Agriculture: la difficile utilisation des préparations naturelles

Pour les produits naturels à destination des cultures, la législation réclame les mêmes procédures que celles des pesticides. Des résistants s'insurgent.

Chlordécone, DDT... Longue est la liste des pesticides chimiques qui soulèvent la polémique ou montrent aujourd'hui leurs conséquences sanitaires et environnementales. Le Grenelle de l'Environnement appelle à une réduction de l'usage de tels composés chimiques. Tout nouveau produit à usage agricole, et ce quelque soit son origine, doit répondre à de nombreux critères. Les préparations naturelles doivent aussi s'y soumettre et voient leur utilisation compliquée.

Que sont les préparations naturelles peu préoccupantes(PNPP)?

Le site Gerbeaud.com revient sur les préparations naturelles peu préoccupantes ou PNPP. Ces dernières sont obtenues après fermentation, décoction, macération ou encore infusion d'essences végétales. Dotées de vertus insecticides et anti-parasitaires, ces mixtures ne datent pas d'hier. Utilisées depuis longtemps par les arboriculteurs, les agriculteurs ou les jardiniers amateurs, les préparations naturelles permettent de traiter les cultures sans recourir - ou moins, à des substances chimiques.

La fougère, l'ortie ou la prêle, à la réputation pourtant mauvaise, servent souvent de base aux préparations naturelles. Venu de plus loin, le Neem ou margousier voit ses fruits broyés, séchés et pressurisés pour en extraire l'huile de Neem. Le site Neem.fr , entièrement consacré à l'arbre sacré indien, liste les qualités de ce produit: apport d'azote et d'oligo-éléments aux cultures, amélioration de l'état sanitaire de la plante et activation des défenses naturelles du végétal.

A l'ère de l'Homo ecologicus, les préparations naturelles peu préoccupantes semblent offrir une alternative, dans certains cas, aux pesticides chimiques polluants et parfois sources de pathologies humaines. Pourtant, les agriculteurs ne peuvent à l’heure actuelle faire usage de PNPP sans tomber dans l’illégalité. Des obstacles de taille se dressent sur leur chemin.

La même autorisation de mise sur le marché que les pesticides

La loi d'orientation agricole votée le 5 janvier 2006 interdit « l'utilisation et la détention par l'utilisateur final des produits phytopharmaceutiques s'ils ne bénéficient pas d'une autorisation de mise sur le marché ou d'une autorisation de distribution pour expérimentation délivrée dans les conditions prévues. » Les préparations naturelles n'échappent pas à la règle.

Or, comme l'explique Gaëlle Dupont dans un article du Monde daté du 9 décembre 2010 , les PNPP sont soumises à la même autorisation de mise sur le marché que... les pesticides. Cette procédure s'avère coûteuse, à hauteur de 40.000 euros. Mais surtout, le cahier des charges à respecter et les critères à remplir s’appliquent mal aux préparations naturelles.

La stabilité des produits et leur homogénéité par exemple s’avèrent difficiles à mettre en œuvre au regard des procédés utilisés pour l'obtention des substances extraites d'essences végétales. Si des mesures législatives ont permis de réduire les coûts de la procédure à 2.000 euros et de raccourcir les délais, l'inscription demeure obligatoire sur la liste européenne des produits phytopharmaceutiques. Une obligation dénoncée par des agriculteurs et des acteurs publics.

La désobéissance civique en faveur des PNPP

Pour faire avancer son combat, l'Association pour la promotion des préparations naturelles peu préoccupantes (Aspro-PNPP) a appelé à une manifestation de «désobéissance civique» le 8 décembre 2010, symbolisée par l'épandage, sur les plates-bandes publiques de Montreuil-sur-Mer (93), de purin d'orties (extraits fermentés de la «mauvaise herbe») et d'huile de Neem. Une action pour dénoncer le paradoxe législatif des PNPP.

Autorisé par le règlement européen de l’agriculture biologique et utilisé dans les autres pays du Vieux Continent, l’usage des PNPP demeure interdit en France. Dans les faits, l'utilisation par le jardinier amateur est tolérée, les vendeurs peuvent commercialiser les produits «sans dire à quoi ils servent» et les agriculteurs qui traitent leurs cultures par des préparations naturelles sont hors-la-loi. Une situation floue, qui conduit à des «impasses réglementaires».

L'utilisation de ces produits doit toutefois garantir la sécurité des consommateurs. Ainsi, à haute, dose, l'huile de Neem devient toxique. Des précautions d'emploi sont donc nécessaires. Les produits naturels, si ils préservent l'environnement, contiennent des principes actifs. Et ne sont pas toujours inoffensifs. D'ailleurs les acteurs engagés dans la promotion des PNPP ne renient pas l'obligation de sécurité. Ils réclament simplement un arsenal législatif adapté.

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