"Histoires" : exposition de Michal Rovner au musée du Louvre

Artiste israélienne, Michal Rovner, marquée par les conflits du Moyen-Orient, développe une œuvre sur l'archéologie, la mémoire et le territoire.

Michal Rovner est née en 1957, en Israël. Elle explore les thèmes des frontières physiques et psychologiques, à travers un travail mêlant la sculpture, la vidéo et la photographie.

Une exposition est proposée par le musée du Louvre, jusqu’au 15 août 2011 dans les fossés médiévaux et deux salles du département des Antiquités orientales du musée, consacrées à la Syrie, à la Jordanie et à la Palestine. Cette exposition s’étend jusqu’au 24 octobre 2011, dans la cour Napoléon.

L’œuvre de Michal Rovner a une portée universelle; l’artiste interroge l’archéologie, le passé et le présent du Moyen-Orient, la construction et la destruction des vestiges. Au Louvre, où les civilisations se rencontrent, les œuvres de Michal Rovner se chargent d’une résonnance qui dépasse les enjeux brûlants de l’actualité.

Michal Rovner et l’Histoire

Le musée est par excellence le lieu qui convoque l’Histoire, et les histoires. La grande histoire des peuples, des civilisations disparues, mais aussi les histoires individuelles de ceux qui ont laissé leurs traces sur les pierres, qui ont fabriqué ces objets, et enfin l’histoire contemporaine véhiculée par les artistes vivants qui portent un regard actuel sur les collections anciennes et sur la fonction même du musée.

Michal Rovner a choisi d’investir trois lieux symboliques qui définissent pour le Louvre un territoire sans frontières géographiques ou temporelles et qui permettent de rassembler des artisans venus de nations voisines, Israël et la Palestine, pour une construction monumentale, conjuguant les savoirs ancestraux des bâtisseurs.

Les Makoms : deux constructions monumentales en pierre

Présentés sur l’esplanade de la Cour Napoléon, face à la Pyramide créée par l’architecte leoh Ming Pei, sont installés deux édifices intitulés Makom , "espace" en hébreu.

Les deux Makoms, II et IV, l’un construit avec une fente verticale, l’autre à moitié détruit avec une ouverture horizontale, font un contrepoint à la pyramide. Ils sont construits par des maçons israéliens et palestiniens avec des pierres collectées dans les décombres de maisons israéliennes et palestiniennes.

Makom II est construit avec des pierres collectées de Jérusalem, Galilée, Hébron et Bethléem. Malgré leurs différentes tailles, l’artiste décide de ne pas les tailler au même format mais de les assembler de telle sorte qu’elles s’emboitent parfaitement. De ce puzzle assez complexe, résulte un grand cube d’environ 5 m de large par 3 m de haut, percé d’une fenêtre verticale.

En face, le Makom IV, en partie détruit, est une nouvelle réalisation en pierre volcanique sombre venant de la frontière avec la Syrie, marquée d’une large faille sur l’un de ses côtés.

Les projection d’images de Michal Rovner

Dans les collections du département des antiquités orientales, Michal Rovner présente des projections d’images sur des stèles antiques marquées par les craquelures du temps, puis dessine avec un faisceau lumineux la silhouette fragile d’une femme sur un bloc de pierre ou sur des fragments de minéraux venants du désert.

Sur les fossés de pierre du Louvre médiéval, qui constituent les vestiges enfouis du Palais de Charles V, l’artiste projette une image visionnaire du musée, et inscrit des lignes d’écriture indéchiffrable formée d’innombrables silhouettes miniatures.

Les vestiges anciens et les vestiges contemporains, les murs construits et les murs détruits, incitent à une réflexion sur les migrations des objets et des peuples, sur la possible coexistence pacifique des peuples séparés réunis par un travail commun, mais aussi sur la menace de destruction qui pèse sur les édifices fragiles de l’humanité.

L’histoire est une "chaîne ininterrompue de ruptures"

Deux nouvelles constructions se dressent sur l'esplanade de la cour Napoléon à l'entrée du musée du Louvre, non loin des pyramides de verre. En dépit de leurs dimensions modestes, elles ne sont pas écrasées par l'imposante façade, et n’adoptent pas non plus la réserve de l’immigrant venu d'ailleurs, comme elles.

De ces grands édifices émanent la mémoire des existences vécues en leur sein, les échos des batailles livrées alentour. Par-dessus tout, elles évoquent la fragilité de l’être humain, écartelé entre ces différentes forces.

Ces pierres proviennent d’Israël et de Palestine, de lieux aux noms aussi lourds et denses qu’elles mêmes : Jérusalem, la Galilée, Hébron, Haïfa, Naplouse, Bethléem. Des moellons de basalte noir transportés du plateau du Golan, lequel avant d’être conquis par Israël fut syrien, et risque de le redevenir le jour où ces deux nations signeront un traité de paix, ou s'engageront dans une nouvelle guerre. Tout est possible où vivent les hommes.

Rien n’est vraiment figé, éternel, immuable.

Informations pratiques

  • Musée du Louvre - 99, rue de Rivoli - Paris Cedex 01 (France)
  • Informations 33(0)1 40 20 53 17
  • Fax 33(0)1 40 20 84 58
  • E-mail info@louvre.fr
  • Site Web www.louvre.fr

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