Le rôle du management dans le harcèlement moral au travail

La direction d'entreprise, organisatrice du travail et du fait de son pouvoir disciplinaire, peut installer facilement un harcèlement moral en entreprise.

Prohibé par la loi , le harcèlement moral fait partie des risques psychosociaux que l'employeur doit prévenir pour assurer la sécurité et la santé des personnes au travail. La direction de l'entreprise dans son rôle d'organisateur du travail, de direction et de sanction est partie prenante dans l'installation des phénomènes de harcèlement moral. Comment l'employeur peut-il détourner ses prérogatives et harceler moralement des victimes individuelles ou collectives ?

Une place privilégiée pour commettre des violences psychologiques directes

Lorsque le dirigeant commet des agressions psychologiques directes , il a accès aux éléments concernant la vie privée des personnes. Il lui est facile d'humilier ou de rabaisser une personne, en public ou en privé, sa fonction lui garantissant une certaine déférence de la part des salariés, si ce n'est une impunité totale.

Il est dépositaire du pouvoir disciplinaire. Sa capacité d'appliquer des sanctions, du simple avertissement au licenciement, est un levier puissant pour entretenir la peur. Il a connaissance des éléments de la vie de l'entreprise, ce qui lui permet de manipuler la réalité pour entretenir un état de confusion chez les victimes : annonces de difficultés budgétaires, rumeurs de licenciement, manipulation des chiffres et des résultats, etc.

Dans son rôle d'évaluation du travail de la personne, il peut facilement utiliser cet exercice pour attaquer l'identité et le narcissisme des personnes. Il peut attaquer les qualifications, les résultats de travail et déstabiliser l'employé en mettant son jugement destructeur sur le compte d'une évaluation rationnelle.

Une place de choix pour commettre des agressions psychologiques indirectes

Sa fonction lui permet de réaliser en toute impunité, les violences indirectes : les agressions par omission, les agressions détournées et les agressions matérielles. Son accès privilégié à la vie privée des personnes lui permet d'utiliser les éléments dont il a connaissance à des fins de destruction. De plus, sa fonction lui permet de bénéficier d'un a priori positif et de la confiance de l'équipe, au moins dans un premier temps. Il lui est donc facile d'utiliser d'autres membres du personnel pour participer à ces agressions.

Par sa fonction d'autorité, il représente symboliquement la Loi au sein de l'entreprise. Le harcèlement par la hiérarchie constitue donc une double violence : une violence réalisée par une personne et une violence réalisée par un représentant de la loi. Il est facile d'envisager les effets extrèmement destructeurs du harcèlement quand la personne s'adresse à la justice hors de l'entreprise et que celle-ci se montre défaillante dans les cas avérés de harcèlement par la direction.

Le harcèlement moral comme technique de management

La place de direction du management est une position privilégiée pour mettre en place un harcèlement moral en direction d'une ou plusieurs personnes. L'arrêt de la cour de Cassation du 26 novembre 2009 a reconnu que le harcèlement moral utilisé comme méthode de management restait du harcèlement moral. La loi sur le harcèlement moral au travail et l'accord du 26 mars 2010 sur la violence et le harcèlement moral au travail se présentent comme des tentatives pour éliminer le harcèlement moral sur le lieu du travail et dans les entreprises. Aujourd'hui, en mars 2011, rien n'est prévu en terme de sanctions spécifiques, à l'encontre des managers et des cadres dirigeants qui utilisent, leur place privilégiée pour commettre le harcèlement moral envers une ou plusieurs personnes dans l'entreprise.

Dans la lutte contre la violence, la loi contre les violences conjugales considère comme un fait aggravant, les violences réalisées par le conjoint ou le partenaire privilégié. Il semble logique de penser que la prochaine étape d'une véritable lutte contre les violences psychologiques en entreprise, soit de considérer comme aggravant l'abus de la position de direction ou de management pour mettre en place un harcèlement moral.

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