Angoisses de l'anesthésie générale et douleurs inconscientes

Les peurs inhérentes au sommeil artificiel ainsi que l'impact des douleurs - malgré l'endormissement - ont longtemps été négligés. Une vision qui évolue.
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Chaque année en France sont effectuées au moins quatre millions d'anesthésies générales, selon les chiffres du Magazine de la santé . Les progrès réalisés en la matière, quant à la maîtrise du sommeil et à la prise en compte de la douleur, n'abolissent pas chez le patient les craintes liées à l'endormissement artificiel. Retour sur cette pratique qui comporte, comme tout acte médical, sa part de danger.

Déroulement, risques et précautions de l'anesthésie générale

L'anesthésie générale repose sur l'administration, par inhalation ou par perfusion, de trois types de médicaments:

  • les hypnotiques à l'origine de l'endormissement;
  • les paralysants musculaires, pour relâcher les muscles et faciliter l'acte opératoire;
  • la morphine pour éviter tout phénomène douloureux.

Quelques précautions permettent de limiter certains risques. Ainsi, il est conseillé de ne rien avaler durant les six heures précédant l'anesthésie, pour éviter que le contenu de l'estomac ne passe dans les poumons et ne provoque l'asphyxie. Éviter de fumer avant l'opération permet de ne pas irriter les bronches, qui pourraient se contracter au réveil.

Les peurs et les risques inhérents à l'anesthésie générale

En juin 2010, Le Figaro rapportait que 85% des patients opérés sous anesthésie générale avouaient le lendemain avoir eu peur de l'endormissement. Les principales craintes? Le décès dû aux produits anesthésiants ainsi que la peur de ne pas se réveiller constituent les deux premiers motifs invoqués par les malades. Sont ensuite mentionnées l'inquiétude de reprendre conscience au beau milieu de l'acte médical et celle de devoir patienter trop longuement en salle d'attente avant de s'endormir sur la table d'opération.

Le comprimé administré avant l'opération a d'ailleurs pour utilité de relaxer le patient. Un médicament qui n'annihile pas totalement l'angoisse... "Nous sommes très mauvais pour réduire l'anxiété des malades", déplore d'ailleurs, dans les tribunes du Figaro , le professeur Michel Lévy, président du Syndicat national des anesthésistes-réanimateurs de France (Snarf).

Pas évident de rassurer le patient alors que le médecin est tenu de l'avertir des risques encourus, y compris les plus rares. Les chiffres rapportés par le Professeur Lévy témoignent pourtant de l'amélioration de la maîtrise de l'anesthésie générale. Il y a encore 20 ans, les complications liées à cet acte médical s'élevaient à un cas pour 10 000 anesthésies. Aujourd'hui, les statistiques font état d'un décès pour 200 000 anesthésies.

Douleur et anesthésie générale

Le traitement de la douleur a longtemps été le parent pauvre de la médecine. Et l'importance des souffrances souvent sous-estimées et mal perçues, y compris en état d'inconscience. Ainsi, comme le rapporte le docteur Jean-François Lemoine dans les colonnes du Nouvel Observateur paru le 14 Octobre 2010, "même avec de fortes doses de calmants, on n'oublie rien". Pire, une sédation trop importante accroît la confusion mentale au réveil et augmente le stress, qui peut perdurer longtemps après l'opération.

L'anesthésie repose donc sur un subtil équilibre entre inconscience suffisante et sommeil pas trop profond... Une technologie innovante est en train de révolutionner la maîtrise de la douleur chez le patient anesthésié. La société MetroDoloris vient ainsi de mettre au point, après de nombreuses années de recherche, un appareil capable de quantifier, grâce aux signaux cardiaques, la douleur du malade endormi et donc de mieux gérer la souffrance de celui qui ne peut s'exprimer.

En 1998, le coma fortement médiatisé de Jean-Pierre Chevènement, suite à une réaction allergique au curare, avait alerté l'opinion publique quant aux complications possibles de l'anesthésie générale. Chaque acte médical comporte ses risques, a fortiori quand il doit tout à la fois endormir, relâcher les muscles et soulager la douleur. Mais négliger les bénéfices d'une telle pratique, notamment en terme de maîtrise des souffrances, nous ferait revenir des siècles en arrière.

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