Alzheimer : comment gérer les fugues du domicile ?

L'errance associée à la maladie complique un peu plus la prise en charge de cette pathologie neuro-dégénérative. Retour sur un symptôme très particulier.
147

Le spectaculaire allongement de l'espérance de vie acquis au cours du dernier siècle montre aujourd'hui son corollaire: les pathologies liées à la sénilité, parmi lesquelles la maladie d'Alzheimer. 860 000 personnes en souffrent actuellement en France et d'ici dix ans, les prévisions estiment à 1 300 000 les malades concernés. L'accompagnement nécessaire doit prendre en considération un phénomène particulier à la maladie : celui des errances. Quels moyens de prévention? Quels moyens d'action lors d'une fugue?

Une maladie propice aux errances

Plusieurs facteurs expliquent les risques importants de fugues chez les personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer. Les troubles cognitifs et la confusion du malade entraînent l'altération du jugement et de la pensée. Un environnement angoissant - parfois simplement température de la pièce, bruit ou lumière incommodent le malade, peuvent donner à la personne l'envie d'un ailleurs.

Il peut s'agir de chercher le réconfort dans la maison natale pourtant depuis longtemps quittée ou retrouver une famille depuis longtemps disparue. Alors, la vue d'un manteau, d'un trousseau peut éveiller chez le malade l'envie de partir. La confusion entraînant l'angoisse, la "promenade" peut devenir un moyen de soulagement. En somme, un environnement propice ainsi que les difficultés propres à la pathologie expliquent le taux très élevé - environ 60%, de risques d'errances, pour cause d'ennui, d'angoisse, d'envie plus ou moins précise.

Prévenir les risques de fugue

Dès lors, plusieurs gestes sont recommandés par les associations pour diminuer les risques de fugue. Outre le fait de limiter les conditions qui angoissent le malade - notamment veiller à l'éclairage et aux conditions de température dans la pièce, et d'éviter tout changement brutal d'environnement, les activités courtes et variées proposées au patient doivent lui permettre de soulager tout ou partie de ses angoisses et de se dépenser.

Il est préférable de dissimuler tout objet, manteau, clé, qui pourrait susciter l'envie d'aller se promener. De courtes sorties accompagnées diminuent également le risque d'envie d'ailleurs. Toutefois, il est difficile de se prémunir totalement d'une fugue, alors que nombre de patients sont accompagnés au quotidien par un proche, qu'il s'agisse d'un conjoint âgé ou d'un membre de la famille impliqué par ailleurs dans la vie active.

En prévention, il est conseillé de faire porter au malade un vêtement nominatif ou encore un accessoire - bracelet par exemple, permettant de l'identifier rapidement. Et même si le sujet est parfois tabou, avertir le voisinage et les commerces de proximité peuvent mettre fin rapidement à une fugue. Posséder une photo récente en cas de recherches s'avérera utile.

Si le malade a fugué, quels moyens d'action ?

En cas de fugue, si le malade n'est retrouvé dans les environs immédiats, il est nécessaire d'avertir la police ou la gendarmerie la plus proche de la disparition inquiétante, en leur spécifiant l'état du malade. Il ne faut pas hésiter non plus à contacter les associations engagées dans l'accompagnement des malades et de leurs proches.

"D'ordinaire, lors des fugues, les malades sont retrouvés, dans le meilleur des cas rapidement et, disons, pas trop traumatisés", explique à l'AFP et à l'Express Mme Dunay-Dousset, présidente de l'association France-Alzheimer-Morbihan. Malheureusement, "parfois, ils sont décédés", continue-t-elle. De quoi accabler un peu plus les familles, rongées par la culpabilité.

Mais aussi par l'impuissance, l'impression d'abandon de la part des autorités et le manque de moyens mis en place lors de fugues, alors qu'un grand plan Alzheimer a débuté en 2008. Ainsi la famille de Conception Prothais, atteinte de la maladie d'Alzheimer, dénonce l'indifférence générale qui a entouré la disparition de la coquette femme de 82 ans.

Lorsque son corps a été retrouvé noyé dans le bois de Vincennes, la colère des proches de Conception a explosé. "Pour être recherché, il faut être sous tutelle ou sous curatelle. On avait signalé une disparition inquiétante mais elle ne tombait pas dans la bonne case", déplore José, le fils de Conception, dans les colonnes du Monde daté du 22 juin 2011. Une incompréhension d'autant plus vive que la maladie d'Alzheimer est aujourd'hui cause nationale.

Sources :

- Plaquette Fugues et dispartions de l'association Alzheimer-Yonne

- Le site de la Société Alzheimer , Canada

Sur le même sujet