-Lachaise, Fantin-Latour, indigné comme eux du manque de solennité de la cérémonie, se lança, avec les encouragements de ses amis, dans une grande toile en hommage au défunt.

Avec Manet, Cordier, Bracquemond et Balleroy, la toile réunit sept artistes, tous debout à part Fantin et trois critiques, Duranty, Champfleury et Baudelaire représentés assis, équitablement répartis de part et d’autre du portrait du maître. Le portrait de Delacroix n’est pas sur un chevalet, mais accroché à la paroi d’un salon. Seul Fantin se distingue par sa blouse de peintre et sa palette.

Autour de l’exposition

Dans le cadre de l’exposition, récital de la pianiste Alice Ader autour des compositeurs du temps, dans l’atelier de Delacroix. Œuvres de Johannes Brahms, Gabriel Fauré, César Franck, Déodat de Séverac, Claude Debussy, Emmanuel Chabrier.

Vendredi 10 février 2012 à 20 h, ouverture des portes dès 19 h 30

Renseignements pratiques

  • Musée national Eugène-Delacroix
  • 6, rue de Fürstenberg - 75006 Paris
  • 01 44 41 86 50
  • Gratuit tous le 1er dimanche de chaque mois.

Sources d’information

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