"Mascarades et Carnavals" au musée Dapper, à Paris

Cette exposition est l'occasion de réunir jusqu'au 15 juillet 2012, pour la première fois, œuvres traditionnelles d'Afrique et créations des Caraïbes.

Les sorties de masques dans les sociétés africaines, les marches en rythme des carnavaliers aux Antilles et en Guyane sont toujours accompagnés de musique, et constituent des moments forts de la vie des populations.

Mais quels sont les liens entre les masques de l’Afrique subsaharienne et les productions carnavalesques des sociétés caribéennes ? Ces dernières ont hérité, entre autres, de croyances et de pratiques propres aux esclaves venus principalement du Bénin (ex-Dahomey), du Nigeria et de l’ancien royaume de Kongo .

Le masque est l’un des principaux instruments d’éducation. Son rôle est aussi de divertir femmes et enfants. Son esthétique est marquée par les messages qu’il doit transmettre à ceux qui sont autorisés à le voir et à le regarder.

Afrique subsaharienne : présences animales dans les masques

De tous les appendices qui ornent les masques de l’Afrique subsaharienne, les cornes sont les plus fréquemment représentées. Elles peuvent évoquer de façon évidente ou allusive l’antilope, gibier abondant et très prisé dans maintes régions.

Mais en général, l’identification des cornes à telle ou telle espèce n’est pas évidente, car le sculpteur ne cherche pas à représenter un animal précis, mais s’attache bien plus à suggérer des associations entre l’être humain et des entités surnaturelles. Chasseurs, rois, chefs, officiants des cultes ainsi que membres de clans ayant les mêmes obligations totémiques sont liés à un animal particulier.

Les hommes se plaisent à emprunter aux espèces peuplant leur environnement des traits de caractère considérés comme exemplaires : la ruse, la force ou la combativité, par exemple. Poils, plumes, griffes et dents font partie d’amulettes souvent portées à même la peau ou venant s’intégrer aux costumes.

En République démocratique du Congo : fabriquer des guerriers

Les masques intervenaient autrefois aux moments clés de l’initiation des garçons âgés de sept à quinze ans. Pendant près d’un an, ils étaient formés aux techniques de chasse et à l’utilisation des armes pour les combats.

Les épreuves infligées aux garçons servaient à les endurcir contre les souffrances physiques et la peur afin qu’ils deviennent des guerriers invincibles et terrifiants. L’attribution d’un masque particulier dépendait de la progression de chaque individu dans son parcours initiatique.

L’objet prenait place dans une hiérarchie fortement structurée, et son apparence était très codifiée. L’un des masques les plus importants était porté uniquement par les hommes ayant abattu un ennemi dans des conditions cruelles ; il est totalement fait de fibres sombres. L’intronisation d’un nouveau roi et la fabrication de son masque sont des processus conjoints.

De l’Afrique aux Caraïbes : une initiation virile

Dans le sud du Sénégal, l’initiation traditionnelle a lieu environ tous les vingt ans. Au cours de leur retraite, les initiés apprennent une langue secrète et reçoivent des informations sur la vie sexuelle, les traditions et les règles de comportement.

Le jour de leur sortie, quand les adolescents rentrent au village, certains d’entre eux portent un masque impressionnant. La tête est constituée d’une structure en vannerie surmontée de véritables cornes de bœuf, et le costume de fibres de raphia dissimule le corps du danseur.

Nigeria / Bénin : honorer les ancêtres

Pour cette civilisation le monde est composé des vivants, des humains décédés et de ceux qui sont encore à naître. Parmi les morts qui se manifestent aux êtres restés en vie, seuls ceux qui se sont distingués par de hauts faits ou par leur comportement social accèdent au rang d’ancêtres.

Signifiant, entre autres, "mascarade"ou "pouvoirs cachés", le terme " egungun " désigne, par ailleurs, les masques créés pour célébrer des ancêtres. Leur apparition, qui mobilise une large communauté, constitue une performance exceptionnelle.

L’efficacité de la mascarade provient non seulement des couleurs vives des costumes, des amulettes fixées sur le tissu, mais aussi de quelques autres facteurs : les louanges chantées qui stimulent le masque, l’énergie de la danse, la foule en liesse, le battement des tambours…

Informations pratiques

  • Musée Dapper
  • 35 bis, rue Paul Valéry – 75116 Paris
  • Tél. : 01 45 00 91 75
  • E-mail : dapper@dapper.com.fr
  • Autour de l’exposition : Visites guidées, rencontres-débats et projections de films...
  • Toute l’actualité sur le site : www.dapper.com.fr

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