"Paul Klee Polyphonies", une exposition au Musée de la musique

Jusqu'au 15 janvier 2012, est proposé à Paris un voyage dans l'univers musical et pictural du peintre allemand, de la fin du XIXe siècle à 1940.

Si le peintre Paul Klee (1879-1940) figure aujourd’hui parmi les plus grands artistes du XXe siècle, ses liens avec l’art musical sont avérés et connus : né dans une famille de musiciens, pratiquant le violon dès l’âge de sept ans, il fréquente salles de concerts et opéras dès son enfance.

L’exposition montre combien l’œuvre de Paul Klee est plurielle : si la conquête de la couleur et de l’abstraction, donc de la forme pure, fait partie de l’évolution centrale du peintre, il ne cesse de dessiner ; il s’intéresse aussi à la poésie, qu’il intègre dans certaines toiles, au théâtre et à toute représentation scénique.

Concept musical, la polyphonie (au même titre que l’harmonie, par exemple) est aussi un outil formel que Klee tentera d’appliquer en peinture.

Présentation de l’exposition "Paul Klee Polyphonies"

Rassemblant plus de 130 œuvres, plus de 70 documents et un parcours sonore qui apporte un éclairage inédit sur la culture musicale de l’artiste, Paul Klee Polyphonies est la première exposition de cette envergure consacrée au peintre suisse depuis 1985, à Paris.

Elle offre de redécouvrir et de relire une figure singulière de la modernité, irréductible aux schémas habituels de l’histoire de l’art qui opposent habituellement dans la première moitié du XXe siècle, figuration et abstraction.

Des prêts exceptionnels, où voisinent chefs-d’œuvre et pièces peu connues, donnent une image renouvelée de l’étendue de la production artistique du peintre suisse.

Parcours de l’exposition

L’originalité de P aul Klee Polyphonies tient au fait qu’un parcours musical accompagne le visiteur, visant non pas à illustrer les œuvres plastiques, mais au contraire à rentrer plus avant dans l’univers sonore du peintre.

Les documents présentés en vitrine reflètent cette vie musicale de Klee et servent de points d’appuis aux écoutes par le biais d’un audioguide, donnant à découvrir les œuvres qu’il a jouées ou écoutées. Quelques films expérimentaux de l’époque, connus de Paul Klee, et un documentaire retraçant les grandes lignes de son œuvre, complètent la partie audiovisuelle de l’exposition.

Première période (1898 à 1910) : de musique en peinture

C’est dans l’art de la gravure que le jeune Klee affirme son aspiration artistique, partagée entre les grands modèles de la Renaissance germanique et le dessin satirique. Il est alors violoniste d’orchestre et entretient une activité de critique musical, principalement tournée vers la musique des XVIIIe et XIXe siècles et l’opéra.

Sa pratique de la musique de chambre, notamment avec sa compagne Lily, pianiste, est intense et explore le grand répertoire classique, de Mozart à Schumann, de Beethoven à Dvorák. L’opéra le passionne : Mozart toujours, mais aussi Wagner ou Debussy.

Deuxième période (1911 à 1915) : expressionnisme et couleur

Dans ce que Klee définit lui-même comme une « conquête » de la couleur, les années 1911-1915 sont décisives : il rencontre le groupe munichois Der Blaue Reiter ("Le Cavalier Bleu"), découvre la peinture de Robert Delaunay et entend la musique de Schönberg.

L’artiste s’attaque au projet d’une construction « polyphonique » de la couleur. Son voyage en Tunisie, en 1914, est une révélation.

Troisième période (1916 à 1920) : p oint d’origine de la Création

Les investigations de Klee poursuivent un projet d’abstraction, pensé comme un processus qui s’opère à partir de la nature, du paysage, où l’image tend à devenir un "champ de signes", telle une partition.

Les œuvres de cette période présentent une parenté avec les expériences poétiques développées par le groupe de Dada Zurich. À cette époque, Klee rencontre l’univers du compositeur et pianiste Ferruccio Busoni, défenseur d’un "nouveau classicisme", qui le marquera durablement.

Quatrième période (1921 à 1929) : musique et théâtre au Bauhaus

En 1920, Klee est appelé au Bauhaus de Weimar . Là, il approfondit ses recherches sur la transposition des principes de l’écriture musicale en peinture. Au Bauhaus, Klee rencontre les compositeurs Igor Stravinski, Béla Bartók, Paul Hindemith, ainsi que Stefan Wolpe et Erwin Schulhoff.

Il s’intéresse aux instruments de musique mécanique et à la radio. Le modèle musical est aussi mis en image au travers de personnages comiques empruntés à l’opéra et au théâtre. À cette période, il réalise un petit théâtre de marionnettes pour son fils Felix, s’inspirant de certaines figures du Bauhaus.

Cinquième période (1930 à 1937) : recherches dans le domaine de l’art

Lorsqu’il quitte le Bauhaus pour l’Académie de Düsseldorf, en 1930, Klee entreprend de manière plus suivie la pratique de l’huile sur toile. Ses compositions, plus amples et aérées, cherchent à détailler un nouveau langage "polyphonique", à travers des techniques variées.

Le rythme, la battue, la mesure et le mode font également l’objet de transpositions imaginatives qui mêlent rigueur théorique et libre "respiration" organique de l’œuvre. Mozart et Haydn réapparaissent comme les modèles absolus d’un art constructif, qui se veut intemporel par-delà sa modernité.

Sixième période (1933 à 1940) : une musique sans auditeurs

Peu après l’arrivée d’Hitler au pouvoir, Klee est renvoyé de l’Académie de Düsseldorf. Il retourne à Berne, où il demeure jusqu’à sa mort en 1940. Dès 1935, les symptômes d’une sclérodermie se déclarent, qui obligent l’artiste à renoncer à sa pratique du violon, tandis que son trait se détend, évoluant vers une schématisation elliptique, condensée.

Dans la série "Eidola", dessinée en 1940, Klee déploie une multitude de musiciens fantomatiques, image d’un artiste interprète qui fait corps avec son instrument.

Informations pratiques

  • Musée de la musique - Cité de la musique
  • 221 avenue Jean-Jaurès - 75019 Paris
  • Renseignements • Réservation : 01 44 84 44 84
  • Sources : www.citedelamusique.fr

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