Le travail : lieu de stress ou de réalisation de soi ?

Avoir un emploi devrait être source de bien-être et de plaisir. L'actualité, les faits, l'étymologie du travail questionnent cette présentation idéalisée.
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Face à la montée des suicides liés au travail, du stress et des "risques psychosociaux", les entreprises sont sommées de préserver la santé au travail et de favoriser le bien-être de leurs salariés. Cette nouvelle injonction semble proposer une amélioration et confirme l'idée que le travailleur devrait s'épanouir au travail et s'y réaliser.

Le bien-être de ceux qui travaillent : nouveau risque ou véritable menace psychosociale ?

Dans ce qui ce profile de plus en plus comme un business juteux, de nouveaux intermédiaires présentent des services toujours plus "pointus" pour faciliter la vie des salariés et des employeurs. Des conciergeries d'entreprise, en passant par les massages, les crèches interentreprises, le yoga, la relaxation, la créativité commerciale cherche tous les moyens pour soulager les employeurs du stress au travail.

De leur côté, les consultants en gestion ou en prévention du stress et des risques psychosociaux proposent aux entreprises diverses solutions : baromètre de stress, questionnaires, fédération d'intervenants avec charte d'éthique et déontologie et bien sûr des psychologues appelés en renfort ou tout simplement comme alibi. Beaucoup de bruit, d'agitation, mais le malaise persiste. Dans les solutions proposées, force est de constater que le travail est absent. Ceux qui travaillent sont ceux dont on parle.

Et le travail dans tout cela. Voyons ce que dit l'étymologie et l'histoire.

Le travail à l'origine : servitude, contrainte et peine

En ce début de XXIe siècle, "la valeur travail" semble à son apogée et le travail est défini comme le lieu idéal et privilégié de réalisation personnelle. Pour certains, tel Christophe Dejours, psychiatre et psychanalyste français, fondateur de la psychodynamique du travail, le travail est central dans la construction psychique de l'individu. Pourtant, cette vision n'a pas toujours été en vogue.

Dans la Rome antique, indigne des citoyens et des hommes libres, le travail est réservé aux esclaves. Le travail vient du latin tripalium qui signifie "à trois pieux". Il désigne un instrument utilisé pour entraver les animaux et leur procurer des soins. Ce dernier sera aussi utilisé pour immobiliser les condamnés, les châtier et les torturer. Il donnera ensuite le mot tripaliare : torturer sur un tripalium et par suite travailler dont le sens premier est donc : faire souffrir.

Selon la première édition du Dictionnaire de l'Académie française, de 1694, le premier sens de travailler est : « faire une besogne, un ouvrage pénible, prendre quelque fatigue de corps ou d'esprit. » Travailler, c'est donc au départ se donner de la peine.

Les faits divers au travail et l'étymologie de ce terme montre que l'emploi n'est pas toujours exclusivement une source du plaisir. Mais que dit l'histoire ? Confirme-t-elle cette vision du travail ?

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