50e anniversaire du WWF sous le sceau de la polémique

2011, année du cinquantenaire de la création du Fonds mondial pour la nature est aussi celle des controverses autour de l'ONG écologiste. Explications.
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Pour ses 50 ans, WWF (World Wildlife Fund, Fonds mondial pour la nature) s'offre.. .les Champs-Elysées! L'organisation non gouvernementale, créée en 1961 par quatre Britanniques pour sauvegarder des espèces en Afrique, a exposé en septembre 2011 sur la plus belle avenue du monde, les photos témoins de son combat pour la protection de l'environnement. Pourtant, l'heure n'est pas tellement à la fête pour l'association qui affronte, en cette année anniversaire, bien des tempêtes.

Accusations d'écoblanchiment

L'année du cinquantième anniversaire de l'ONG au Panda débute bien mal. Le 5 janvier, Le Canard Enchaîné ouvre les hostilités. Dans un article intitulé Les Tours Pendables du Panda , le journal satirique accuse WWF France de n'être pour les grandes entreprises -Orange, la Poste, Ikea ou encore Carrefour- qu'un outil de greenwashing .

Une thèse par la suite relayée à maintes reprises par plusieurs média. Moyennant finances (environ 400 000 euros annuels pour les gros partenaires) les entreprises bénéficient de l'expertise du Fonds mondial pour la nature. Elles peuvent utiliser, sur leurs produits, le logo au Panda. Alors quand le géant de la construction Lafarge s'associe à WWF, certains grincent des dents.

"Une fois qu'elles ont le panda, les entreprises n'ont plus aucun intérêt à faire des efforts pour l'environnement", explique Sylvain Angerand, des Amis de la Terre, dans les colonnes de L'Express. Pire encore, les entreprises épinglées pour leur irresponsabilité écologique préfèrent souvent conclure un accord de partenariat avec WWF plutôt que de changer en profondeur leur fonctionnement.

Le WWF défend pourtant cette politique. "La planète est en meilleur état en développant des collaborations avec les entreprises qu’en les ignorant", justifie, au site Y ouphil, Jean-Paul Paddack. Le directeur des initiatives mondiales de WWF rappelle également que "le secteur privé mobilise des ressources financières importantes". Un élément non négligeable alors que WWF France est financé à hauteur de 29% par les partenaires privés.

Les salariés demandent le départ de leur directeur

Une orientation de l'ONG contestée... dans ses propres rangs. Parmi les 90 salariés de WWF France, la colère gronde. Certains employés estiment ainsi que les valeurs et l'éthique de l'association au Panda ont été oubliées en cours de route. Les relations entre les services responsables de la protection environnementale et ceux chargés des partenariats sont délétères.

La personnalité contestée de Serge Orru, directeur général (DG) de WWF France, n'adoucit pas l'atmosphère déjà bien lourde. Dans une lettre datée du 17 juin 2011, 57 salariés demandent le départ de leur DG. Outre les partenariats privés, sont évoquées pêle-mêle les techniques de management confinant au harcèlement, la mise à disposition de moyens de WWF au profit de la notoriété personnelle de Serge Orru ou encore son ambition politique.

Une lettre qui n'a pas convaincu le Conseil d'administration de WWF, qui a décidé de confirmer à son poste Serge Orru après une "enquête diligentée". Le directeur général de WWF clôt d'ailleurs le sujet en octobre 2011, résumant l'histoire, sur le site de 20 Minutes, à "des individus anonymes (qui) ont écrit une lettre anonyme parfaitement calomnieuse".

WWF Monde: des programmes insuffisants... voire contre-productifs

Dans la torpeur de l'été, l'ONG Global Witness, spécialisée dans la lutte contre le pillage des ressources naturelles, lance, avec son rapport " Encourager les bûcherons " un pavé dans la mare de WWF et de son programme Global Forest and Trade Network (GFTN, Réseau international forêt et commerce). Lorsqu'une entreprise paie son adhésion au GFTN, elle s'engage à améliorer la durabilité et la légalité des produits de bois qu'elle abat, vend ou achète.

En contrepartie, WWF offre son assistance pour que la société, au terme des cinq premières années d'adhésion, ait éliminé toutes les pratiques illégales et non respectueuses de l'environnement. Selon Global Witness, ce programme ne serait que de la poudre aux yeux. Les membres s'en serviraient essentiellement pour se racheter une bonne conscience écologique et/ou politique.

A titre d'exemples sont citées trois entreprises partenaires du programme:

  • Ta Ann Holding Berhad, exploitant forestier malaisien, détruit quotidiennement, au cœur de la forêt tropicale, l'équivalent de 20 terrains de football, y compris dans les habitats naturels où vivent des orangs-outans.
  • Jenson, fournisseur de matériaux de construction britannique, 10 ans après son adhésion, s'approvisionne encore en bois illégal.
  • Enfin, une filiale du groupe germano-suisse Danzer établie en République démocratique du Congo opprime les communautés locales. Les protestations sont sévèrement réprimées par les forces de sécurité, impliquées dans de violents tabassages -un villageois y a succombé- et des affaires de viol.

WWF sommé de réagir

Des exemples du plus mauvais effet pour WWF, qui se voit reprocher manque de transparence et d'indépendance mais aussi insuffisances dans les conditions d'adhésion et dans les processus de surveillance des entreprises membres du programme GFTN.

"WWF doit se désolidariser publiquement des entreprises qui utilisent du bois provenant de sources illicites ou non éthiques. Il est choquant de voir l'une des organisations de conservation les plus réputées au monde accepter de percevoir de l'argent provenant de telles entreprises", s'insurge Tom Picken, directeur de campagne Forêts chez Global Witness.

Et d'ajouter: "Via les subventions publiques, les contribuables paient une grande partie du budget annuel de ce programme, soit sept millions de dollars américains. Ils ont le droit d'être assurés que leur argent n'est pas dépensé dans des pratiques d'écoblanchiment." Sans doute l'association au Panda sera-t-elle heureuse de voir s'achever cette année-anniversaire bien tourmentée.

Sources:

Vous avez interviewé Serge Orru , 20Minutes , 18 Octobre 2011

Les salariés de WWF demandent la tête de leur patron Serge Orru , Rue89 , 24 juin 2011

WWF et les entreprises, les liaisons dangereuses , L'Express , 10 juin 2011

"Au WWF, on refuse les opérations commando contre les entreprises" , interview de Jean-Paul Paddack, Youphil , 19 Octobre 2011

Encourager les bûcherons , Global Witness, 25 juillet 2011

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