1972, conférence de Stockholm, premier pas de l'écologie mondiale

Ce sommet mondial innove en matière d'écologie, initiant une coopération internationale et une vision transversale des problèmes environnementaux.
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"Nous ne recevons pas la terre en héritage de nos parents, nous l'empruntons à nos enfants". Cette maxime, tirée d'un proverbe inuit, résonne particulièrement à l'époque actuelle alors que les ressources planétaires s'épuisent et que les écosystèmes se dégradent. Ce constat n'a pas toujours été évident. Il a fallu la conférence de Stockholm en 1972 pour que l'écologie mondiale prenne un autre sens.

La Conférence des Nations unies sur l'environnement humain

En juillet 1968, au Conseil économique et social (ECOSOC), Sverker Astrom, représentant permanent de la Suède, inscrit à l'ordre du jour l'environnement et propose que ce dernier constitue le thème central d'un sommet international. Une démarche inédite alors que la Guerre froide ne réchauffe pas particulièrement les relations diplomatiques et que la cause écologique ne passionne pas les foules.

Qu'à ne cela tienne! Le 5 juin 1972, la Conférence des Nations unies sur l'environnement humain (CNUEH) ouvre ses portes à Stockholm, sous la direction de son secrétaire général, Maurice Strong, et avec pour slogan " Une Seule Terre ". S'y rendent pas moins de 113 délégués et deux chefs d'Etat (Olaf Palme pour la Suède, Indira Gandhi pour l'Inde), marquant ainsi le balbutiement de la coopération internationale dans le domaine de l'environnement.

Les principales négociations concernent essentiellement le communiqué de presse qui sera émis à la sortie de la conférence, chacun souhaitant préserver son pré carré. Les tractations diplomatiques dans l'intimité feutrée des couloirs permettent tout de même l'élaboration de la déclaration de Stockholm . Si celle-ci souligne la souveraineté de chaque pays dans le domaine de l'écologie, elle en appelle également à la responsabilité des Etats dans le respect de l'environnement de leurs voisins. Lorsque la CNUEH s'achève le 16 juin 1972, force est de constater qu'une nouvelle ère s'ouvre.

La déclaration de Stockholm, une révolte ? Non, une révolution !

"L'homme [...] a le devoir solennel de protéger et d'améliorer l'environnement pour les générations présentes et futures". Le premier des 26 principes énoncés dans la déclaration de Stockholm intègre le respect de l'environnement dans les droits de l'Homme. S'ensuivent six principes qui en appellent à la gestion raisonnée des ressources renouvelables et non renouvelables, à la préservation des écosystèmes ou encore à la mise en place de moyens empêchant la pollution des mers.

Mais - et c'est là une grande nouveauté- les principes suivants abordent le thème environnemental de manière nettement plus transversale. Sont ainsi mentionnés,comme nécessaires à la préservation de l'environnement, le développement économique et social, les politiques démographiques, l'urbanisation, l'éducation de tous au sujet des questions environnementales mais surtout la lutte contre la pauvreté - notamment sous l'influence d'Indira Gandhi.

Une véritable surprise alors que l'ONU, au début des années 70, est connue pour sectoriser les domaines à outrance. Les pays de l'Ouest souhaitaient d'ailleurs vivement que la gestion de l'environnement reste cantonnée dans le seul secteur de l'écologie, pour éviter qu'au nom de cette dernière ne soient allouées de nouvelles aides au développement aux pays les moins favorisés.

Car les considérations n'étaient pas qu'écologiques mais aussi politiques, en pleine Guerre froide. "La destruction complète" des armes nucléaires ainsi que "l'esprit de coopération par tous les pays, grands ou petits sur un pied d'égalité" sont cités par la Déclaration. L'Union Soviétique et ses alliés n'allèrent pas dans la capitale suédoise pour protester contre la non-reconnaissance de l'Allemagne de l'Est mais participèrent néanmoins activement à la préparation de la CNUEH.

L'héritage de la déclaration de Stockholm

Le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) fut créé à la suite de la déclaration de Stockholm, qui encouragea aussi la création de ministères ou d'organismes publics consacrés à l'écologie dans plus de 100 pays. Cette première mondiale s'acheva par la promesse d'une rencontre internationale tous les dix ans pour dresser un bilan et tenter d'apporter des solutions aux problèmes écologiques.

Durant les 20 années qui suivirent le premier Sommet de la Terre -tel qu'il fut appelé a posteriori - près de 100 000 organisations soucieuses de l'environnement virent le jour. Les crises pétrolières diminuèrent les efforts pour la sauvegarde de l’environnement. Mais devant l'épuisement des ressources, la dégradation des écosystèmes, et malgré l'échec de la rencontre de Nairobi en 1982, l'écologie devient à nouveau un thème incontournable de la politique mondiale, et est relancée par le Sommet de la Terre à Rio en 1992.

Il est compliqué de mettre en place des solutions pratiques aux problèmes environnementaux, entre des pays du Nord industrialisés largement responsables de l'état de la planète, et des pays du Sud désireux de poursuivre leur développement économique. Mais au moins la CNUEH de Stockholm eut le mérite d'ouvrir un débat, dont l'évidence n'allait pas de soi. Car, après les deux conflits mondiaux, le bien-être et l'avancée des peuples avaient pour principal outil de mesure et presque seule finalité l'économie.

La prise de conscience écologique

La fin de la Seconde Guerre mondiale marque le début d'avancées techniques et scientifiques hors normes. Le monde est à reconstruire, la croissance économique va bon train dans de nombreuses régions. Cette dernière constitue, dans les années 50, le principal - pour ne pas dire l'unique - critère synonyme de progrès. Innovations scientifiques au service des populations et consommation, y compris dans l'excès, sont les symptômes de ce progrès bienfaiteur.

Pourtant, dès les années 60, de nouvelles voix s'élèvent et dénoncent un système économique, ou plutôt des systèmes économiques, non viables, à long terme, pour la planète. En 1962, lorsqu'elle publie Printemps Silencieux , Rachel Carson provoque un véritable séisme... et obtient l'interdiction du DDT, insecticide particulièrement nocif vu pourtant comme un outil agricole extraordinaire.

Halte à la croissance?, ouvrage commandé par le Club de Rome (groupe de réflexion international) en 1970 à des chercheurs du Massachussetts Institute of Technology (MIT) et publié en 1972, confirme cette notion d'une nécessaire gestion raisonnée du développement économique, notamment en termes d'exploitation des ressources... bien avant que le mot "développement durable" ne devienne à la mode.

Sources :

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